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Titre de la review :

Faites les revenir vivants : domestiquer le projet de clonage du tigre de Tasmanie


Résumé de la review :

A la fin du XIXème siècle, le gouvernement colonial Australien offrit une récompense d'1£ par thylacine (ou tigre de Tasmanie) tué, ce qui accéléra sa disparition en 1936. L'objectif était de réguler la population de ces marsupiaux carnivores, considérés comme étant une menace par les éleveurs. Le thylacine est maintenant considéré comme un symbole d'échec de la conservation et de l'arrogance des colons.
Le projet de ramener cette espèce à la vie n'a donc pas uniquement une portée écologique, mais également symbolique. Cette publication se concentre ainsi surtout sur la réaction du public et des médias à ce projet.
Le thylacine était présent en Australie et Papouasie Nouvelle-Guinée il y a plus de 3000 ans. Mais l'introduction du dingo par les Aborigènes au début du XIXème siècle et diverses épidémies ont repoussé le thylacine sur l'île de Tasmanie. Les colons cherchèrent ensuite activement à le faire disparaître, le dernier thylacine sauvage fut tué en 1930 et le dernier représentant mourut en captivité en 1936. Cependant, le thylacine devint immédiatement une icône nationale en 1936. En effet, cette événement coïncide avec la ratification de la première loi protégeant les espèces australiennes en danger d'extinction. Ainsi, le thylacine est un pont entre le passé colonial européen qui cherchait à éliminer la diversité locale et l'Australie post-coloniale qui cherche au contraire à la protéger pour se construire une identité.
En 1999, le Museum Australien essaya d'extraire de l'ADN ancien d'un individu de la collection. L'objectif était ensuite de reconstruire l e génome du thylacine pour pouvoir implanter un embryon de thylacine cloné dans une mère porteuse, e.g. un diable de Tasmanie. Le projet fut cependant abandonné en 2005 à cause notamment de la mauvaise qualité de l'ADN du spécimen.
Les membres du projet clonage étaient conscients du faible pourcentage de succès, mais avançaient que ce projet permettrait de mieux comprendre le fonctionnement de l'ADN ancien.
Au vu de la symbolique du tigre de Tasmanie, les médias s'emparèrent du sujet, sous trois angles différents : science, conservation de l'habitat et respect des limites de la nature. Les critiques furent qu'il y avait trop d'incertitudes autour de l'ADN ancien, que cela menaçait le modèle principal de protection des espèces, en dépensant des grandes sommes d'argent dans un projet impossible à réaliser, alors que les espèces actuelles en ont bien plus besoin. Enfin, certains considèrent que l'extinction d'une espèce est une frontière naturelle qu'il ne faut pas dépasser. Ce projet faisait également réfléchir si la science devait ou pas effacer les erreurs du passé, ce qui rouvrit également des blessures anciennes dans l'histoire australienne. Un autre problème est la disparition d'habitat qui fait que le thylacine cloné serait surement cantonné dans un zoo. Des opposants au projet soupçonnaient que les chercheurs utilisaient le côté symbolique du thylacine pour promouvoir leurs technologies.
Le projet de ramener le thylacine a donc rapidement dépassé les seules frontières scientifiques, avec des réactions opposées, allant de "l'utilisation d'ADN ancien sauvera le thylacine" au rejet le plus complet et la comparaison à des clowneries.

Rigueur de la review :

L'auteur cherche à appliquer le filtre de la théorie du monstre, de Smits, sans jamais clairement expliciter les tenants et aboutissants de cette théorie, ce qui peut influencer sa lecture des événements, sans que le lecteur ne puisse détecter les biais possibles.

Ce que cette review apporte au débat :

Cette review permet de mieux comprendre les débats sur le clonage d'une espèce disparue qui peuvent agiter une société. Elle montre que les arguments peuvent aussi bien être écologiques que politiques, voire philosophiques.

Publiée il y a plus de 9 ans par J. Rodrigues.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.