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Titre de la review

Avancées du débat sur les extinctions de la fin du Quaternaire

Résumé de la review

Une extinction massive de la mégafaune (animaux de plus de 44kg), notamment mammifère, s’est produite entre la fin du Pléistocène et l'Holocène, entre 50 et 10 000 ans avant notre ère. Après l’Holocène, 88% des genres de grands mammifères présents en Australie ont disparu, 35% en Eurasie, 72% en Amérique du Nord, 83% en Amérique du Sud et 21% en Afrique. Cette extinction massive des grands mammifères au rythme de reproduction lent semble anormale par rapport aux extinctions antérieures datées du Cénozoïque. De nombreuses hypothèses ont donc été émises quant aux causes de cette extinction massive de la fin du Quaternaire. La coïncidence avec la sortie d’Afrique de l’Homme moderne laisse penser que l’Homme aurait été un facteur majeur de cette extinction.

Un état de l’art pour chaque continent des extinctions de la fin du Quaternaire a été réalisé et différents scénarios proposés dans la littérature pour rendre compte de ces extinctions, établis sur la base d’évidences empiriques (données archéologiques) ou d’après des simulations, sont discutés.

Des changements environnementaux auraient joué un rôle dans l’extinction de la mégafaune : la fin du Quaternaire coïncide avec la plus récente transition glaciaire-interglaciaire. La survenue d’une catastrophe climatique (sécheresse de grande ampleur, refroidissement rapide) tend à être rejetée. Une modification de la diversité végétale conséquente d'un changement climatique progressif aurait entrainé une diminution de la capacité du milieu pour les grands herbivores, les menant à l’extinction. Peu de reconstruction des biomes du Pléistocène sont disponibles, mais les archives polliniques témoigneraient d’une baisse de la diversité spécifique végétale (alpha diversité) à l’Holocène en Amérique et en Eurasie.

Une baisse de la ressource disponible dans un milieu due à un changement climatique pourrait expliquer la sélectivité des extinctions de la fin du Quaternaire pour les grands mammifères. Une diminution progressive de la taille dans le registre fossile des taxons disparus à l’Holocène serait donc attendue. Cependant, de telles observations ne permettraient pas de discriminer l’impact anthropique (chasse des animaux de plus grande taille) d’un changement progressif d’écotype qui ne serait pas dû à une pression anthropique ou environnementale.

Une autre hypothèse, serait que la sortie d’Homo sapiens sapiens d’Afrique, associée au développement d’outils à pointe de flèches au Pléistocène (outils de Clovis), aurait entrainé l’extinction des grands mammifères en raison d’une chasse importante (« blitzkrieg »). Cette hypothèse est controversée avec l’estimation de la densité de peuplement des continents par l’Homme moderne ainsi que l’apport énergétique de proies issues de la chasse au Pléistocène. L’impact de l’Homme aurait également pu être indirect, par compétition pour la ressource.

Des scénarios mixtes prenant en compte les changements environnementaux survenus régionalement au Quaternaire associé à la colonisation progressive des continents par l’Homme ont été proposés. L’arrivée de l’Homme aurait entraîné une fragmentation de l’habitat et, associée à la transition vers une période interglaciaire, aurait précipité les espèces de grands mammifères dans des refuges glaciaires de faible qualité. Une compétition pour la ressource a été également supposée. La présence de Néandertal en Eurasie au Pléistocène sans témoin d’extinction de la mégafaune à cette période remet en question ce scénario. Un travail de paléoécologie de Néandertal est requis : une consommation plus importante de charognes qu’Homo sapiens sapiens associée à une pratique de chasse plus faible pourrait expliquer ce paradoxe. Ces derniers scénarios dans lesquelles les extinctions de la mégafaune de la fin du Quaternaire seraient dues à l’action conjointe des changements environnementaux considérés à une échelle régionale et de l’Homme tendent à être privilégiés.

Ce que cette review apporte au débat

Cette revue dresse un état de l'art des résultats scientifiques (preuves archéologiques, simulations de scénarios d'interaction Homme moderne-grands mammifères au Pléistocène) et des hypothèses émises au début des années 2000 sur les extinctions de la fin du Quaternaire.

Remarques sur la review

Bien que cette revue soit datée de plus d'une dizaine d'années, nous l'avons analysé pour apporter au débat les différents scénarios émis quant à l'extinction des grands mammifères au Quaternaire. Egalement, la démarche proposée par les auteurs: discuter chacune des différentes hypothèses (rôle prépondérant de l'environnement, ou de l'Homme, ou contribution de facteurs climatiques et anthropiques) qui consiste à présenter le scénario, des hypothèses empiriques (preuves archéologiques), puis des simulations/modélisations d'un scénario nous permettra de construire notre discussion en ce sens.

Publiée il y a plus de 5 ans par C. Paris et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 5 ans.
Review : Late Quaternary Extinctions : State of the Debate
  • 2 2 2 1 1
  • Auteurs
    Paul L. Koch, Anthony D. Barnosky
  • Année de publication
    2006
  • Journal
    Annual Review of Ecology, Evolution, and Systematics
  • Abstract (dans sa langue originale)

    Between fifty and ten thousand years ago, most large mammals became extinct everywhere except Africa. Slow-breeding animals also
    were hard hit, regardless of size. This unusual extinction of large and
    slow-breeding animals provides some of the strongest support for a
    human contribution to their extinction and is consistent with various human hunting models, but it is difficult to explain by models
    relying solely on environmental change. It is an oversimplification,
    however, to say that a wave of hunting-induced extinctions swept
    continents immediately after first human contact. Results from recent studies suggest that humans precipitated extinction in many
    parts of the globe through combined direct (hunting) and perhaps
    indirect (competition, habitat alteration) impacts, but that the timing and geography of extinction might have been different and the
    worldwide magnitude less, had not climatic change coincided with
    human impacts in many places.

  • Identifiant unique
    10.1146/annurev.ecolsys.34.011802.132415
  • Accéder à la référence
  • Apparait dans la controverse
    L'Homme est-il la cause principale de l'extinction des espèces de la mégafaune mammifère à la fin du Pléistocène ?
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