A number of influential biologists are currently pursuing efforts to restore previously extinct species. But for decades, philosophers of biology have regarded “de-extinction” as conceptually incoherent. Once a species is gone, it is gone forever. We argue that a range of metaphysical, biological, and ethical grounds for opposing de-extinction are at best inconclusive and that a pragmatic stance that allows for its possibility is more appealing.
Titre de l'article
Une approche pragmatique de la possibilité de désextinction
Une approche pragmatique de la possibilité de désextinction
Introduction à l'article
Depuis la fin des années 1970, il était affirmé qu'une fois qu'une espèce avait disparu, elle était partie pour de bon pour des raisons pratiques, de nécessité conceptuelle, biologique et/ou métaphysique. Aujourd'hui, la tendance s’est inversée avec la mise en place de projets de «rewilding» comme le «parc du pléistocène» en Sibérie, de Sergey Zimov, fondé dans l'idée que des éléphants génétiquement modifiés (les rendant plus tolérants aux conditions climatiques de la dernière ère glaciaire) pourraient se mettre dans la peau du mammouth laineux éteint afin de reconstituer un écolosystème perdu. Ce projet a pour objectif de restaurer ce qu’il appelle «l’écosystème gigantesque de la toundra-steppe», disparu il y a 10 000 ans. Des technologies d'édition de gènes (CRISPR-Cas9) permettent de penser que les génomes d'espèces apparentées sur le plan phylogénétique, telles que l'éléphant d'Asie et le mammouth laineux, pourraient être modifiés de manière à ressembler à ceux d'un génome de mammouth.
Depuis la fin des années 1970, il était affirmé qu'une fois qu'une espèce avait disparu, elle était partie pour de bon pour des raisons pratiques, de nécessité conceptuelle, biologique et/ou métaphysique. Aujourd'hui, la tendance s’est inversée avec la mise en place de projets de «rewilding» comme le «parc du pléistocène» en Sibérie, de Sergey Zimov, fondé dans l'idée que des éléphants génétiquement modifiés (les rendant plus tolérants aux conditions climatiques de la dernière ère glaciaire) pourraient se mettre dans la peau du mammouth laineux éteint afin de reconstituer un écolosystème perdu. Ce projet a pour objectif de restaurer ce qu’il appelle «l’écosystème gigantesque de la toundra-steppe», disparu il y a 10 000 ans. Des technologies d'édition de gènes (CRISPR-Cas9) permettent de penser que les génomes d'espèces apparentées sur le plan phylogénétique, telles que l'éléphant d'Asie et le mammouth laineux, pourraient être modifiés de manière à ressembler à ceux d'un génome de mammouth.
Expériences de l'article
Les auteurs abordent deux approches de la métaphysique des espèces: selon la première théorie, quand les espèces sont "naturelles", ils ont relativement peu de difficultés à assurer la véracité de leurs arguments à l'encontre des opposants à la désextinction.
Dans la seconde hypothèse, les auteurs perçoivent les espèces comme des individus à part entière et se heurtent à beaucoup plus d'objections que pourraient faire les critiques de la désextinction à son égard. La question de savoir si un mammouth cloné est un véritable mammouth dépendrait dans ce contexte de la question de savoir s'il joue un rôle écologique suffisamment similaire à celui de l'espèce éteinte.
Les auteurs abordent deux approches de la métaphysique des espèces: selon la première théorie, quand les espèces sont "naturelles", ils ont relativement peu de difficultés à assurer la véracité de leurs arguments à l'encontre des opposants à la désextinction.
Dans la seconde hypothèse, les auteurs perçoivent les espèces comme des individus à part entière et se heurtent à beaucoup plus d'objections que pourraient faire les critiques de la désextinction à son égard. La question de savoir si un mammouth cloné est un véritable mammouth dépendrait dans ce contexte de la question de savoir s'il joue un rôle écologique suffisamment similaire à celui de l'espèce éteinte.
Résultats de l'article
En utilisant une approche pragmatique et pluraliste, les auteurs expliquent que si nous souhaitons ramener des mammouths pour encourager la croissance de prairies empêchant le dégel du pergélisol, la comparaison des habitudes alimentaires ou migratoires entre l'espèce "éteinte" et son équivalent actuel sera la mesure pertinente de la similitude écologique. Si l'on s’attarde sur le rôle joué par les mammouths vis-à-vis des prédateurs, d'autres mesures de similarité écologique seront à prendre en compte. Les opposants à cette thèse statuent le fait que l'on doit considérer les organismes clonés comme des chimères, n'appartenant pas à l'espèce disparue. Pathways to de-extinction: how close can we get to resurrection of an extinct species?
En conclusion, aucune des objections conceptuelles ou métaphysiques ne montre la désextinction comme incohérente, selon une vision épi-phylogénétique. Il n’apparaît aucune raison de refuser de croire en la réapparition d'espèces auparavant disparues.
En utilisant une approche pragmatique et pluraliste, les auteurs expliquent que si nous souhaitons ramener des mammouths pour encourager la croissance de prairies empêchant le dégel du pergélisol, la comparaison des habitudes alimentaires ou migratoires entre l'espèce "éteinte" et son équivalent actuel sera la mesure pertinente de la similitude écologique. Si l'on s’attarde sur le rôle joué par les mammouths vis-à-vis des prédateurs, d'autres mesures de similarité écologique seront à prendre en compte. Les opposants à cette thèse statuent le fait que l'on doit considérer les organismes clonés comme des chimères, n'appartenant pas à l'espèce disparue. Pathways to de-extinction: how close can we get to resurrection of an extinct species?
En conclusion, aucune des objections conceptuelles ou métaphysiques ne montre la désextinction comme incohérente, selon une vision épi-phylogénétique. Il n’apparaît aucune raison de refuser de croire en la réapparition d'espèces auparavant disparues.
Rigueur de l'article
Cet article, un des derniers à être paru (mars 2018), fut rédigé par Matthew H. Slater et Hayley Clatterbuck, tous deux appartenant à un département de philosophie, respectivement de la Bucknell University (Pennsylvanie) et de l'Université de Rochester (New-York). On pourrait se questionner sur la légitimité de la parution d'un tel article sur un sujet apparemment dédié aux biologistes de la conservation, généticiens du développement et autres biologistes moléculaires évolutifs (Shapiro, Church...). Cependant, les auteurs sont parvenus à faire coexister ces deux disciplines en les intégrant l'une dans l'autre, même si cela complexifie relativement les propos énoncés. Le contenu de l'article, en soi, s’appuie sur de nombreuses références de professionnels issus de nombreux champs de recherche (écologie, philosophie, biologie, zoologie, etc.) tout en gardant une base très solide de "figures" s'attachant à des démarches plus expérimentales que métaphysiques.
Cet article, un des derniers à être paru (mars 2018), fut rédigé par Matthew H. Slater et Hayley Clatterbuck, tous deux appartenant à un département de philosophie, respectivement de la Bucknell University (Pennsylvanie) et de l'Université de Rochester (New-York). On pourrait se questionner sur la légitimité de la parution d'un tel article sur un sujet apparemment dédié aux biologistes de la conservation, généticiens du développement et autres biologistes moléculaires évolutifs (Shapiro, Church...). Cependant, les auteurs sont parvenus à faire coexister ces deux disciplines en les intégrant l'une dans l'autre, même si cela complexifie relativement les propos énoncés. Le contenu de l'article, en soi, s’appuie sur de nombreuses références de professionnels issus de nombreux champs de recherche (écologie, philosophie, biologie, zoologie, etc.) tout en gardant une base très solide de "figures" s'attachant à des démarches plus expérimentales que métaphysiques.
Ce que cet article apporte au débat
Au final, ils finissent par délivrer leur propre réponse, considérant qu'il faille aborder la question de la désextinction du mammouth sous le prisme du pragmatisme, seul point de vue valable autorisant et validant le passage de la théorie à la pratique génétique via des technologies de séquençage et d'édition de gènes comme CRISPR-Cas9.
Notre approche pragmatiste et pluraliste de la désextinction nous permet de nous concentrer sur les rôles que les espèces jouent dans divers projets. On pourrait, par exemple, partager l’accent mis par Shapiro sur les propriétés écologiques en pensant à la similitude sans se sentir obligé de donner une réponse négative à la question de savoir si un mammouth cloné est du même genre que les mammouths éteints.
Comme aucun des concepts d'espèces étudiés n'empêche la désextinction, elle dépendra seulement des taxons utilisés et de l’application des concepts d’espèce, par rapport aux écarts épi- et phylogénétiques présents entre l'ancêtre et son descendant.
Au final, ils finissent par délivrer leur propre réponse, considérant qu'il faille aborder la question de la désextinction du mammouth sous le prisme du pragmatisme, seul point de vue valable autorisant et validant le passage de la théorie à la pratique génétique via des technologies de séquençage et d'édition de gènes comme CRISPR-Cas9.
Notre approche pragmatiste et pluraliste de la désextinction nous permet de nous concentrer sur les rôles que les espèces jouent dans divers projets. On pourrait, par exemple, partager l’accent mis par Shapiro sur les propriétés écologiques en pensant à la similitude sans se sentir obligé de donner une réponse négative à la question de savoir si un mammouth cloné est du même genre que les mammouths éteints.
Comme aucun des concepts d'espèces étudiés n'empêche la désextinction, elle dépendra seulement des taxons utilisés et de l’application des concepts d’espèce, par rapport aux écarts épi- et phylogénétiques présents entre l'ancêtre et son descendant.
Remarques sur l'article
Les critiques de la désextinction pourraient répondre que ce n’est pas l’intervention humaine mais sa forme ou son étendue qui pose problème. Nous créons les conditions dans lesquelles une reproduction biologique normale peut avoir lieu. Cependant, la génétique ne fait pas tout : certaines caractéristiques et certains comportements de nombreuses espèces sont le produit de leur héritage épigénétique. Un clone génétique d'un mammouth né d'un éléphant d'Asie se comporterait-il comme un mammouth ? Rien n'est sûr, mais l'inquiétude n'est pas concluante pour trois raisons: (1) un éléphant d’Asie né d’un éléphant d’Asie dans un zoo ne se comporte pas comme un éléphant d’Asie à l’état sauvage mais est-ce que l’organisme appauvri par son comportement ne serait pas en fait de la même espèce que son cousin sauvage ? (2) l’importance de ces influences épigénétiques varie d’une espèce à l’autre (cas de plantes ou de micro-organismes où ces influences épigénétiques ont une signification plus limitée).
Les critiques de la désextinction pourraient répondre que ce n’est pas l’intervention humaine mais sa forme ou son étendue qui pose problème. Nous créons les conditions dans lesquelles une reproduction biologique normale peut avoir lieu. Cependant, la génétique ne fait pas tout : certaines caractéristiques et certains comportements de nombreuses espèces sont le produit de leur héritage épigénétique. Un clone génétique d'un mammouth né d'un éléphant d'Asie se comporterait-il comme un mammouth ? Rien n'est sûr, mais l'inquiétude n'est pas concluante pour trois raisons: (1) un éléphant d’Asie né d’un éléphant d’Asie dans un zoo ne se comporte pas comme un éléphant d’Asie à l’état sauvage mais est-ce que l’organisme appauvri par son comportement ne serait pas en fait de la même espèce que son cousin sauvage ? (2) l’importance de ces influences épigénétiques varie d’une espèce à l’autre (cas de plantes ou de micro-organismes où ces influences épigénétiques ont une signification plus limitée).
Dernière modification il y a plus de 7 ans.