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Des technologies récentes rendent plausible l'idée de ramener à la vie des espèces éteintes récemment. Ce champ de recherche est appelé "dé-extinction".
Actuellement, trois approches existent pour la dé-extinction. La première est la reconstruction d'espèces : dans le cas où l'espèce éteinte aurait des parents proches encore en vie, il pourrait être possible de produire des individus ayant son phénotype grâce à la sélection artificielle. La deuxième possibilité est l'utilisation du clonage. Cette méthode présente deux inconvénients : tout d'abord son efficacité est actuellement très faible, et ensuite, il est nécessaire d'avoir des noyaux cellulaires viables disponibles pour l'espèce disparue. Enfin, la dernière méthode est l'ingénierie génétique, qui est applicable pour les espèces éteintes dont on possède un génome complet séquencé. Dans ce cas la, le génome d'une espèce jumelle encore existante pourrait être édité pour ressembler à celui de l'espèce éteinte, produisant des individus possédant son phénotype. Cependant, seul le clonage permet d'obtenir un individu appartenant exactement à l'espèce éteinte. Mais un seul individu est-il suffisant pour représenter une espèce entière ?
Plusieurs problèmes et objections s'opposent à l'application de ces méthodes. Certains sont d'ordre écologique : tout d'abord, les espèces nouvellement ramenées à la vie pourraient s'avérer des hôtes privilégiés pour certains pathogènes, amenant des problèmes de santé. Leur génome pourrait aussi abriter des rétro-virus endogènes, qui pourraient causer des dégâts à d'autres organismes. Ensuite, les espèces éteintes sont susceptibles de ne plus être adaptées aux environnements actuels. En effet, de nombreux environnements ont été modifiées, sous la pression de l'homme ou non, et certaines ressources ne sont plus disponibles. Enfin, une espèce éteinte réintroduite pourrait agir comme une espèce invasive dans les environnements actuels. D'autres problèmes se posent, par exemple sur les conditions des animaux pendant les manipulations nécessaires pour les ramener à la vie, ou encore d'ordre politique : le fait de ressusciter des espèces pourrait abaisser l’intérêt de protéger les espèces actuelles puisque celles-ci peuvent être ramenées à la vie si elles disparaissent.
Malgré ces défauts, la dé-extinction présente des bénéfices. La réapparition de certaines espèces pourrait aider à la restauration de certains écosystèmes en danger, en occupant une niche écologique laissée vacante. La réapparition d'individus vivants pourrait également permettre de collecter des connaissances scientifiques, et les protocoles utilisés permettront d'améliorer certaines technologies.
En conclusion, il semblerait que les bénéfices de la dé-extinction des espèces sont trop faibles, et les problèmes soulevés trop importants pour justifier des financements publics à grande échelle. Cependant, les risques liés à ces méthodes semblent suffisamment gérables pour ne pas avoir à bannir totalement cette pratique si certains organismes souhaitent s'y investir. Il paraît toutefois important de définir des réglementations claires, notamment concernant le traitement des animaux.
Ce que cette review apporte au débat :
Cette review montre que même si le clonage peut être envisagé comme moyen de ramener à la vie des espèces éteintes, le dé-extinction ne semble pas pertinente dans le cadre de la biologie de la conservation. En plus des différents problèmes liés à l'éthique et à la législation, cette méthode se heurte à des problèmes d'ordre écologique : les environnements changent, les organismes éteints ont donc de fortes chances de ne plus être adaptés aux environnements actuels, rendant inefficace toute tentative de les réintroduire dans leur milieu naturel.
Publiée il y a plus de 9 ans
par
L. Rancilhac.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.
Et si l'extinction n'était pas définitive ?
Résumé de la review :
Des technologies récentes rendent plausible l'idée de ramener à la vie des espèces éteintes récemment. Ce champ de recherche est appelé "dé-extinction".
Actuellement, trois approches existent pour la dé-extinction. La première est la reconstruction d'espèces : dans le cas où l'espèce éteinte aurait des parents proches encore en vie, il pourrait être possible de produire des individus ayant son phénotype grâce à la sélection artificielle. La deuxième possibilité est l'utilisation du clonage. Cette méthode présente deux inconvénients : tout d'abord son efficacité est actuellement très faible, et ensuite, il est nécessaire d'avoir des noyaux cellulaires viables disponibles pour l'espèce disparue. Enfin, la dernière méthode est l'ingénierie génétique, qui est applicable pour les espèces éteintes dont on possède un génome complet séquencé. Dans ce cas la, le génome d'une espèce jumelle encore existante pourrait être édité pour ressembler à celui de l'espèce éteinte, produisant des individus possédant son phénotype. Cependant, seul le clonage permet d'obtenir un individu appartenant exactement à l'espèce éteinte. Mais un seul individu est-il suffisant pour représenter une espèce entière ?
Plusieurs problèmes et objections s'opposent à l'application de ces méthodes. Certains sont d'ordre écologique : tout d'abord, les espèces nouvellement ramenées à la vie pourraient s'avérer des hôtes privilégiés pour certains pathogènes, amenant des problèmes de santé. Leur génome pourrait aussi abriter des rétro-virus endogènes, qui pourraient causer des dégâts à d'autres organismes. Ensuite, les espèces éteintes sont susceptibles de ne plus être adaptées aux environnements actuels. En effet, de nombreux environnements ont été modifiées, sous la pression de l'homme ou non, et certaines ressources ne sont plus disponibles. Enfin, une espèce éteinte réintroduite pourrait agir comme une espèce invasive dans les environnements actuels. D'autres problèmes se posent, par exemple sur les conditions des animaux pendant les manipulations nécessaires pour les ramener à la vie, ou encore d'ordre politique : le fait de ressusciter des espèces pourrait abaisser l’intérêt de protéger les espèces actuelles puisque celles-ci peuvent être ramenées à la vie si elles disparaissent.
Malgré ces défauts, la dé-extinction présente des bénéfices. La réapparition de certaines espèces pourrait aider à la restauration de certains écosystèmes en danger, en occupant une niche écologique laissée vacante. La réapparition d'individus vivants pourrait également permettre de collecter des connaissances scientifiques, et les protocoles utilisés permettront d'améliorer certaines technologies.
En conclusion, il semblerait que les bénéfices de la dé-extinction des espèces sont trop faibles, et les problèmes soulevés trop importants pour justifier des financements publics à grande échelle. Cependant, les risques liés à ces méthodes semblent suffisamment gérables pour ne pas avoir à bannir totalement cette pratique si certains organismes souhaitent s'y investir. Il paraît toutefois important de définir des réglementations claires, notamment concernant le traitement des animaux.
Cette review montre que même si le clonage peut être envisagé comme moyen de ramener à la vie des espèces éteintes, le dé-extinction ne semble pas pertinente dans le cadre de la biologie de la conservation. En plus des différents problèmes liés à l'éthique et à la législation, cette méthode se heurte à des problèmes d'ordre écologique : les environnements changent, les organismes éteints ont donc de fortes chances de ne plus être adaptés aux environnements actuels, rendant inefficace toute tentative de les réintroduire dans leur milieu naturel.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.