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Titre de l'article

Les effets indirects de l'éradication des espèces envahissantes dévastent l'île du patrimoine mondial.

Introduction à l'article

En 1878 les lapins Oryctolagus cuniculus, ont été introduits sur l'île sub-antarctique de Macquarie et l'ont largement envahis, altérant drastiquement la végétation. Les chats sauvages, Felis catus, introduits 60 ans auparavant, participaient à la régulation des lapins, mais pas assez pour empêcher les impacts sur la végétation. Un plan de gestion visant à tuer ces lapins pour restaurer la végétation de l'île a été mis en place. Le déclin de la population de lapins ainsi obtenue, a modifié le régime alimentaire des chats, menaçant les oiseaux marins natifs. Les chats ont donc été éradiqués de l'île et une augmentation de la population de lapins s'en est suivie, avec de nouveau de lourdes conséquences sur la végétation. Les auteurs se proposent ici de mettre en lumière les conséquences de l'éradication des chats, de discuter du manque d'anticipation de certains de ses effets et des moyens à mettre en œuvre pour que cela ne se reproduise plus lors de futurs plan de gestion similaires.

Expériences de l'article

Pour cette étude, les populations de lapins et le taux de prédation de ceux-ci par les chats sauvages ont été estimés. Le taux de prédation a été estimé en analysant le contenu digestif des chats tués lors du plan d'éradication. Les chercheurs ont vérifié que l'éradication des chats était bien la cause de l'augmentation de la population de lapins et que d'autres facteurs comme le climat ou le virus de la myxomatose n'entraient pas en compte. Les modifications sur les communautés végétales de l'île, au cours des années suivant l'éradication totale des chats, ont été suivies de façon globale en utilisant des images satellites, et de façon locale sur des patchs représentatifs de la diversité végétale de l'île. L'activité des lapins dans ces zones a également été évaluée lors de cette période. Les chercheurs ont également vérifié que cette modification de la végétation n'était pas liée aux changements climatiques subis par l'île.

Résultats de l'article

Le retour du nombre de lapins au niveau atteint avant le plan de gestion est clairement attribuable à l'éradication des chats. L'augmentation de l'herbivorie, parallèle à celle du nombre de lapins, a entraîné des dommages importants sur la végétation de l'île qui est passée d'une toundra aux communautés végétales complexes à des pelouses courtes et pâturées voire même à des sols nus. L'éradication des chats semblait être plus prioritaire que la gestion des lapins, mais le rythme et la répartition spatiale des bouleversements que cela a entraîné sur la chaîne trophique de l'île étaient totalement inattendus. Des techniques formelles d'évaluation des risques écologiques combinées à de solides connaissances de la biologie des espèces cibles (interaction, place dans la chaîne trophique...) permettraient d'améliorer les processus d'évaluation des risques avant toutes interventions de gestion d'une EEE et ainsi de diminuer le risque de survenue de conséquences inattendues.

Rigueur de l'article

Les auteurs précisent bien que l'étude ne prend en compte que les lapins exotiques dans l'altération de la végétation locale. Or, d'autres espèces, telles que les rats et les souris, favorisées par l'éradication des chats sauvages ont aussi pu impacter fortement cette végétation. Les inclure dans l'analyse semble très important pour pouvoir "quantifier" la part de dommages causés à la végétation qui est due à chacune de ces espèces (lapins, rats, souris), et ainsi pouvoir définir plus précisément les besoins de leur gestion. De plus, inclure ces espèces permettrait de mieux cerner les diverses conséquences de l'éradication des chats sur l'écosystème.

Ce que cet article apporte au débat

Cet article offre un exemple concret à la fois de la nécessité d'éradication d'une EEE pour protéger des espèces natives en danger, mais aussi de la complexité des conséquences que cela peut avoir sur l'écosystème. Ces conséquences peuvent se révéler directement ou indirectement néfastes pour certaines espèces natives du milieu, et elles sont particulièrement marquées en milieux insulaires. Les auteurs insistent sur le fait qu'une gestion réussie passe par l'étude rigoureuse de l'espèce cible et de sa place au sein de la chaîne trophique et de l'écosystème en général. Les méthodes de gestion des EEE ne peuvent être complètement transposables d'un écosystème à un autre puisqu'elles peuvent avoir des conséquences très différentes selon les paramètres de l'écosystème, et ceux de l'EEE (fonctions, interactions, position dans la chaîne trophique...). Cet article fourni donc une preuve supplémentaire de la complexité de la gestion des EEE et de la nécessité de les gérer au cas par cas.

Publiée il y a plus de 8 ans par S. Hafsia et N. Ait kaci.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.
Article : Indirect effects of invasive species removal devastate World Heritage Island.
  • 1 1
  • Auteurs
    Dana M. Bergstrom , Arko Lucieer , Kate Kiefer , Jane Wasley, Lee Belbin, Tore K. Pedersen, and Steven L. Chown
  • Année de publication
    2009
  • Journal
    Journal of Applied Ecology
  • Abstract (dans sa langue originale)

    Owing to the detrimental impacts of invasive alien species, their control is often a priority for conservation management. Whereas the potential for unforeseen consequences of management is recognized, their associated complexity and costs are less widely appreciated.
    We demonstrate that theoretically plausible trophic cascades associated with invasive species removal not only take place in reality, but can also result in rapid and drastic landscape-wide changes to ecosystems.
    Using a combination of population data from of an invasive herbivore, plot-scale vegetation analyses, and satellite imagery, we show how a management intervention to eradicate a mesopredator has inadvertently and rapidly precipitated landscape-wide change on sub-Antarctic Macquarie Island. This happened despite the eradication being positioned within an integrated pest management framework. Following eradication of cats Felis catus in 2001, rabbit Oryctolagus cuniculus numbers increased substantially although a control action was in place (Myxoma virus), resulting in island-wide ecosystem effects.
    Synthesis and applications. Our results highlight an important lesson for conservation agencies working to eradicate invasive species globally; that is, risk assessment of management interventions must explicitly consider and plan for their indirect effects, or face substantial subsequent costs. On Macquarie Island, the cost of further conservation action will exceed AU$24 million.

  • Identifiant unique
    10.1111/j.1365-2664.2008.01601.x
  • Accès libre
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  • Apparait dans la controverse
    Espèce Exotique Envahissante : métamorphose du concept, vers une gestion au cas par cas ?
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