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Titre de la review

Comprendre les effets à long terme des espèces invasives

Résumé de la review

Dans cette review, Strayer et al. pointent du doigt le fait que les études sur les EEE sont de courte durée et n'analysent pas la variabilité temporelle de leurs effets. Pourtant, différents processus écologiques et évolutifs modulent les effets des EEE à travers le temps, permettant de distinguer des effets aigus et des effets chroniques. Afin d’illustrer ceci, les auteurs citent le cas de la fourmi Solenopsis invicta dont l’introduction a causé des baisses dans les abondances en fourmis natives. Douze ans plus tard, les communautés de fourmis natives ont augmenté jusqu'à leurs tailles initiales. Cette étude à long terme montre que les effets sont bénins. L’ampleur des effets que peuvent avoir des EEE dépend de (i) leur distinction fonctionnelle par rapport aux espèces natives (concernant des caractéristiques comme la fixation d’azote, l’inflammabilité, la phénologie, les ressources alimentaires dont elles ont besoin…) et de (ii) leur abondance. Des processus écologiques ou évolutifs peuvent modifier ces deux aspects. Le facteur temps doit donc toujours être pris en compte pour comprendre les effets des EEE.

Ces processus écologiques et évolutifs peuvent être catégorisés en 4 classes :
Changements chez l’espèce envahissante Une EEE peut s’acclimater (processus rapide pouvant se poursuivre à long terme), modifier son régime alimentaire; subir des modifications morphologiques ou physiologiques… Ces processus sont très marqués chez les EEE, qui font souvent preuve de plasticité. Il existe aussi des effets ontogéniques, visibles chez les EEE ayant une longue durée de vie comme les arbres. L’EEE peut également évoluer afin de s’adapter aux conditions du milieu, et aboutir à des génotypes plus vigoureux, et des individus plus compétitifs. De manière générale, ces évolutions se font en 10 à 50 ans. D’autres processus évolutifs tels que la spéciation et l’hybridation peuvent permettre aux EEE d'élargir leur aire de distribution à long terme. Les EEE après avoir évolué peuvent avoir des impacts sur le fonctionnement des écosystèmes, sans que ça ne soit visible immédiatement.
Changements chez la communauté envahieL’arrivée d’une EEE peut être un avantage ou un inconvénient. La réponse des communautés peut s’étendre de quelques jours à des siècles. Il est difficile de déterminer si la communauté peut ou non être résiliente à l’invasion. En effet, si la communauté envahie compte des espèces prédatrices, parasitoïdes ou pathogènes de l’EEE, elle sera favorisée par l’arrivée de l’EEE dont elle réduira les populations. En revanche, afin de résister à l’arrivée d’une EEE ou d’optimiser leurs interactions avec les EEE , les communautés natives peuvent évoluer. Ces évolutions peuvent se produire à plus ou moins long terme selon le temps de génération des espèces envahies.
Cumul de changements dans l’environnement envahi Se produit lorsque les EEE sont des ingénieure des écosystèmes. Les répercussions de ces changements sur l’écosystème ne peuvent être visibles qu’une fois accumulés.
Interaction entre espèce envahissante et autres variables éco-systémiques
Il peut y avoir une interaction, entre EEE et facteurs abiotiques, qui pourrait influencer le terme auquel les effets de l’invasion deviendraient apparents, puisqu'il faut que le milieu soit dans des conditions particulières pour permettre à l’EEE de l’influencer.

Ces exemples permettent de constater que les EEE peuvent avoir des effets aigus puis des effets chroniques, qui peuvent être différents. Bien que ce soit les effets chroniques qui aient le plus de conséquences économiques et écologiques, les effets aigus sont également à prendre en compte, car ils peuvent se prolonger dans le temps et parfois être irréversibles. Une compréhension des feeds back à long terme entre EEE et communautés envahies est indispensable dans la mise en place de plan de gestion afin de déterminer de manière précoce quelles EEE auraient des effets aigus et chroniques dépassant le seuil de tolérance.

Ce que cette review apporte au débat

Cette review met l'accent sur les nombreux mécanismes pouvant engendrer une variabilité temporelle des effets que peut avoir l'introduction d'EEE, qui n'est souvent pas prise en compte. En effet, les études scientifiques sur les EEE et les plans de gestion de ces dernières se focalisent souvent uniquement sur les effets aigus et à court terme qu'elle peuvent avoir. Pourtant, à travers de nombreux processus évolutifs et écologiques détaillés dans la review, une EEE au départ néfaste peut se montrer favorable à l'écosystème à long terme.

Publiée il y a plus de 8 ans par N. Ait kaci et S. Hafsia .
Dernière modification il y a plus de 8 ans.
Review : Understanding the long-term effects of species invasions