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Intitulé de la thèse :

Analyse carbone de deux régimes et recommandations pour réduire l'impact environnemental de l'alimentation


Figure :

Proportion des émissions de différentes catégories d'aliments en fonction de leur apport calorique

Tableau 4.1 : pour le régime végétalien

Tableau 4.4 : pour le régime locavore

(source : Côté, 2016, pages 39 - 43)

Introduction à la thèse :

Le régime végétalien est souvent avancé comme une alternative durable au régime omnivore. Cependant, certaines études suggèrent que les émissions de gaz à effet de serre liée au transport serait bien plus élevé pour les fruits et légumes (50% du bilan GES) que pour la viande rouge (seulement 10%, selon Wakeland, 2012). Une alternative envisageable consiste à limiter sa consommation à des ressources alimentaires produites localement (ex : à l'échelle d'une région ou d'un pays), sans restriction vis-à-vis d'une catégorie particulière d'aliments : c'est ce qu'on appelle le régime locavore. Afin de comparer l'impact environnemental des régimes locavore et végétalien, l'auteur se propose d'établir le bilan carbone de ces deux modes d'alimentation. Dans un cadre plus général, une liste de recommandations visant à réduire l'impact de la production alimentaire sur l'environnement est également proposée.

Résumé et résultats de la thèse :

La première partie de l'essai consiste en une analyse comparative des régimes locavore et végétalien. Leur empreinte carbone, qui correspond à la quantité de gaz à effet de serre qu'ils sont susceptibles d'émettre, est évaluée au moyen du Food Carbon Emissions Calculator. Cet outil mis à disposition en ligne permet de calculer les émissions de chaque aliment composant le régime, en fonction de leur poids et de la distance parcourue pour leur transport. La composition alimentaire moyenne de ces deux régimes se base les recommandations du Guide alimentaire canadien (2007). Enfin, le cadre de l'étude est délimité au mois de janvier, dans la province canadienne du Québec.

Le fait de limiter l'étude à cette province permet de s'approcher au mieux d'un scénario réaliste, en exploitant des données réelles de production et de consommation. Le choix du cadre temporel n'est pas anodin : en effet, si le production locale du Québec suffit pour assurer une alimentation végétalienne pendant l'été, l'importation de certains produits devient nécessaire en contexte hivernal. A titre d'exemple, 80% des fruits et 45% des légumes consommés au Canada dans le cadre d'un régime végétalien sont issus de l'importation. Si le régime vegan s'affranchit des impacts de l'élevage industriel, le régime locavore limite quant à lui les émissions causées par cette étape de transport de marchandises. Ce facteur de distance constitue le principal point de comparaison entre ces deux modes d'alimentation supposément "durables".

Les émissions du régime végétalien sont estimées à 15,4 kg d'équivalent CO2 par semaine et par personne, dont 10,2 pour la production des aliments et 5,2 pour leur transport. Lors de la période hivernale, cette étape représente donc à elle seule plus du tiers des émissions du régime. Malgré les émissions liées à l'importation des fruits et légumes – particulièrement à cette période de l'année – c'est la catégorie des produits céréaliers qui représente le plus fort impact environnemental (38,5%). Ceci s'explique en grande partie par la production et le transport de boissons à base de soja, utilisées comme substitut aux produits laitiers.

Par comparaison, les émissions du régime locavore atteignent 17,8 kg d'équivalent CO2, dont 33% proviennent des viandes et 27% des produits laitiers. Ainsi, la moitié de l'impact environnemental du régime locavore provient d'aliments qui sont proscrits par le régime végétalien. Malgré les économies de transport réalisées, la production locale de viande suffit à rehausses fortement les émissions de gaz à effet de serre. De la même façon, l'industrie de produits laitiers génère des quantités de carbone supérieure à celles des substituts à base de soja. Ces résultats suggèrent que le territoire québécois bénéficierait plus fortement d'une transition à long terme vers le végétalisme, qui constituerait ainsi une meilleure alternative à notre mode de consommation actuel.

Le dernier chapitre de l'essai identifie plusieurs solutions potentielles pour réduire l'impact de l'alimentation sur l'environnement. A l'échelle du consommateur, la réduction du gaspillage est fortement recommandé : à l'heure actuelle, plus d'un tiers de la nourriture produite mondialement n'est pas consommé, ce qui représente 1,3 milliard de tonnes d'aliments dont la décomposition contribue aux émissions de méthane. Au niveau des producteurs, la réduction des intermédiaires de vente – encourageant par exemple le développement de marchés locaux – permettrait de limiter les émissions liées aux étapes d'emballage, de transformation et de transport des aliments. L'amélioration des techniques de restauration des sols devrait également permettre d'améliorer la séquestration du carbone organique. Enfin, conformément aux résultats présentés ci-dessus, la réduction de la consommation de viande et autres ressources animales s'avère incontournable : ce secteur représente à lui seul 80% des émissions de l’industrie agroalimentaire.

Rigueur de la thèse :

Contrairement aux autres références que nous avons analysées, ce document n'est pas issu d'un journal à comité de lecture, il s'agit d'un essai rédigé par une étudiante en Master. Toutefois, le format utilisé (nombre de pages, rédigé dans la langue officielle de l'université) se rapproche d'une thèse universitaire. La version disponible en ligne correspond probablement à la version finale du mémoire tel qu'il a été soumis : il est peu probable que des modifications y aient été apportées suite à son évaluation, et on ne connaît pas la notation qui lui a été attribuée. Cependant, ce mémoire étant répertorié dans les archives en ligne de l'université, le travail réalisé en vue de sa rédaction semble apprécié et reconnu comme scientifiquement valide par ses évaluateurs.

Ce que cette thèse apporte au débat :

Le secteur de l'agroalimentaire représente plus du quart des émissions de GES d'origine anthropique (Smith et al., 2014). Dans ce contexte, il est important d'évaluer à quel point la modification de nos habitudes alimentaires permettrait de diminuer ces chiffres. A l'échelle du Québec, les résultats de cette analyse comparative suggèrent qu'un régime végétalien produirait 13,8% d'équivalent carbone en moins qu'un régime omnivore favorisant l'approvisionnement local (le bilan carbone issu de l'élevage restant trop élevé pour mettre en valeur les économies de transport). Toutefois, l'essai ne prédit pas comment se positionne le régime vegan par rapport aux régimes végétariens au sens large. D'autres auteurs se sont penchés sur la question, en comparant l'empreinte carbone de ces deux catégories de régime sans viande : les chiffres obtenus restent sensiblement proches, bien que légèrement en faveur du régime végétalien (Berners-Lee, 2012).

Publiée il y a plus de 9 ans par F. Manzi.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.