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Titre de la review

Progrès dans la biologie de l'invasion : prédire les envahisseurs

Résumé de la review

L'abondance et les coûts économiques et écologiques des espèces non indigènes (ENI) se traduisent par la hausse des publications visant à prédire leur identité, leurs impacts potentiels ou encore leur distribution. Des revues ont déjà voulu démontrer l'existence de caractéristiques prédisposant une espèce à devenir invasive, fait qui serait intéressant dans la prévention contre les EEE, mais ont rencontré plusieurs problèmes: (1) la variabilité trop importante de l'effet de ces caractéristiques sur le potentiel invasif d'une espèce selon l'habitat envahi, (2) le faible nombre d'études quantitatives de ces caractéristiques, (3) le fait que les études alors disponibles ne distinguaient pas les différentes étapes de transition du processus d'invasion (transport, introduction, établissement, invasion) alors que les caractéristiques impactant le potentiel invasif changent selon les étapes. Plus de données quantitatives sont aujourd'hui disponibles, les auteurs proposent donc de faire une revue montrant l'existence de ces caractéristiques prédisposantes, en palliant ou prenant en compte les différents problèmes cités précédemment.
Les auteurs ont utilisé 8 publications sur les plantes et 8 sur les oiseaux pour cette étude et ont regardé les effets de 23 caractéristiques d'intérêts (présentes dans au moins 2 études pour la même espèce) sur le succès d'établissement et d'invasion d'une ENI, en comparant les établies aux non-établies et les invasives aux non-invasives. Ils ont ainsi réalisé 94 comparaisons dont 39 non-significatives et 55 significativement associées (positivement ou négativement) avec la réussite d'une étape.
La probabilité qu'une espèce s'établisse augmente avec le nombre d'individus relâchés et le nombre d'introductions. 2 caractéristiques favorisent le succès d'une étape, mais la diminution de la probabilité de succès pour l'autre : les oiseaux non-migrateurs ont plus de chances de s'établir comparés aux oiseaux migrateurs, mais moins de chances de devenir invasifs. Il en va de même pour les oiseaux lourds comparés aux légers. La région d'origine de l'ENI est la seule caractéristique présente dans plusieurs études qui montre le même résultat significatif pour toutes les comparaisons la concernant : effet positif sur l'établissement. Pour l'invasion, 5 caractéristiques ont des résultats uniquement significatifs. Par exemple, les plantes invasives tendent à se reproduire de façon végétative. Pour les caractéristiques avec des résultats significatifs dans certaines études et pas dans d'autres, cela peut s'expliquer par un problème de taille d'échantillonnage ou par le lien fort qui peut exister entre significativité de l'association et paramètres de l'habitat envahit. Si les résultats non-significatifs sont retirés, les oiseaux plus gros et moins migrateurs ont une probabilité d'établissement plus importante ; les plantes à petites graines et périodes juvéniles courtes ont une probabilité d'invasion plus forte ; et les oiseaux tendent à s'établir et envahir une région si elle a les mêmes gammes de températures et les mêmes habitats que la région native. Il est également important de définir les caractéristiques qui ne sont pas liées au succès d'une étape. Par exemple, le succès d'invasion d'une plante n'est pas lié à la longueur de la période de floraison, et le succès de l'établissement des oiseaux n'est pas lié à l'aire de répartition native.
Ce genre d'études devrait aider les managers des ressources naturelles à prédire l'identité des futures ENI et à réduire leur occurrence et impacts. Le résultat le plus fort de ces études était le succès de l'établissement corrélé positivement à la pression des propagules, résultat qu'il ne faut pas négliger pour la prévention des EEE. Il est impossible de stopper entièrement une introduction mais réduire le nombre d'individus relâchés et la fréquence des introductions sont des mesures réalisables qui, au vu de ces résultats, sont pertinentes dans une politique de prévention.

Rigueur de la review

Les études choisies restent incomplètes car elles ne traitent pas de toutes les étapes, ne concernent pas tous les taxons (notamment ceux avec introductions fréquentes comme poissons et insectes), et donnent peu d'informations sur les caractéristiques d'une même espèce à différentes étapes. Les études se focalisent davantage sur les étapes tardives (établissement et invasion) alors que l'efficacité de la gestion serait la plus optimale si elle agissait sur les phases précoces (transport et introduction) de l'invasion. Il faudrait obtenir plus de données quantitatives sur les caractéristiques et leurs effets lors de ces étapes. Les espèces et écosystèmes sur lesquels se basent les études utilisées ne sont pas cités, ce qui est regrettable puisque les résultats sont dépendants du contexte d'étude. Aucune généralisation ne peut être effectuée du fait du nombre trop faible d'études (pas de statistiques possibles) et de la singularité de chaque écosystème et de chaque événement d'introduction.

Ce que cette review apporte au débat

Plus d'efforts de recherches sur les caractéristiques influençant le potentiel invasif des ENI lors des phases précoces de l'invasion, permettraient d'ouvrir la voie vers de nouvelles gestions. Ces gestions se focaliseraient davantage sur la prévention des étapes d'établissement et d'invasion, en jouant sur les caractéristiques des phases précoces qui ont un effet sur le potentiel invasif d'une ENI (donc sur leur potentiel à atteindre et achever les deux étapes tardives de l'invasion). Ces méthodes s'appliqueraient donc plus au cas par cas, puisque chaque espèce n'aura pas nécessairement les mêmes caractéristiques la prédisposant à devenir une ENI. Les pressions des propagules, c'est-à-dire le nombre d'individus transportés et relâchés et la fréquence de leur introduction, semblent cependant être une bonne voie d'étude assez généralisable dans la prévention contre les ENI et à terme donc contre les EEE.

Publiée il y a plus de 8 ans par S. Hafsia .
Dernière modification il y a plus de 8 ans.
Review : Progress in invasion biology: predicting invaders
  • 1
  • Auteurs
    Cynthia S. Kolar, David M. Lodge
  • Année de publication
    2001
  • Journal
    Trends in Ecology & Evolution
  • Abstract (dans sa langue originale)

    Predicting which species are probable invaders has been a long-standing goal of ecologists, but only recently have quantitative methods been used to achieve such a goal. Although restricted to few taxa, these studies reveal clear relationships between the characteristics of releases and the species involved, and the successful establishment and spread of invaders. For example, the probability of bird establishment increases with the number of individuals released and the number of release events. Also, the probability of plant invasiveness increases if the species has a history of invasion and reproduces vegetatively. These promising quantitative approaches should be more widely applied to allow us to predict patterns of invading species more successfully.

  • Identifiant unique
    10.1016/s0169-5347(01)02101-2
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  • Apparait dans la controverse
    Espèce Exotique Envahissante : métamorphose du concept, vers une gestion au cas par cas ?
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