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Titre de l'article :

Sélection naturelle et sexuelle dans une population humaine historique monogame


Introduction à l'article :

Les adaptations sociales et culturelles de l'espèce humaine lui permettent une flexibilité écologique très importante. Cette flexibilité est, en général, considérée comme affranchissant l'espèce humaine de la sélection naturelle, si ce n'est durant le Pléistocène (avant l'interglaciaire actuel). De récentes études mettent pourtant en évidence une sélection sur certains traits depuis le Néolithique, ainsi qu'une variation de fitness causée notamment par la fertilité.
Toutefois, cette expression de la fertilité recouvre des facteurs divers du fait de l'utilisation de descripteurs des populations entières, empêchant de distinguer l'effet de différents facteurs biologiques et sociaux. L'effet sur la fitness des traits d'histoire de vie et de la sélection sexuelle est donc mal connu. Cette étude s'intéresse à une population pré-industrielle de Finlande, dans laquelle l'histoire de vie et les facteurs sociaux peuvent être étudiés sur plusieurs générations.

Expériences de l'article :

Les registres paroissiaux tenus par l'Église Luthérienne au sein de 4 populations incluent 5923 individus nés entre 1760 et 1849. Ils indiquent les naissances, les décès, les mariages, ainsi que la condition sociale (possession ou non de terres).
Le nombre de mariage a été utilisé comme succès d'accouplement et le nombre total d'enfants comme succès reproducteur (incluant la survie et la fertilité). Ces données ont permis le calcul de plusieurs indicateurs de sélection naturelle et sexuelle : l'opportunité de sélection, le gradient de Bateman et le différentiel maximal de sélection.

Résultats de l'article :

L'opportunité de sélection est décomposée en 4 composants multiplicatifs (épisodes sélectifs) :

  • survie jusqu' l'âge de la reproduction : inférieure chez les hommes ; similaire entre les conditions sociales
  • accès aux partenaires : inférieur chez les hommes ; similaire entre les conditions sociales
  • succès d'accouplement : supérieur chez les hommes ; similaire entre les conditions sociales
  • fertilité par partenaire : pas de différence selon le sexe ou la condition sociale Pour conclure, l'opportunité de sélection est significativement supérieure chez les hommes que chez les femmes, et non significativement différente selon la condition sociale. Le gradient de Bateman est plus élevé chez les hommes que chez les femmes, indiquant que le succès d'accouplement avait plus d'effet sur le succès reproducteur chez les hommes. De plus, le différentiel maximal de sélection sexuelle était plus élevé chez les hommes que chez les femmes, et similaire entre les conditions sociales.
Rigueur de l'article :

Cet article est rigoureux. Le choix des variables utilisées est bien argumenté et le mode de calcul des probabilités est donné.

Ce que cet article apporte au débat :

L'intensité de la sélection naturelle est semblable aux valeurs que l'on pourrait trouver dans d'autres espèces, mais nettement supérieure à celles rapportées pour les populations humaines. Elle est principalement due à la variation de la survie jusqu'à l'âge de la reproduction d'une part, et la fertilité d'autre part.
Cette sélection n'est donc pas annulée par les changements techniques (agriculture) et culturels (monogamie) de l'Holocène : les populations humaines sont toujours soumises à une sélection, notamment sur les traits d'histoire de vie.

Publiée il y a plus de 9 ans par J. Gros et C. Cros.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.