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Titre de la review

Une entreprise gigantesque : exploiter les connaissances de l'écologie fonctionnelle pour définir les priorités en matière de désextinction

Résumé de la review
  1. La désextinction, ou processus de résurrection d’espèces disparues, a été avancée comme un nouvel outil en biologie de la conservation. Jusqu'à présent, la plupart des discussions scientifiques sur la désextinction ont porté sur la méthodologie et l'éthique permettant de ramener à la vie des espèces jadis disparues. Nous nous demandons: comment peut-on transformer stratégiquement la désextinction en un service qui profite au maximum aux communautés écologiques et aux écosystèmes?
  2. Les écologistes indiquent souvent que la perte de fonction écologique est le pire aspect de l'extinction. Plusieurs décennies de recherche sur la définition, la classification et le suivi des modifications du panel de fonctions écologiques ont généré un riche répertoire d’informations qui devraient être exploité pour aider à guider la désextinction vers un avenir où ses produits peuvent réellement restaurer la perte de fonction induite par l’extinction.
  3. Les classifications des fonctions écologiques restent plus subjectives que d'autres taxonomies biologiques. Cependant, les écologistes s'accordent à dire que les fonctions de certaines espèces sont moins redondantes sur le plan écologique que d'autres. La perte d'espèces fonctionnellement uniques peut avoir des effets immédiats et en cascade sur le fonctionnement de la communauté et de l'écosystème.
  4. Nous examinons, du point de vue d’un écologiste, les efforts en cours afin d'utiliser la désextinction pour rétablir le mammouth laineux et le pigeon voyageur. Ces études de cas emblématiques illustrent les opportunités et les défis à venir pour restaurer la fonction écologique en utilisant la désextinction.
  5. Il y a un grand risque que la désextinction se limite à la fabrication de produits imitant la biologie d'espèces disparues, mais ne parvienne pas à ressusciter leur écologie. Nous suggérons trois façons pour la désextinction de restaurer de manière plus significative le fonctionnement d'espèces anciennement disparues: (i) sélectionner les espèces cibles dans les groupes à faible redondance fonctionnelle; (ii) se concentrer sur les espèces qui ont disparu récemment plutôt que sur des extinctions plus anciennes; et (iii) travailler uniquement avec les espèces qui peuvent être restaurées à des niveaux d'abondance qui permettent un rétablissement significatif de la fonction écologique.
Rigueur de la review

La review est plutôt rigoureuse en ce qui concerne les références qu'elle cite (grand nombre d'articles (+70), issus de journaux à comité de lectures). Elle fournit des "supporting information" (tableaux et figures supplémentaires aidant à la compréhension de la review mais non nécessaires).
Il n'y a pas d'évidence pour un conflit d'intérêt. Les financements proviennent de la fondation "Alfred P. Sloan Foundation" (organisation philanthropique à but non lucratif américaine), ainsi que du programme "the Benioff Ocean Initiative". On remarquera néanmoins que deux des auteurs font partie du "Benioff Ocean Initiative" (Dr. Douglas McCauley et Dr. Hillary Young), ce qui laisserait penser que l'obtention de ce financement a pu être facilitée.
La méthodologie est cohérente pour une review.

Ce que cette review apporte au débat

Cette review met en exergue la dimension fonctionnelle de la désextinction du mammouth (le cas du thylacine n'est pas traité). Elle préconise de choisir une espèce qui présente un niveau de redondance fonctionnelle faible, qui a été éteinte récemment et qui peut être ramenée à la vie à un niveau d'abondance cohérent à la restauration de ses fonctions écologiques.
Le mammouth ne remplit pas tous ces critères. En effet, le mammouth joue bien un rôle unique dans la décomposition et le renouvellement des nutriments (de part son régime alimentaire), et modifie la structure du sol par son piétinement, permettant ainsi aux herbacés de s'installer et de façonner l'écosystème. Néanmoins, le mammouth s'est éteint il y a 13000 ans : les conditions actuelles du milieu ne permettraient pas la réapparition des herbacés, même avec la réintroduction du mammouth (sol trop acide). Fonctionnellement parlant, la résurrection du mammouth des steppes n'est pas pertinente et ne devrait donc pas avoir lieu d'être.

Figure
Légende :

The extinction of the woolly mammoth (Mammuthus primigenius) was associated with the extinction of a diverse set of ecological functions. De‐extinction programmes currently targeting the resurrection of mammoths can be made more ecologically meaningful by endeavouring to recover both the biological and the ecological integrity of this species. Functions depicted were derived from the following literature: migration and nutrient transport (Zimov, Zimov & Chapin 2012; Doughty et al. 2015); decreased snowpack (Zimov 2005); increased grass and herb growth (Zimov et al. 1995; Barnosky et al. 2015); and trampling impacts on nutrient cycling (Zimov et al. 1995; Barnosky et al. 2015).

Publiée il y a plus de 7 ans par P. Charlot.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.
Review : A mammoth undertaking: harnessing insight from functional ecology to shape de-extinction priority setting
  • 1
  • Auteurs
    Douglas J. McCauley, Molly Hardesty-Moore, Benjamin S. Halpern, Hillary S. Young
  • Année de publication
    2016
  • Journal
    Functional Ecology
  • Abstract (dans sa langue originale)
    1. De-extinction, or the process of resurrecting extinct species, has been advanced as a promising new tool in conservation biology. Most scientific discussion of de-extinction has thus far focused on the methodology and ethics of bringing once-extinct species back to life. We ask: How can de-extinction be strategically shaped into a service that maximally benefits ecological communities and ecosystems? 2. Ecologists often indicate that the worst facet of extinction is the associated loss of ecological function. Several decades of research on defining, classifying and tracking changes in portfolios of ecological function have generated a rich repository of information that should be mined to help guide de-extinction towards a future where its products can meaningfully restore extinction-induced loss of function.
    2. Classifications of ecological function remain more subjective than other biological taxonomies. Yet, there is a clear consensus among ecologists that the functions of certain species are less ecologically redundant than others. The loss of such functionally unique species can have proximate and cascading effects on community and ecosystem functioning.
    3. We review, from an ecologist’s vantage point, efforts underway to use de-extinction to resurrect the woolly mammoth and the passenger pigeon. These iconic case studies illustrate the opportunities and challenges ahead for restoring ecological function using de-extinction. 5. There is great risk that de-extinction could limit itself to the fabrication of products that mimic the biology of extinct species, but fail to resurrect their ecology. We suggest three ways that de-extinction may more meaningfully restore the functioning of once-extinct species: (i) select target species from guilds with low functional redundancy; (ii) concentrate on species that went extinct recently rather than older extinctions; and (iii) only work with species that can be restored to levels of abundance that meaningfully restore ecological function.
  • Identifiant unique
    10.1111/1365-2435.12728
  • Accéder à la référence
  • Apparait dans la controverse
    La résurrection d’espèces éteintes et leur introduction dans leurs écosystèmes d’origine : études de cas du Mammouth des steppes et du thylacine.
  • Comment les contributeurs jugent la qualité scientifique de cette référence :

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