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Titre de la review

Conséquences transgénérationnelles des activités touristiques humaines

Résumé de la review

L’écotourisme peut avoir dans de nombreux cas des conséquences bénéfiques sur les communautés humaines locales et leur économie. Néanmoins, avant de mettre en place de telles activités, d’autres éléments doivent être pris en considération. Parmi ces éléments, nous pouvons citer le comportement des espèces protégées. En effet, la présence répétée de l’Homme et d’animaux domestiques impose une pression de sélection supplémentaire sur les espèces sauvages présentes. Les animaux exposés à ces perturbations n’auront donc que trois possibilités :

  • S’adapter
  • Disperser vers des milieux moins perturbés
  • S’éteindre

Comme présenté dans la review de Geffroy et al, la présence répétée de l’Homme dans des milieux préservés via des activités d’écotourisme entraîne chez de nombreuses espèces une diminution des comportements de peur et de fuite ainsi qu’une habituation à la présence humaine. Ces changements peuvent être transgénérationnels et peuvent donc avoir des conséquences à long terme. Cette review détaille quatre mécanismes pouvant conduire à de telles modifications comportementales à plus ou moins long terme :

  • Changements microévolutifs
  • Changements épigénétiques
  • Habituation
  • Tri des phénotypes

Les changements micro-évolutifs correspondent aux changements des gènes responsables d’un comportement ou d’un phénotype. Ces changements sont le résultat d’une sélection directionnelle exercée sur les individus capables de répondre à la sélection imposée par la présence humaine, ces changements sont donc héréditaires.

Les changements épigénétiques correspondent à des modifications des gènes mais plus particulièrement à des modifications de leur expression. Ces changements ont notamment lieu grâce à la méthylation de l’ADN qui peut être induite par les conditions environnementales. Ceci entraîne l’expression ou la mise sous silence de certains gènes, entraînant ainsi des modifications du phénotype des individus ainsi que de leur comportement. Ces mécanismes semblent être responsables de la diminution des comportements anti-prédateurs chez certaines espèces en réponse à l’écotourisme.

L’habituation est le résultat d’une exposition répétée à un stimulus, entraînant la diminution des comportements de fuite ou de peur envers celui-ci. Ce mécanisme peut permettre aux organismes de s’acclimater à la présence humaine induite par l’écotourisme. Cependant il ne permet pas d’expliquer des changements comportementaux transgénérationnels.
Le tri des phénotypes correspond au fait que les individus avec des phénotypes différents se répartissent de manière non aléatoire le long d’un gradient de perturbation anthropique. Ce phénomène pourrait conduire à des différences intra-spécifiques dans la tolérance de l’écotourisme et dans les conséquences de celui-ci sur les individus. Ce mécanisme est souvent identifié dans la nature mais ne semble pas pouvoir permettre l’adaptation aux perturbations liées à l’écotourisme sur le long terme.

L’écotourisme peut donc avoir des conséquences à long terme sur le comportement des espèces. En plus des effets sur les comportements anti-prédateurs, le contact avec l’Homme via les activités touristiques peut également avoir d’autres conséquences. En effet, le contact répété entre l’Homme et de nombreuses espèces sauvages peut favoriser la transmission de maladies. De même, le nourrissage des animaux pratiqué dans le cadre de certaines activités touristiques peut entraîner des comportements d’agrégation autour des sites touristiques et sites de nourrissage. Ces comportements peuvent à leur tour favoriser la transmission de maladies entre espèces animales. Enfin, cet apport supplémentaire de nourriture pourrait avoir d’autres conséquences telles que l’avancement de la date de reproduction si celle-ci est déterminée par l’état interne de l’animal. Ce qui pourrait par exemple entrainer un succès reproducteur plus faible si les conditions environnementales ne sont pas favorables à la reproduction.

Rigueur de la review

Cette review cite de nombreuses sources bibliographiques pour appuyer les idées avancées ce qui rend l'ensemble assez rigoureux. Cependant, puisque peu d'études sont disponibles sur l'étude des effets de l'écotourisme sur le comportement des espèces protégées, certaines hypothèses peuvent sembler assez peu soutenues par la littérature.

Ce que cette review apporte au débat

En conclusion, cette review souligne le trade-off qui peux exister entre les avantages économiques de l’écotourisme pour les communautés locales et les effets négatifs que peuvent en retirer les espèces que l’on tente de protéger. Toujours selon cette review, l’écotourisme semble donc avoir un effet plus négatif sur les espèces animales, même s’il favorise la mise en lumière des espèces menacées et leur protection.

Publiée il y a plus de 7 ans par E. Fleurot.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.
Review : Transgenerational Consequences of Human Visitation
  • 1
  • Auteurs
    A.P.Møller
  • Année de publication
    2017
  • Journal
    Springer
  • Abstract (dans sa langue originale)

    Intended as a guide for wildlife managers and ecotourism operators, as well as interested ecotourists, this book addresses the biological principles governing how ecotourism affects wildlife. The introductory chapters focus on four key responses to human visitation—behavioral, physiological, ecological, and evolutionary. Readers will discover ecotourism’s effects on biodiversity in connection with various industries that are habitat or taxonomically specific: fish tourism (including both freshwater and marine), marine mammal tourism, the huge industry centered on terrestrial animals, and the well-studied industry of penguin tourism.

    Given that the costs and benefits of ecotourism cannot be meaningfully assessed without understanding the human context, particular attention is given to how ecotourism has been used as part of community development. In closing, the book synthesizes the current state of knowledge regarding best practices for reducing human impacts on wildlife. The final chapter highlights key research questions that must be addressed to provide more evidence-based guidelines and policy.

  • Identifiant unique
    978-3-319-58330-3
  • Accéder à la référence
  • Apparait dans la controverse
    L’écotourisme, coup de projecteur ou coup de massue sur la biodiversité ?
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