Doit-on lutter contre les espèces exotiques envahissantes  ?
Le processus d’invasion a été mis en évidence bien avant l’apparition de l’Homme, grâce aux outils de la paléontologie. L’événement de la "Grande Coupure", par exemple, ayant eu lieu il y a 33.9 millions d'année, correspond à un renouvellement faunique liée à d'importants changements climatiques ainsi qu'à ce processus. Durant cette période, les faunes asiatiques ont migré en Europe entraînant ainsi des bouleversements dans les compositions des communautés animales et végétales occidentales.
Au XVIe siècle, les échanges entre les continents s’intensifient et les navigateurs déplacent, volontairement ou non, de nombreuses espèces allant des microbiotes aux différentes faunes et flores du globe. Au XXe siècle, avec l’accélération de la mondialisation, le nombre d'espèces exotiques envahissantes (EEE) augmente de manière inquiétante. Tant est si bien que les EEE deviennent une préoccupation majeure écologique, sanitaire et économique. Depuis les années 1980, une prise de conscience de la complexité du phénomène donne naissance à une nouvelle science : la biologie de l’invasion.
De nos jours ces espèces sont considérées comme l'une des causes majeures de l’érosion de la biodiversité engageant ainsi des prises de décisions politiques internationales. En 2014, l'Union Européenne propose la définition d’espèce exotique envahissante suivante : "Espèce exotique dont l’introduction ou la propagation s’est révélée constituer une menace pour la biodiversité et les services écosystémiques associés ou avoir des effets néfastes sur la biodiversité et lesdits services". Cependant les définitions restent multiples et varient en fonction des espèces considérées ou des acteurs qui en discutent, ce qui témoigne d’un dissensus important. Dans le cadre de cette controverse, les espèces envahissantes considérées seront exclusivement des espèces exotiques et introduites, directement ou non, par l’Homme.
Dans le but de préserver les écosystèmes, la lutte contre ces organismes envahissants est souvent envisagée comme une solution. Cette action peut s’effectuer de manière plus ou moins radicale, allant de la ** prévention** à l'éradication et conduit alors à des effets parfois contre-intuitifs sur les écosystèmes. Cette considération soulève la question suivante :
Doit on lutter contre les espèces exotiques envahissantes ?
*QUESTIONS SOUS-JACENTES *
• Ces espèces sont-elles nécessairement néfastes ?
• Ces espèces sont-elles le moteur ou les opportunistes des changements des écosystèmes ?