Doit-on lutter contre les espèces exotiques envahissantes  ?
INTRODUCTION
Le processus d’invasion a été mis en évidence, grâce à des données paléontologiques, bien avant l’apparition de l’Homme. Durant la "Grande Coupure"par exemple, il y a 33.9 millions d’années, les faunes asiatiques ont migré progressivement en Europe entraînant ainsi la disparition de nombreuses espèces indigènes, moins compétitives. Au XVIe siècle, les échanges entre les continents s’intensifient et les navigateurs déplacent, volontairement ou non, de nombreuses espèces allant des microbiotes aux différentes faunes et flores du globe. Au XXe siècle, avec l’essor d’une mondialisation effrénée et bien trop négligente, le nombre d'introduction d'espèces exotiques envahissantes (EEE) a augmenté de 76% ces 35 dernières années. Constituant une menace pour la conservation des écosystèmes, la santé publique et les activités humaines, elles sont devenues une préoccupation majeure. Depuis les années 1980, une prise de conscience de la complexité du phénomène donne naissance à une nouvelle science : la biologie de l’invasion.
DÉFINITIONS
De nos jours ces espèces sont considérées comme l'une des causes majeures de l’érosion de la biodiversité engageant ainsi des prises de décisions politiques internationales. En 2014, l'Union Européenne propose la définition d’espèce exotique envahissante suivante : "Espèce exotique dont l’introduction ou la propagation s’est révélée constituer une menace pour la biodiversité et les services écosystémiques associés ou avoir des effets néfastes sur la biodiversité et lesdits services". Cependant les définitions restent multiples et varient en fonction des espèces considérées, ce qui témoigne d’un dissensus important. Dans le cadre de cette controverse, les espèces envahissantes considérées seront majoritairement des espèces exotiques et introduites, volontairement ou non, par l’Homme.
Dans le but de préserver les écosystèmes, la lutte contre ces organismes envahissants est souvent envisagée comme une solution. Cette action peut s’effectuer de manière plus ou moins radicale, allant de la prévention à l'éradication, et conduit à des impacts parfois contre-intuitifs sur les écosystèmes. Cette considération soulève la question suivante :
QUESTION
Doit-on lutter contre les espèces exotiques envahissantes ?
QUESTIONS SOUS-JACENTES
- Sont-elles nécessairement néfastes ?
- Sont-elles le moteur ou la conséquence des changements des écosystèmes ?
- La lutte est-elle efficace et sans conséquences ?