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Introduction:

Le système de reproduction d'une espèce ou d'une population se définit par la façon dont les individus obtiennent leurs partenaires, le nombre de partenaires au cours de leur vie, la durée de ces interactions et la façon dont les individus prennent soin de leurs descendances. La compréhension des variations de ces systèmes est primordiale à la compréhension de l’évolution des comportements sociaux (Jokela 2010). La reproduction et tous les éléments qui y sont associés sont des parts importantes dans toutes les cultures humaines passées et actuelles. Nous avons fait le choix de nous focaliser sur les questions de la monogamie et de l’infidélité chez l’espèce humaine, afin de savoir si elles étaient issues du processus de sélection naturelle (traits adaptatifs). La monogamie sera considérée ici comme le fait qu’un individu soit apparié à un unique autre individu à la fois. Il s’agit d’une notion ambiguë car parfois utilisée pour référencer un système avec un appariement unique et perpétuel entre deux individus pendant la totalité de leur cycle de vie (comme chez certains oiseaux). L'infidélité, quant à elle, sera définie comme la reproduction d’un individu “en couple” (période d’interactions reproductives préférentielles entre deux individus) avec un individu extra-couple. Ces questions ont été abordées par différents domaines académiques (biologie, anthropologie, sociologie, économie…), ce qui est à l’origine de nombreux désaccords. En effet, les chercheurs ont tendance à privilégier leur domaine d’étude comme pouvant expliquer ces deux aspects de notre comportement. Dans cette étude, nous aborderons le thème d’un point de vue essentiellement biologique. Cependant la genèse d’un grand nombre de traits humains résulte d’une complexe interaction entre phénomènes culturels et biologiques. Afin de mieux traiter ce sujet, nous avons divisé son étude en différentes sous - questions qui permettront une meilleure structuration de la réponse globale:

Quel est l’état ancestral du régime de reproduction chez l’espèce humaine? Si il y a eu changement; quand et comment a - t - il eu lieu? La monogamie est-elle ubiquiste aux époques et sociétés passées et actuelles?
Quelles pressions de sélection s’exercent sur le régime de reproduction chez Homo sapiens?
Existe t - il des bases génétiques à la monogamie et à l’infidélité?
Comment ces deux comportements à priori incompatibles ont-ils pu co-évoluer?

L’origine de la monogamie:

L’état ancestral du régime de reproduction chez l’espèce humaine est plutôt controversé, en effet selon Chapais (2013) l’espèce humaine serait passé d’un état de promiscuité sexuelle proche de celle du chimpanzé à la polygynie pour ensuite devenir monogame. Néanmoins à notre connaissances seule cette dernière transition est discutée dans la littérature biologique.La période ainsi que les raisons de la transition de la polygamie à la monogamie sont différentes selon les sources. En effet selon l’étude de Robert et al. (2011) les premières sociétés de chasseurs-cueilleurs pourraient déjà être essentiellement monogames, inversement les résultats de l’étude génétique de Dupanloup et al. (2003) semble indiquer que la sédentarisation coïnciderait avec un passage de la polygynie à la monogamie. L’archéologie ainsi que la paléontologie pourrait à première vue être les disciplines les plus à même de nous donner une réponse sans le biais que peuvent représenter les études sur des sociétés actuelles, malheureusement les interprétations à partir du registre fossile sur le régime de reproduction humaine sont difficiles (ce qui est rappelé dans de nombreuses études mais sans donner d’exemples). Un exemple pris dans la littérature matérialise parfaitement cela, Il s’agit de l’étude de Reno et al. (2003) où ils interprètent le faible dimorphisme ainsi que les courte canine d’Australopithecus afarensis comme étant une marque de la monogamie de cette espèce. L’état ancestral ainsi que la période de la transition de la polygamie à la monogamie fait toujours débat bien qu’ils semblent s’accorder sur le fait que le passage d’un mode de vie nomade à sédentaire devrait engendrer un changement du régime de reproduction. La polygynie est très répandue sur terre encore aujourd’hui, elle est présente dans 850 sociétés sur 1170 qui sont inscrite dans Murdock’s Ethnographic Atlas (Gould et al., 2008) posant des questions sur l’étendue de cette transition ou même de son existence. Pourtant d’un point de vue adaptatif, monogamie et la polygamie apportent tous les deux des avantages dans le succès reproductif de l’espèce et ceux pour les deux sexes.
Des études actuels chez l’Humain (génétique, anatomique, morphologique…) semblent s’accorder pour positionner l’Humain entre Gorille et Bonobo d’un point de vue de la compétition inter-mâles. Des traces de sélection fortes sont détectés dans les gènes s’exprimant dans les testicules, mais l’anatomie des organes reproducteurs, des gamètes et le dimorphisme sexuel en générale ne semblent pas être témoins d’une intense compétition spermatique comme chez d’autres espèces.

Quelles sont les causes du changement de régime de reproduction?

Comme il a été évoqué dans le chapitre précédent,un des hypothèses est que le régime de reproduction initial de l’espèce humaine était de type Multi-mâle/ multi-femelle. Nous pouvons donc nous interroger sur les divers facteurs qui pourraient être à l’origine du passage à la monogamie. Il faut également comprendre que les pressions de sélection sont divergentes entre mâles et femelles. Chez les femelles, les pressions comprennent le choix d’un bon partenaire (“bons gènes”, statut social … ), et l’investissement du père dans la descendance. Chez les mâles, il y a “intérêt” à maximiser le nombre de descendants produits mais également s’assurer que les descendants produits appartiennent au mâle en question (incertitude de paternité.
Selon plusieurs auteurs, l’une des conditions est une augmentation de l’investissement paternel et en particulier chez l’espèce humaine un accroissement des soins indirects prodigué à la progéniture (Mehlman 1988). Les raisons avancées comprennent le fait que biologiquement, les humains naissent à un stade très précoces pour permettre le passage du bassin à l’accouchement devenu plus étroit avec la bipédie. De ce fait les femelles doivent passer plus de temps aux soins de l’enfant ce qui représente du temps en moins passer à acquérir des ressources. Elles auraient donc tout intérêt à favoriser des mâles avec un fort un investissement à long terme (Tornhill, 1979). La sélection de dissimulation de l’oestrus chez la femelle comme condition au passage de la monogamie est quant à lui discuté . Dans la review de Mehlman deux hypothèses ressortent :
Pour Alexander et Noonan, Strassmann, Symons, Lovejoy, les femelles auraient été sélectionnées pour dissimuler leur ovulation afin de forcer le mâle à s’associer à long terme;
Pour Bensoof et Tornhill, au contraire, le maintien de l’ovulation manifeste aurait permis de garantir la paternité et conduit à la monogamie. La perte de l’oestrus serait apparue secondairement pour d’autres raisons.
Selon la review de Hendrich écrite en 2012, nombreuses sont les sociétés qui auraient permis la polygynie (polygynie de harem). L’adoption de la monogamie normative serait d’abord apparu dans les sociétés européennes puis se serait étendue. L’avantage de la monogamie vis-à-vis de la polygynie est qu’elle réduit le nombre d’homme sans partenaire et la compétition entre mâle. Les travaux de Laura Betzig ont formalisé cette idée à l’origine, en montrant l’évolution des sociétés européennes en parallèle des inégalités reproductives. Il existe en effet un fort parallèle entre régime politique et régime de reproduction. La polygamie serait ainsi imposée par des systèmes despotiques (Harems de différents empires historiques). Le combat pour les inégalités sociales (Révolution Française, Révolution Rouge en Russie et bien d’autres) était un combat à la fois pour les inégalités économiques et reproductives. Actuellement, le système démocratique a fortement diminué les inégalités reproductives entre les individus. Les systèmes plus démocratiques historiques auraient ainsi vu leur criminalité réduite et cela aurait pu améliorer la libre circulation et les échanges commerciaux.

Y aurait-il des bases génétiques à la monogamie et à l’infidélité?

Plusieurs articles mettent en avant le rôle de différents gènes (i.e AVPR1A, récepteur de la vasopressine, Lim et al. 2004) dans le comportement sexuel. Les variations de ce gène favoriseraient la liaison par paire, cette observation a pu être observé chez le campagnol et il semblerait que la variation de ce gène affecterait les comportements conjugaux chez l'espèce humaine également. En revanche aucun lien entre l’infidélité ou le nombre de partenaire n’a pu être établi avec ce gène, mais l’infidélité aurait néanmoins un base héréditaire à près de 41 % d’après une étude effectué sur des paires de jumeaux DZ et HZ (Lynn et al. , 2004).

Coexistence de la monogamie et l'infidélité:

L’avantage à l’infidélité pour la femme serait de se reproduire avec un individu au patrimoine génétique supérieur tout en conservant l’investissement paternel du partenaire officiel. Pour l’homme, ce serait de multiplier sa descendance sans pour autant fournir un investissement parental élevé (Benshoof and Tornhill, 1979). Le taux d'infidélité (nombre d’enfants issus de copulations extra-couples) a pu être étudié notamment par Larmuseau et al. (2016) qui ont trouvé des taux très faibles dans nos sociétés actuelles et passées par des techniques mêlant génétique et généalogie. Ce taux a été remarqué comme étant très faible, suggérant qu’il existe des coûts assez forts à l’infidélité (fin de la relation, punition sociétale, diminution des potentialités immédiates de reproduction, coût à rechercher un autre partenaire …). Certaines sociétés se sont cependant démarqués par des taux bien plus élevées pouvant avoisiner les 30%.

Conclusion:

L'exacte datation de la monogamie dans notre ascendance phylogénique semble difficile à positionner de manière certaine. Cependant beaucoup de facteurs sont détectés comme influençant les comportements de couple et de relations chez L'homme (génétiques, culturels, historiques, environnementaux ...). Homo sapiens semble bien être une espèce "naturellement" monogame à plus ou moins long terme. Les cas de polygamie historiques et actuels semblent plus avoir des origines culturelles que biologiques. Comprendre les conditions qui mènent à l'évolution d'espèces monogames reste encore un enjeu majeur de ce domaine de recherche.

(Cette synthèse a été rédigée par l'ensemble du groupe de manière indiscriminée sur un outil de travail interactif en ligne (Google docs) pour des raisons de praticité)

Publiée il y a plus de 6 ans par J. Vadez.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.