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Titre de la review :

Comment la Culture a-t-elle façonné le génome humain : rapprocher génétique et sciences sociales.


Résumé de la review :

Le postulat de base des auteurs est de considérer que les pratiques culturelles (techniques, comportements, traditions) ont modifié par le passé le génome humain. Leur principale suggestion est l’existence d’une coévolution gène-culture qui pourrait être plus détaillée par l’étude de la génétique et des sciences anthropologiques et archéologiques. Leur point de vue est développé dans un premier temps par la description de modèles théoriques. Ces modèles sont comparables à ceux utilisés en génétique des populations et existent depuis les années 1980. Ils considèrent les deux types d’informations (génétique et culturelle) comme héréditaires et modifiant donc au même titre les pressions sélectives sur les populations. Ces modèles mathématiques se basent sur des équations de fréquences phénotypiques en lien avec les lignées parentales et permettent de relier des comportements sociaux (sélection du partenaire en fonction de l’épaisseur des cheveux dans l’exemple cité par les auteurs) à des informations génétiques (fréquences phénotypiques). Le premier modèle de coévolution gène-culture montre que la « pression culturelle dérivée » peut-être plus forte que les pressions sélectives naturelles. C’est le processus d’apprentissage et de passation orale du savoir qui peut par exemple mener à une véritable pression de sélection. Un autre argument est la vitesse supérieure de propagation de l’apprentissage par rapport aux mutations génétiques, donnant plus de poids à la pression culturelle. Une seconde théorie de la « construction de niche » soutient l’hypothèse de la capacité des organismes de « modifier la sélection naturelle dans leur environnement ». Ils sont donc en mesure de diriger une partie de leur évolution. Cette niche construite par la culture va mener l’Homme à s’imposer lui-même une forme de sélection depuis 5000 ans (agriculture, élevage, médecine, technologies). On distingue ainsi deux types de construction de niche : celles induites par l’Homme (construction de niche inductive) sur l’environnement et celles induites par l’environnement en lui-même (construction de niche par réaction). Ce dernier type permet selon l’auteur d’étouffer le facteur environnemental et correspond à ce moteur évolutif culturel. Cette sélection culturellement induite mène ainsi à la conservation d’allèles pourtant délétères en temps normal (sans culture). L’auteur nous montre ensuite l’intérêt des études anthropologiques, archéologiques sur l’étude des migrations, des habitudes alimentaires (absorption au lactose) et de leur impact sur la génétique humaine. Certains indices de pression forte de sélection positive sur le génome humain (substitution des paires de bases, réarrangements génomiques) ont pu être récemment identifiés, l’auteur faisant le lien avec la culture tout en admettant un biais possible pour certains gènes. Ainsi on observe une surreprésentation de certains gènes (interaction hôte-pathogène, gènes de développement soumis à une sélection positive, facilitation de la dispersion par la culture et adaptation locale). La culture peut également constituer une barrière au flux génétique à travers les différences de langue ou de traditions. Ces traits culturels impactent donc les patterns de variation génétique. L’auteur fait ensuite une critique des méthodes utilisées à l’heure actuelle par les généticiens. Il évoque notamment la possibilité qu’un bon nombre de gènes soumis à une sélection positive par la culture soient encore inconnus (et donc que la culture pourrait être le facteur prépondérant à l’adaptation évolutive).

Rigueur de la review :

Le niveau de rigueur est relativement satisfaisant. On constate tout de même, généralement à la fin de chaque sous-partie, des propos modérant ceux évoqués précédemment. Il semble donc que l’auteur ait une forme de prudence, qui contraste fortement avec le ton droit et sur de l’analyse visant certainement à assoir des principes qui sont encore décriés de nos jours.

Ce que cette review apporte au débat :

Ce texte nous a permis de mieux identifier les facteurs qui pourraient nous laisser penser que l’Homme se serait affranchi en partie de la sélection naturelle. Nous disposons ici d’un avis assez tranché, portant la culture au cœur de l’évolution humaine au détriment d’un mécanisme évolutif naturel qui est ainsi freiné. À travers l’association de la génétique et des sciences anthropologiques, l’auteur nous montre que l’on peut mieux appréhender les variations génétiques au sein des populations humaines et que de nombreuses recherches restent à mener pour avoir une vision plus globale.

Publiée il y a plus de 9 ans par T. Chaillon et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 9 ans.