ControverSciences est archivé. Il reste consultable mais il n'est plus possible de contribuer.
Le code source pour faire tourner le serveur reste disponible sur GitHub.
Titre de la review

La conservation des abeilles mellifères n'aide pas la biodiversité des espaces naturels

Résumé de la review

Il y a aujourd'hui une attention croissante quant au déclin mondial des pollinisateurs, directement liée à la perte économique potentielle et à l'érosion de la biodiversité résultant d'un service écosystémique en danger, la pollinisation. En effet, ~75% des espèces végétales cultivées sont dépendantes des animaux pour effectuer leur reproduction, à l'origine de notre consommation alimentaire. Si plus de 20 000 insectes pollinisateurs ont été décrits mondialement, une seule espèce bénéficie d'efforts de conservation importants : l'abeille mellifère.

Si les auteurs confirment que l'abeille domestique, essentielle pour nos agricultures, connait actuellement un déclin en Europe et en Amérique du Nord, elle connait globalement un essor important dans son aire d'introduction (hors Europe et Afrique, d'où elle est originaire).

Cependant, le déclin de l'abeille domestique est, selon les auteurs, un soucis agricole mais n'est pas un problème environnemental, n'étant pas elle-même un pollinisateur naturel mais une espèce domestiquée. Les gouvernements et certaines associations non-gouvernementales ont pourtant appelé à la protection et à la conservation de l'abeille mellifère. Ce manque de discernement du déclin d'une espèce énormément managée et domestiquée pourrait réduire les efforts de pollinisation des espèces naturelles qui sont mondialement et largement en danger.

D'après les auteurs, il y a de plus en plus de preuves que les communautés artificielles d'Apis mellifera associées à l'apiculture peut exacerber le déclin des pollinisateurs naturels, essentiellement dans l'aire d'introduction de l'abeille domestique. Dans son aire d'origine, il a été montré que les abeilles exercent une pression de compétition par exploitation, non seulement des espèces végétales cultivées mais aussi des plantes naturelles lors de la fin de la floraison dans les champs, privant les pollinisateurs naturels de leur ressource primaire et provoquant alors leur déclin.

La mondialisation augmente l'échange et les mouvements mondiaux des abeilles mellifères, apportant alors des parasites et d'autres maladies aux pollinisateurs naturels via le partage des ressources florales.
Les abeilles mellifères peuvent aussi diminuer le succès reproducteur des plantes naturelles dans son aire d'introduction, n'ayant pas co-évolué avec, au contraire des pollinisateurs naturels . Certaines espèces non-pollinisatrices sont même en compétition avec l'abeille mellifère introduite (par exemple l'oiseau Anodorhynchus leari, menacé d'extinction au Brésil, en compétition pour les sites de nichage dans les cavités rocheuses).

L'abeille domestique, au sein de son aire de répartition originelle ou introduite a donc un impact important sur les communautés naturelles par la seule conséquence de sa forte abondance.

Son déclin, dû à l'utilisation des néonicotinoides et de nombreux parasites, est parallèle à celui des communautés d'insectes pollinisateurs, mais les effort de conservation par définition doivent se concentrer sur les espèces naturelles et pas sur cette espèce domestique dont la survie dépend finalement de processus agricoles.

Par conséquent, les auteurs demandent que l'introduction de colonies d'Apis mellifera dans les aires naturelles protégées soit freinée et contrôlée par voie gouvernementale pour ne pas accentuer l'érosion de la biodiversité. Le management des colonies d'abeille domestique devrait prendre en compte son activité hors champ lors de la fin de floraison des cultures. Certaines compagnies nord-américaines migrent par exemple des ruches entre plusieurs états en suivant la floraison des pommiers et des amandiers.

Les auteurs proposent de ne plus considérer un service effectué par une espèce domestique comme un système écosystémique (comme il l'est actuellement) mais à ne considérer dans la définition que les espèces naturelles, ce qui serait un premier pas vers la prise en compte de l'importance et donc de la conservation des pollinisateurs naturels.

Ce que cette review apporte au débat

Cette review apporte une synthèse claire et précise sur les dégats que peut provoquer l'abeille domestiques dans le monde et rompt avec l'idée générale (hors scientifiques) que l'abeille est en danger, doit être absolument protégée et doit être ré-introduite dans les espaces naturels pour préserver le service écosystémique de la pollinisation.
Les auteurs éclairent une différence marquée entre la conservation des espèces naturelles et celle d'espèces domestiques.

Remarques sur la review

Admirablement concise et claire, cette review est centrale dans la compréhension de cette controverse.

Publiée il y a plus de 7 ans par A. Estarague et H. Mouilhi.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.
Review : Conserving honey bees does not help wildlife