Existe-t-il vraiment des exceptions à la règle qui veut que l’asexualité ne soit pas évolutivement stable ?
*CONTEXTE *
La reproduction asexuée permet une production de descendants rapide et prolifique. Cependant, il est reconnu que les espèces sexuées jouissaient d’une meilleure pérennisation (Burt, 2000), car il se produit une recombinaison de génomes, d'où une élimination de mutations délétères, et du maintien de mutations favorables. Il s'agit d'une véritable réparation de l'ADN permettant de réparer les dommages d'un chromosome grâce aux informations d'un chromosome homologue.
Ainsi, la plupart des animaux (et des végétaux) se reproduisent par voie sexuée au moins périodiquement afin d’assurer la diversité génétique, nécessaire à la survie de l’espèce dans le temps (adaptation à de nouvelles niches écologiques).
La reproduction asexuée est souvent considérée comme une impasse évolutive. En effet, ce mode de reproduction est censé entraîner au fil des générations une accumulation de mutations délétères, engendrant un désavantage pour les organismes qui les portent, conduisant de manière inévitable à l’extinction de l’espèce. Ce mode de reproduction asexué ne serait alors pas évolutivement stable.
Pour cette raison les chercheurs s’intéressent depuis longtemps à l'évolution d'organisme à reproduction asexuée. Certains modèles suggèrent la possibilité de l'existence de mécanismes de recombinaison, et/ou d'incorporation d'ADN, permettant une diversité génétique permettant de s'adapter à des situations nouvelles, et permettre une plus longue durée de vie évolutive..
Cela a notamment été démontré avec différentes études sur des espèces de rotifères bdelloïdes, à l’origine d’un « scandale évolutif » (Schwander, 2016). Ces organismes protostomiens se trouvent en abondance sur toute la surface du globe (principalement dans les milieux humides). Ils sont strictement asexués (parthénogénèse) et de manière surprenante, connaissent une diversification des espèces depuis plus de 35 Ma (Welch et Meselson, 2000).
Il est montré qu’ils sont capables de protéger et réparer leur ADN (rétrotransposons), permettant ainsi de parer aux anomalies génétiques cumulés par clonage (Barraclough et al, 2007). Ces organismes sont d’autant plus intéressant qu’il semblerait que leur évolution ait connu un passage de la reproduction sexuée à asexuée (Flot et al, 2013).
Ces études restent débattues puisque d’autres publications suggèrent qu’il existe chez ces rotifères pas uniquement une reproduction clonale, mais une alternance de mode de vie sexué et asexué (Signorovitch et al, 2015 ; Sierra et Snell, 2009).