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Colonisation assistée dans un climat en mutation : étude expérimentale sur deux papillons britanniques
Colonisation assistée dans un climat en mutation : étude expérimentale sur deux papillons britanniques
Introduction à l'article
Dans leur introduction, les auteurs commencent par citer des études ayant montré l’évolution de la distribution géographique d’espèces, du au changement climatique. En se basant sur divers articles, ils suggèrent que la dominance humaine sur les territoires couplée à de faibles capacités de dispersion pourraient empêcher certaines espèces d’effectuer cette transition géographique, pourtant nécessaire à leur survie (et leur conservation). Ils présentent ensuite rapidement ce qu’est la colonisation assistée, et explique qu’ils ont testé cette méthode dans un but théorique sur deux espèces de papillons britanniques (qui ne sont pas des enjeux de conservation). Leurs objectifs étaient de (1) tester les modèles d’enveloppes climatiques pour déterminer les aires adaptées aux papillons hors de leurs airs d’origine, (2) vérifier si ces aires peuvent supporter de populations viables, et (3) comparer la viabilité des populations introduites par rapport aux populations restées dans leur habitat naturel.
Dans leur introduction, les auteurs commencent par citer des études ayant montré l’évolution de la distribution géographique d’espèces, du au changement climatique. En se basant sur divers articles, ils suggèrent que la dominance humaine sur les territoires couplée à de faibles capacités de dispersion pourraient empêcher certaines espèces d’effectuer cette transition géographique, pourtant nécessaire à leur survie (et leur conservation). Ils présentent ensuite rapidement ce qu’est la colonisation assistée, et explique qu’ils ont testé cette méthode dans un but théorique sur deux espèces de papillons britanniques (qui ne sont pas des enjeux de conservation). Leurs objectifs étaient de (1) tester les modèles d’enveloppes climatiques pour déterminer les aires adaptées aux papillons hors de leurs airs d’origine, (2) vérifier si ces aires peuvent supporter de populations viables, et (3) comparer la viabilité des populations introduites par rapport aux populations restées dans leur habitat naturel.
Expériences de l'article
Les deux espèces de papillons (M.galathea et T.sylvestris) ont été sélectionnées pour leur source de nourriture très répandue. Les chercheurs supposent ainsi que la principale limite à leur distribution est le climat. Ces derniers ont commencé par appliquer plusieurs modèles de surface de réponse climatique sur la Grande-Bretagne, pour déterminer les sites encore inoccupés mais adaptés climatiquement aux deux espèces (grain de 10km²). Ces espèces ayant déjà migré vers le nord dans les années précédentes, ils ont choisi deux sites d’introduction en Ecosse (1 par espèce) et ont procédé à la translocation. La surveillance des deux populations introduites a été effectué sur le terrain entre 2001 et 2006 à l’aide de GPS. Les chercheurs ont estimé la population totale, la dispersion et la densité de population plusieurs jours par an durant la période de vol. Ils ont également comparé les données de M. galathea avec d’autres populations de la même espèce ayant récemment colonisé d'autres sites.
Les deux espèces de papillons (M.galathea et T.sylvestris) ont été sélectionnées pour leur source de nourriture très répandue. Les chercheurs supposent ainsi que la principale limite à leur distribution est le climat. Ces derniers ont commencé par appliquer plusieurs modèles de surface de réponse climatique sur la Grande-Bretagne, pour déterminer les sites encore inoccupés mais adaptés climatiquement aux deux espèces (grain de 10km²). Ces espèces ayant déjà migré vers le nord dans les années précédentes, ils ont choisi deux sites d’introduction en Ecosse (1 par espèce) et ont procédé à la translocation. La surveillance des deux populations introduites a été effectué sur le terrain entre 2001 et 2006 à l’aide de GPS. Les chercheurs ont estimé la population totale, la dispersion et la densité de population plusieurs jours par an durant la période de vol. Ils ont également comparé les données de M. galathea avec d’autres populations de la même espèce ayant récemment colonisé d'autres sites.
Résultats de l'article
Même si les espèces s’étaient déjà répandus au Nord au cours des vingt dernières années, les modèles ont montré que des aires adaptées aux papillons étaient effectivement inhabités. Les deux introductions ont été des succès, avec des populations toujours viable 8 ans après leurs introductions. Les deux populations se sont répandues de façon constante, mais avec un taux inférieur à 1km/an, ce qui est plus faible que le changement d’isothermes en Grande-Bretagne estimé à 4,5km/an. La population maximale a augmenté au fil des ans, avec les taux de croissance similaire aux populations ayant colonisé naturellement d’autres zones.
Même si les espèces s’étaient déjà répandus au Nord au cours des vingt dernières années, les modèles ont montré que des aires adaptées aux papillons étaient effectivement inhabités. Les deux introductions ont été des succès, avec des populations toujours viable 8 ans après leurs introductions. Les deux populations se sont répandues de façon constante, mais avec un taux inférieur à 1km/an, ce qui est plus faible que le changement d’isothermes en Grande-Bretagne estimé à 4,5km/an. La population maximale a augmenté au fil des ans, avec les taux de croissance similaire aux populations ayant colonisé naturellement d’autres zones.
Rigueur de l'article
La colonisation assistée présentée dans cet article a certes été un succès, mais il faut bien rappeler (comme le font rapidement les auteurs en discussion) que cette dernière a été effectuée dans des conditions idéales, et avec un investissement financier très (voir trop) conséquent. Montrer que la colonisation assistée marche est une chose, mais dans la réalité, sa mise en place est plutôt prévue pour des espèces menacées, pour la plupart beaucoup moins idéales que des papillons non menacés ayant une source de nourriture foisonnante sur tout le territoire. De plus, l'étude montre que les deux espèces de papillons n'ont de toute façon pas la capacité de dispersion nécessaire pour suivre le changement climatique. La colonisation assistée permet effectivement de les aider dans cette tâche, mais cela reste une vision à court terme qui implique de devoir être répétée pour suivre le changement inexorable du climat.
La colonisation assistée présentée dans cet article a certes été un succès, mais il faut bien rappeler (comme le font rapidement les auteurs en discussion) que cette dernière a été effectuée dans des conditions idéales, et avec un investissement financier très (voir trop) conséquent. Montrer que la colonisation assistée marche est une chose, mais dans la réalité, sa mise en place est plutôt prévue pour des espèces menacées, pour la plupart beaucoup moins idéales que des papillons non menacés ayant une source de nourriture foisonnante sur tout le territoire. De plus, l'étude montre que les deux espèces de papillons n'ont de toute façon pas la capacité de dispersion nécessaire pour suivre le changement climatique. La colonisation assistée permet effectivement de les aider dans cette tâche, mais cela reste une vision à court terme qui implique de devoir être répétée pour suivre le changement inexorable du climat.
Ce que cet article apporte au débat
Cet article présente l'une des premières colonisations assistées à avoir été mise en place. L’objectif principal n'était pas la conservation des espèces utilisées, mais plutôt de voir si une telle méthode est viable. L'étude montre qu'en prenant des espèces et environnements très connus et des modèles d'enveloppe climatique, la colonisation assistée semble marcher. Ils montrent également la présence (déjà supposé) d'un retard dans le déplacement des espèces par rapport à la rapidité du changement climatique. Sans pour autant montrer la nécessité d’une telle méthode, ils suggèrent que cette dernière peut avoir de l'intérêt dans certains cas si les risques sont bien évalués, et si cela s'avère moins couteux que d'autres méthodes de conservation. Un exemple réussi comme celui-ci permet de répondre aux réticences des biologistes étant contre cette méthode.
Cet article présente l'une des premières colonisations assistées à avoir été mise en place. L’objectif principal n'était pas la conservation des espèces utilisées, mais plutôt de voir si une telle méthode est viable. L'étude montre qu'en prenant des espèces et environnements très connus et des modèles d'enveloppe climatique, la colonisation assistée semble marcher. Ils montrent également la présence (déjà supposé) d'un retard dans le déplacement des espèces par rapport à la rapidité du changement climatique. Sans pour autant montrer la nécessité d’une telle méthode, ils suggèrent que cette dernière peut avoir de l'intérêt dans certains cas si les risques sont bien évalués, et si cela s'avère moins couteux que d'autres méthodes de conservation. Un exemple réussi comme celui-ci permet de répondre aux réticences des biologistes étant contre cette méthode.
Remarques sur l'article
La colonisation assistée ne semble pas être une méthode de conservation durable pour des espèces ayant une capacité de dispersion limitée. Ici par exemple, si on continu de déplacer ces espèces toujours plus vers le Nord pour éviter leur extinction, ont fini par arriver à des frontières infranchissables (ici, l'océan Atlantique par exemple).
La colonisation assistée ne semble pas être une méthode de conservation durable pour des espèces ayant une capacité de dispersion limitée. Ici par exemple, si on continu de déplacer ces espèces toujours plus vers le Nord pour éviter leur extinction, ont fini par arriver à des frontières infranchissables (ici, l'océan Atlantique par exemple).
Publiée il y a plus de 6 ans
par
B. Brée.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
Article : Assisted colonization in a changing climate: a test-study using two U.K. butterflies
Titre de l'article
Colonisation assistée dans un climat en mutation : étude expérimentale sur deux papillons britanniques
Colonisation assistée dans un climat en mutation : étude expérimentale sur deux papillons britanniques
Introduction à l'article
Dans leur introduction, les auteurs commencent par citer des études ayant montré l’évolution de la distribution géographique d’espèces, du au changement climatique. En se basant sur divers articles, ils suggèrent que la dominance humaine sur les territoires couplée à de faibles capacités de dispersion pourraient empêcher certaines espèces d’effectuer cette transition géographique, pourtant nécessaire à leur survie (et leur conservation). Ils présentent ensuite rapidement ce qu’est la colonisation assistée, et explique qu’ils ont testé cette méthode dans un but théorique sur deux espèces de papillons britanniques (qui ne sont pas des enjeux de conservation). Leurs objectifs étaient de (1) tester les modèles d’enveloppes climatiques pour déterminer les aires adaptées aux papillons hors de leurs airs d’origine, (2) vérifier si ces aires peuvent supporter de populations viables, et (3) comparer la viabilité des populations introduites par rapport aux populations restées dans leur habitat naturel.
Dans leur introduction, les auteurs commencent par citer des études ayant montré l’évolution de la distribution géographique d’espèces, du au changement climatique. En se basant sur divers articles, ils suggèrent que la dominance humaine sur les territoires couplée à de faibles capacités de dispersion pourraient empêcher certaines espèces d’effectuer cette transition géographique, pourtant nécessaire à leur survie (et leur conservation). Ils présentent ensuite rapidement ce qu’est la colonisation assistée, et explique qu’ils ont testé cette méthode dans un but théorique sur deux espèces de papillons britanniques (qui ne sont pas des enjeux de conservation). Leurs objectifs étaient de (1) tester les modèles d’enveloppes climatiques pour déterminer les aires adaptées aux papillons hors de leurs airs d’origine, (2) vérifier si ces aires peuvent supporter de populations viables, et (3) comparer la viabilité des populations introduites par rapport aux populations restées dans leur habitat naturel.
Expériences de l'article
Les deux espèces de papillons (M.galathea et T.sylvestris) ont été sélectionnées pour leur source de nourriture très répandue. Les chercheurs supposent ainsi que la principale limite à leur distribution est le climat. Ces derniers ont commencé par appliquer plusieurs modèles de surface de réponse climatique sur la Grande-Bretagne, pour déterminer les sites encore inoccupés mais adaptés climatiquement aux deux espèces (grain de 10km²). Ces espèces ayant déjà migré vers le nord dans les années précédentes, ils ont choisi deux sites d’introduction en Ecosse (1 par espèce) et ont procédé à la translocation. La surveillance des deux populations introduites a été effectué sur le terrain entre 2001 et 2006 à l’aide de GPS. Les chercheurs ont estimé la population totale, la dispersion et la densité de population plusieurs jours par an durant la période de vol. Ils ont également comparé les données de M. galathea avec d’autres populations de la même espèce ayant récemment colonisé d'autres sites.
Les deux espèces de papillons (M.galathea et T.sylvestris) ont été sélectionnées pour leur source de nourriture très répandue. Les chercheurs supposent ainsi que la principale limite à leur distribution est le climat. Ces derniers ont commencé par appliquer plusieurs modèles de surface de réponse climatique sur la Grande-Bretagne, pour déterminer les sites encore inoccupés mais adaptés climatiquement aux deux espèces (grain de 10km²). Ces espèces ayant déjà migré vers le nord dans les années précédentes, ils ont choisi deux sites d’introduction en Ecosse (1 par espèce) et ont procédé à la translocation. La surveillance des deux populations introduites a été effectué sur le terrain entre 2001 et 2006 à l’aide de GPS. Les chercheurs ont estimé la population totale, la dispersion et la densité de population plusieurs jours par an durant la période de vol. Ils ont également comparé les données de M. galathea avec d’autres populations de la même espèce ayant récemment colonisé d'autres sites.
Résultats de l'article
Même si les espèces s’étaient déjà répandus au Nord au cours des vingt dernières années, les modèles ont montré que des aires adaptées aux papillons étaient effectivement inhabités. Les deux introductions ont été des succès, avec des populations toujours viable 8 ans après leurs introductions. Les deux populations se sont répandues de façon constante, mais avec un taux inférieur à 1km/an, ce qui est plus faible que le changement d’isothermes en Grande-Bretagne estimé à 4,5km/an. La population maximale a augmenté au fil des ans, avec les taux de croissance similaire aux populations ayant colonisé naturellement d’autres zones.
Même si les espèces s’étaient déjà répandus au Nord au cours des vingt dernières années, les modèles ont montré que des aires adaptées aux papillons étaient effectivement inhabités. Les deux introductions ont été des succès, avec des populations toujours viable 8 ans après leurs introductions. Les deux populations se sont répandues de façon constante, mais avec un taux inférieur à 1km/an, ce qui est plus faible que le changement d’isothermes en Grande-Bretagne estimé à 4,5km/an. La population maximale a augmenté au fil des ans, avec les taux de croissance similaire aux populations ayant colonisé naturellement d’autres zones.
Rigueur de l'article
La colonisation assistée présentée dans cet article a certes été un succès, mais il faut bien rappeler (comme le font rapidement les auteurs en discussion) que cette dernière a été effectuée dans des conditions idéales, et avec un investissement financier très (voir trop) conséquent. Montrer que la colonisation assistée marche est une chose, mais dans la réalité, sa mise en place est plutôt prévue pour des espèces menacées, pour la plupart beaucoup moins idéales que des papillons non menacés ayant une source de nourriture foisonnante sur tout le territoire. De plus, l'étude montre que les deux espèces de papillons n'ont de toute façon pas la capacité de dispersion nécessaire pour suivre le changement climatique. La colonisation assistée permet effectivement de les aider dans cette tâche, mais cela reste une vision à court terme qui implique de devoir être répétée pour suivre le changement inexorable du climat.
La colonisation assistée présentée dans cet article a certes été un succès, mais il faut bien rappeler (comme le font rapidement les auteurs en discussion) que cette dernière a été effectuée dans des conditions idéales, et avec un investissement financier très (voir trop) conséquent. Montrer que la colonisation assistée marche est une chose, mais dans la réalité, sa mise en place est plutôt prévue pour des espèces menacées, pour la plupart beaucoup moins idéales que des papillons non menacés ayant une source de nourriture foisonnante sur tout le territoire. De plus, l'étude montre que les deux espèces de papillons n'ont de toute façon pas la capacité de dispersion nécessaire pour suivre le changement climatique. La colonisation assistée permet effectivement de les aider dans cette tâche, mais cela reste une vision à court terme qui implique de devoir être répétée pour suivre le changement inexorable du climat.
Ce que cet article apporte au débat
Cet article présente l'une des premières colonisations assistées à avoir été mise en place. L’objectif principal n'était pas la conservation des espèces utilisées, mais plutôt de voir si une telle méthode est viable. L'étude montre qu'en prenant des espèces et environnements très connus et des modèles d'enveloppe climatique, la colonisation assistée semble marcher. Ils montrent également la présence (déjà supposé) d'un retard dans le déplacement des espèces par rapport à la rapidité du changement climatique. Sans pour autant montrer la nécessité d’une telle méthode, ils suggèrent que cette dernière peut avoir de l'intérêt dans certains cas si les risques sont bien évalués, et si cela s'avère moins couteux que d'autres méthodes de conservation. Un exemple réussi comme celui-ci permet de répondre aux réticences des biologistes étant contre cette méthode.
Cet article présente l'une des premières colonisations assistées à avoir été mise en place. L’objectif principal n'était pas la conservation des espèces utilisées, mais plutôt de voir si une telle méthode est viable. L'étude montre qu'en prenant des espèces et environnements très connus et des modèles d'enveloppe climatique, la colonisation assistée semble marcher. Ils montrent également la présence (déjà supposé) d'un retard dans le déplacement des espèces par rapport à la rapidité du changement climatique. Sans pour autant montrer la nécessité d’une telle méthode, ils suggèrent que cette dernière peut avoir de l'intérêt dans certains cas si les risques sont bien évalués, et si cela s'avère moins couteux que d'autres méthodes de conservation. Un exemple réussi comme celui-ci permet de répondre aux réticences des biologistes étant contre cette méthode.
Remarques sur l'article
La colonisation assistée ne semble pas être une méthode de conservation durable pour des espèces ayant une capacité de dispersion limitée. Ici par exemple, si on continu de déplacer ces espèces toujours plus vers le Nord pour éviter leur extinction, ont fini par arriver à des frontières infranchissables (ici, l'océan Atlantique par exemple).
La colonisation assistée ne semble pas être une méthode de conservation durable pour des espèces ayant une capacité de dispersion limitée. Ici par exemple, si on continu de déplacer ces espèces toujours plus vers le Nord pour éviter leur extinction, ont fini par arriver à des frontières infranchissables (ici, l'océan Atlantique par exemple).
Dernière modification il y a plus de 6 ans.