Les progrès techniques de l'humanité conduisent-ils à son émancipation de la sélection naturelle ?
A l’heure de l’explosion de la génétique, des techniques de séquençage et de l'édition des génomes, le débat sur l’eugénisme ne fait que s’étoffer. L’eugénisme, que l’on peut qualifier de science visant à améliorer l'espèce humaine, soit en favorisant la multiplication des plus aptes, soit en entravant celle des inaptes, semble bien encore être d’actualité. Indirectement ou directement, il semble difficile de dire qu’aujourd’hui l’Homme ne pratique pas l’eugénisme moderne grâce à l’évolution de la médecine: les handicaps et pathologies peuvent être anticipés, évités et dans une certaine proportion, guéris (Müller, 2020). Autrement dit, l'Homme est aujourd'hui capable de choisir partiellement qui peut vivre dans ses sociétés. Avec ses progrès techniques actuels, et probablement avec le futur essor de l'ingénierie génétique, il semble évident que l'Homme manipule sa biologie et tend à définir lui-même les avantages et conséquences associés à chacun de ses traits biologiques.
La réelle question derrière ce constat, au delà des valeurs éthiques que cela ébranle, est la possibilité d’une évolution différente pour l’Homme (Cordero, 2020). En effet, de par ses avancées scientifiques et médicales, peut-on considérer aujourd’hui que l’Homme n’est plus soumis à la sélection naturelle ?
A l'heure actuelle, cette question semble encore faire débat dans la communauté scientifique et on retrouve ainsi deux points de vues :
L'Homme, de par ses progrès sociaux, médicaux et scientifiques, subit d'autres formes de sélection considérées comme artificielles : ce sont les actions et les choix des Hommes qui orientent leur propre sélection. En accord avec cette idée, l'expansion de l'Homme et de sa technologie laisse à penser qu'il ne subit presque plus les pressions sélectives de son environnement (prédation, pathogènes, etc...). En perspective de ce point vue s'inscrit l'impact potentiel du développement et de la démocratisation du "genome editing".
Malgré ses progrès techniques, l'évolution de l'Homme est toujours médiée par la sélection naturelle. Même si les caractères de survie ne semblent plus être les caractères sélectionnés, il semblerait que d'autres caractères tels que la fertilité soient toujours liés à des mécanismes de sélection naturelle.
Dans ce travail, nous avons réalisé une synthèse bibliographique afin d'explorer les arguments de cette controverse scientifique.