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Reconstruire des réseaux écologiques passés: la reconfiguration des interactions de dispersion des graines après l'extinction de la mégafaune
Introduction à l'article :
L'argument principal pour le réensauvagement pléistocène est le suivant : la disparition de la mégafaune a profondément perturbé les réseaux écologiques et laissé les écosystèmes instables, vulnérables, et la réintroduction de la mégafaune dans ces écosystèmes permettrait de mieux les protéger.
Pour évaluer la pertinence de cette proposition, il va être nécessaire de vérifier les postulats sur lesquels elle est bâtie, et en premier lieu : la disparition de la mégafaune a-t-elle vraiment perturbé les écosystèmes ?
L'étude présentée ici nous donne un premier élément de réponse.
Dans cet article, Pires et al. ont reconstruit le réseau d'interaction de dispersion des graines de l'écorégion du Pantanal, pour le Pléistocène et trois périodes ultérieures. Ils ont ensuite comparé ces quatre réseaux pour étudier l'impact des changements dans la composition de la communauté de disperseurs, en particulier la disparition de la mégafaune, sur l'organisation de ces réseaux.
Expériences de l'article :
Les réseaux d'interaction ont étés reconstruits à partir de données paléontologiques, pour la mégafaune, et d'observations pour les taxons actuels.
La composition de la communauté de plantes à fruits dispersés par les animaux au Pléistocène a été identifié grâce aux pollens fossiles, et semble avoir peu changé depuis.
La mégafaune présente et le rôle disperseur de chaque taxon éteint ont été identifiés à partir des fossiles retrouvés dans la région.
Le réseau d'interaction a été reconstruit pour quatre périodes :
1- le Pléistocène, avec la mégafaune,
2- l'Holocène, où la mégafaune avait disparu mais où l'Homme jouait un rôle de disperseur,
3- la période coloniale, avec l'entrée du bétail dans le réseau d'interaction,
4- la période moderne, où l'Homme ne joue plus un rôle de disperseur significatif.
Dans ces réseaux, les auteurs ont ensuite identifié des modules, des sous-ensemble du réseau où certains taxons interagissent plus entre eux qu'avec d'autres taxons.
Résultats de l'article :
Au Pléistocène, deux modules peu connectés entre eux étaient dominés par les mammifères, respectivement la mégafaune et des mammifères de plus petite taille. La disparition de la mégafaune et l'arrivée de l'Homme a considérablement augmenté la connexion entre ces deux modules, ce qui peut avoir des conséquences importantes sur la satbilité de l'écosystème ou les processus évolutifs qui y prennent place.
L'organisation séparée en deux modules distincts semble avoir été restaurée après l'introduction du bétail dans le Pantanal.
Ce résultat suggère que l'introduction du bétail, qui occupe désormais le module précédemment dominé par la mégafaune, aurait permis de restaurer les interactions en place au Pléistocène. Cependant, les auteurs insistent sur le fait que seule la topologie du réseau est étudiée ici, et que les espèces domestiques ne dispersent probablement pas de la même façon que le faisaient les grands herbivores.
Rigueur de l'article :
Les auteurs ont choisi une approche conservative, et limité la reconstruction des interactions plantes-diperseurs à des animaux dont l'alimentation était supposée riche en fruits et des plantes dont les fruits étaient adaptés à une dispersion par de grands animaux, afin d'éviter de surestimer le rôle de la mégafaune et l'impact de sa disparition.
Les auteurs restent critiques à l'égard de leurs résultats. Ils anticipent des interprétations de ces résultats comme argument pour l'introduction de disperseurs-proxies en insistant sur d'autres aspects du réseau d'interactions que leur étude ne montre pas (quantité de graines dispersées, distance, consommation de graines par l'animal...).
Ce que cet article apporte au débat :
Cette étude ne permet pas de quantifier l'impact de la disparition de la mégafaune sur l'écosystème, mais montre que les interactions plantes-herbivores ont effectivement été modifiées. L'augmentation du nombre de connexions entre les modules 'mammifères' suggère que les plantes qui dépendaient autrefois de la mégafaune pour la dispersion se sont rabattues sur des disperseurs de plus petite taille (agouti, tapir, etc), leur donnant un rôle plus central dans l'écosystème. Changer de disperseur peut avoir des conséquences importantes sur les dynamiques de population, la distribution des plantes concernées et, par conséquence, sur la composition de la communauté de plantes, mais ce n'est pas montré dans cette étude et reste à estimer.
Un plus grand nombre de connexions suggère également une plus grande sensibilité de l'écosystème aux perturbations (l'extinction d'une espèce a plus d'impact si celle-ci interagit avec de nombreux autres taxons).
Publiée il y a plus de 9 ans
par
T. Pannetier.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.
Reconstruire des réseaux écologiques passés: la reconfiguration des interactions de dispersion des graines après l'extinction de la mégafaune
Introduction à l'article :
L'argument principal pour le réensauvagement pléistocène est le suivant : la disparition de la mégafaune a profondément perturbé les réseaux écologiques et laissé les écosystèmes instables, vulnérables, et la réintroduction de la mégafaune dans ces écosystèmes permettrait de mieux les protéger.
Pour évaluer la pertinence de cette proposition, il va être nécessaire de vérifier les postulats sur lesquels elle est bâtie, et en premier lieu : la disparition de la mégafaune a-t-elle vraiment perturbé les écosystèmes ?
L'étude présentée ici nous donne un premier élément de réponse.
Dans cet article, Pires et al. ont reconstruit le réseau d'interaction de dispersion des graines de l'écorégion du Pantanal, pour le Pléistocène et trois périodes ultérieures. Ils ont ensuite comparé ces quatre réseaux pour étudier l'impact des changements dans la composition de la communauté de disperseurs, en particulier la disparition de la mégafaune, sur l'organisation de ces réseaux.
Les réseaux d'interaction ont étés reconstruits à partir de données paléontologiques, pour la mégafaune, et d'observations pour les taxons actuels.
La composition de la communauté de plantes à fruits dispersés par les animaux au Pléistocène a été identifié grâce aux pollens fossiles, et semble avoir peu changé depuis.
La mégafaune présente et le rôle disperseur de chaque taxon éteint ont été identifiés à partir des fossiles retrouvés dans la région.
Le réseau d'interaction a été reconstruit pour quatre périodes :
1- le Pléistocène, avec la mégafaune,
2- l'Holocène, où la mégafaune avait disparu mais où l'Homme jouait un rôle de disperseur,
3- la période coloniale, avec l'entrée du bétail dans le réseau d'interaction,
4- la période moderne, où l'Homme ne joue plus un rôle de disperseur significatif.
Dans ces réseaux, les auteurs ont ensuite identifié des modules, des sous-ensemble du réseau où certains taxons interagissent plus entre eux qu'avec d'autres taxons.
Au Pléistocène, deux modules peu connectés entre eux étaient dominés par les mammifères, respectivement la mégafaune et des mammifères de plus petite taille. La disparition de la mégafaune et l'arrivée de l'Homme a considérablement augmenté la connexion entre ces deux modules, ce qui peut avoir des conséquences importantes sur la satbilité de l'écosystème ou les processus évolutifs qui y prennent place.
L'organisation séparée en deux modules distincts semble avoir été restaurée après l'introduction du bétail dans le Pantanal.
Ce résultat suggère que l'introduction du bétail, qui occupe désormais le module précédemment dominé par la mégafaune, aurait permis de restaurer les interactions en place au Pléistocène. Cependant, les auteurs insistent sur le fait que seule la topologie du réseau est étudiée ici, et que les espèces domestiques ne dispersent probablement pas de la même façon que le faisaient les grands herbivores.
Les auteurs ont choisi une approche conservative, et limité la reconstruction des interactions plantes-diperseurs à des animaux dont l'alimentation était supposée riche en fruits et des plantes dont les fruits étaient adaptés à une dispersion par de grands animaux, afin d'éviter de surestimer le rôle de la mégafaune et l'impact de sa disparition.
Les auteurs restent critiques à l'égard de leurs résultats. Ils anticipent des interprétations de ces résultats comme argument pour l'introduction de disperseurs-proxies en insistant sur d'autres aspects du réseau d'interactions que leur étude ne montre pas (quantité de graines dispersées, distance, consommation de graines par l'animal...).
Cette étude ne permet pas de quantifier l'impact de la disparition de la mégafaune sur l'écosystème, mais montre que les interactions plantes-herbivores ont effectivement été modifiées. L'augmentation du nombre de connexions entre les modules 'mammifères' suggère que les plantes qui dépendaient autrefois de la mégafaune pour la dispersion se sont rabattues sur des disperseurs de plus petite taille (agouti, tapir, etc), leur donnant un rôle plus central dans l'écosystème. Changer de disperseur peut avoir des conséquences importantes sur les dynamiques de population, la distribution des plantes concernées et, par conséquence, sur la composition de la communauté de plantes, mais ce n'est pas montré dans cette étude et reste à estimer.
Un plus grand nombre de connexions suggère également une plus grande sensibilité de l'écosystème aux perturbations (l'extinction d'une espèce a plus d'impact si celle-ci interagit avec de nombreux autres taxons).
Dernière modification il y a plus de 9 ans.