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Contrôle de la malaria par des insectes modifiés génétiquement
Résumé de la review :
Il s'agit d'un compte-rendu partiel d'un comité formé de biologistes, de généticiens et d'écologistes visant à établir les risques et bénéfices de l'usage d'arthropodes manipulés génétiquement en tant qu'outils de santé publique.
Les auteurs fixent ainsi un objectif de recherche qui doit encore être complété avant les tests sur le terrain des stratégies de contrôle : le développement de méthodes efficaces pour conduire des gènes effecteurs à la fixation dans des vecteurs de populations naturelles.
Plusieurs méthodes de transformation de lignées germinales ont déjà été développées. Une grande gamme de marqueurs moléculaires a été développée et est utilisée pour étudier les flux géniques et la structure des populations au sein des vecteurs de la malaria. Mais aucun progrès significatif n'est à signaler en ce qui concerne les méthodes développées pour entraîner les gènes souhaités dans des populations sauvages.
Un point important est que l'étude de cet usage potentiel d'organismes génétiquement modifiés (OGM) est motivée par la prise de conscience de l'énorme coût en vies humaines de maladies telles que la malaria et de l'insuffisance des mesures de contrôles actuelles.
Les auteurs soulignent que des stratégies de contrôle impliquant ces OGM pourraient amener à une grande méfiance auprès de l'opinion publique ainsi qu'une éventuelle résistance quant à la mise en oeuvre de ces stratégies. Le développement de ces dernières devrait donc impliquer des spécialistes de la santé publique, de chercheurs venant des pays touchés par ces maladies, ainsi qu'un public habitant dans les régions désignées pour les essais de terrain. Bien que la production d'OGM au service de la santé humaine soit plutôt bien vue, un essai de terrain échouant à obtenir un bénéfice sanitaire pour ce public risquerait de discréditer cette stratégie. Afin de ne pas prendre un tel risque, les premiers essais devront donc être réalisés strictement en laboratoire ou dans environnements confinés. Les essais en liberté ne pourront être effectués que lorsque tous les partis se seront entendus et que les résultats auront été concluants.
Du point de vue écologique, cette stratégie nécessite de connaître parfaitement la dynamique des populations naturelles et de mener une étude génétique populationnelle et écologique (à noter qu'une telle étude, pour être complète et rigoureuse, prend plusieurs années). Des problèmes tels que la faisabilité de la production d'une souche efficace jusqu'à la conception et l'évaluation des stratégies de contrôle doivent être réglés. Ces différents points doivent être fixés à partir de l'étude de sites d'essais sur le terrain.
Les OGM pourraient être utilisés dans deux types de voies de contrôle de la malaria. La première consiste à concevoir des moustiques avec un phénotype modifié, qui seraient introduits dans la population de telle sorte que le trait nouveau se répande et devienne dominant, mais cette technique pourrait générer des phénotypes non attendus et avoir des effets écologiques non négligeables. La seconde méthode consiste à cibler la population pour la réduire, comme l'utilisation de techniques de stérilisation. Relâcher un grand nombre de tels moustiques représente également un certain défi : ce type de lâcher ne doit inclure que des mâles, afin de ne pas augmenter le nombre de femelles dans la nature (car ces dernières sont responsables de la transmission des maladies). Mais ces méthodes de lâchers inondatifs ne peuvent être utilisées que pour tester de manière limitée, et non globale, l'efficacité de souches génétiquement modifiées.
La meilleure approche consisterait à aborder ce problème comme avec les vaccins : réaliser des études préliminaires sur de petites populations, afin de tester chaque proposition pour en voir les effets et voir quelle est celle qui fournit le meilleur résultat.
Rigueur de la review :
Les suggestions apportées par cette analyse semblent pertinentes, d'autant plus que des organismes importants ont soutenu ce comité (OMS, Fondation MacArthur, l'Institut National des Allergies et Maladies Infectieuses des Etats-Unis). Néanmoins, il semblerait que chacune des solutions proposées pour l'utilisation des OGM présente des défauts importants. Bien qu'il faille attendre l'intégralité des résultats des études qui doivent être menées, il ne semble pas y avoir de solution miracle. De plus, vouloir connaître la dynamique de la population naturelle via des études génétiques populationnelles et écologiques semble assez illusoire, du fait de l'étendue des régions géographiques concernées et du nombre d'individus (plusieurs millions) constituant les communautés d'insectes.
Ce que cette review apporte au débat :
Cette review met en valeur les différents points à prendre en compte pour un sujet aussi sensible et important qu'est le traitement contre la malaria. Elle souligne l'aspect éthique de la situation, indiquant que l'avis des habitants des régions touchées doit être pris en compte, elle ne se focalise pas uniquement sur l'aspect biologique ou écologique du problème. Cette étude apporte aussi un brin de réalisme, en précisant que les études destinées à connaître les dynamiques génétiques populationnelles seraient extrêmement longues. Cette review montre enfin que chaque solution présente un envers du décor, et qu'au vu des connaissances actuelles, la solution parfaite n'existe pas et que des recherches supplémentaires doivent être menées.
Publiée il y a plus de 9 ans
par
Y. Rollot.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.
Contrôle de la malaria par des insectes modifiés génétiquement
Résumé de la review :
Il s'agit d'un compte-rendu partiel d'un comité formé de biologistes, de généticiens et d'écologistes visant à établir les risques et bénéfices de l'usage d'arthropodes manipulés génétiquement en tant qu'outils de santé publique.
Les auteurs fixent ainsi un objectif de recherche qui doit encore être complété avant les tests sur le terrain des stratégies de contrôle : le développement de méthodes efficaces pour conduire des gènes effecteurs à la fixation dans des vecteurs de populations naturelles.
Plusieurs méthodes de transformation de lignées germinales ont déjà été développées. Une grande gamme de marqueurs moléculaires a été développée et est utilisée pour étudier les flux géniques et la structure des populations au sein des vecteurs de la malaria. Mais aucun progrès significatif n'est à signaler en ce qui concerne les méthodes développées pour entraîner les gènes souhaités dans des populations sauvages.
Un point important est que l'étude de cet usage potentiel d'organismes génétiquement modifiés (OGM) est motivée par la prise de conscience de l'énorme coût en vies humaines de maladies telles que la malaria et de l'insuffisance des mesures de contrôles actuelles.
Les auteurs soulignent que des stratégies de contrôle impliquant ces OGM pourraient amener à une grande méfiance auprès de l'opinion publique ainsi qu'une éventuelle résistance quant à la mise en oeuvre de ces stratégies. Le développement de ces dernières devrait donc impliquer des spécialistes de la santé publique, de chercheurs venant des pays touchés par ces maladies, ainsi qu'un public habitant dans les régions désignées pour les essais de terrain. Bien que la production d'OGM au service de la santé humaine soit plutôt bien vue, un essai de terrain échouant à obtenir un bénéfice sanitaire pour ce public risquerait de discréditer cette stratégie. Afin de ne pas prendre un tel risque, les premiers essais devront donc être réalisés strictement en laboratoire ou dans environnements confinés. Les essais en liberté ne pourront être effectués que lorsque tous les partis se seront entendus et que les résultats auront été concluants.
Du point de vue écologique, cette stratégie nécessite de connaître parfaitement la dynamique des populations naturelles et de mener une étude génétique populationnelle et écologique (à noter qu'une telle étude, pour être complète et rigoureuse, prend plusieurs années). Des problèmes tels que la faisabilité de la production d'une souche efficace jusqu'à la conception et l'évaluation des stratégies de contrôle doivent être réglés. Ces différents points doivent être fixés à partir de l'étude de sites d'essais sur le terrain.
Les OGM pourraient être utilisés dans deux types de voies de contrôle de la malaria. La première consiste à concevoir des moustiques avec un phénotype modifié, qui seraient introduits dans la population de telle sorte que le trait nouveau se répande et devienne dominant, mais cette technique pourrait générer des phénotypes non attendus et avoir des effets écologiques non négligeables. La seconde méthode consiste à cibler la population pour la réduire, comme l'utilisation de techniques de stérilisation. Relâcher un grand nombre de tels moustiques représente également un certain défi : ce type de lâcher ne doit inclure que des mâles, afin de ne pas augmenter le nombre de femelles dans la nature (car ces dernières sont responsables de la transmission des maladies). Mais ces méthodes de lâchers inondatifs ne peuvent être utilisées que pour tester de manière limitée, et non globale, l'efficacité de souches génétiquement modifiées.
La meilleure approche consisterait à aborder ce problème comme avec les vaccins : réaliser des études préliminaires sur de petites populations, afin de tester chaque proposition pour en voir les effets et voir quelle est celle qui fournit le meilleur résultat.
Les suggestions apportées par cette analyse semblent pertinentes, d'autant plus que des organismes importants ont soutenu ce comité (OMS, Fondation MacArthur, l'Institut National des Allergies et Maladies Infectieuses des Etats-Unis). Néanmoins, il semblerait que chacune des solutions proposées pour l'utilisation des OGM présente des défauts importants. Bien qu'il faille attendre l'intégralité des résultats des études qui doivent être menées, il ne semble pas y avoir de solution miracle. De plus, vouloir connaître la dynamique de la population naturelle via des études génétiques populationnelles et écologiques semble assez illusoire, du fait de l'étendue des régions géographiques concernées et du nombre d'individus (plusieurs millions) constituant les communautés d'insectes.
Cette review met en valeur les différents points à prendre en compte pour un sujet aussi sensible et important qu'est le traitement contre la malaria. Elle souligne l'aspect éthique de la situation, indiquant que l'avis des habitants des régions touchées doit être pris en compte, elle ne se focalise pas uniquement sur l'aspect biologique ou écologique du problème. Cette étude apporte aussi un brin de réalisme, en précisant que les études destinées à connaître les dynamiques génétiques populationnelles seraient extrêmement longues. Cette review montre enfin que chaque solution présente un envers du décor, et qu'au vu des connaissances actuelles, la solution parfaite n'existe pas et que des recherches supplémentaires doivent être menées.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.