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Titre de l'article

Alternatives aux néonicotinoïdes.

Introduction à l'article

Depuis leur découverte dans les années 1990, les néonicotinoïdes sont largement utilisés comme insecticides du fait de leur efficacité sur un très grand nombre d'espèces phytophages. Son usage intensif provoque aussi des hécatombes chez les espèces non ciblées, provoquant ce que l'on appelle le syndrome d'effondrement des colonies. Depuis leur mise sur le marché, de nombreux travaux scientifiques démontrent la dangerosité de ce produit pour la faune à proximité des champs (45% des articles publiés sur Web of Science portant sur les néonicotinoïdes concernent leurs dangers). Il faudra attendre 2018 pour que l'Union européenne interdise leur utilisation. Deux ans auparavant, le ministère de l'Agriculture commande une étude sur les différentes alternatives aux néonicotinoïdes en vue de leur interdiction. Cette étude (présentée ici) vise à étudier les possibilités en fonction de leur efficacité, leur applicabilité, leur durabilité et leur praticabilité.

Expériences de l'article

Durant deux ans, les auteurs ont revisité toutes les alternatives possibles aux néonicotinoïdes autorisés par l'Union européenne. Ils ont passés en revue : d'autres types d'insecticides (de synthèse ou naturels), la lutte biologique grâce à des macro-organismes ou micro-organismes, différentes pratiques agricoles (inter- cultures, bandes d'herbes ou de fleurs, rotation de cultures, irrigation, labour), des méthodes physiques (arrachement, taillage des plants, utilisation d'huiles, barrière lumineuse), des méthodes sémio-chimiques (utilisation de substances produites par des organismes pour piéger ou perturber la reproduction des nuisibles) et des variétés de plantes améliorées (génétiquement ou pas). Pour chacune des solutions, des scores semi-quantitatifs entre 1 et 3 ont été attribués pour leur efficacité, leur applicabilité, leur durabilité et leur praticabilité. Une méthode est considérée comme directement utilisable si elle possède un score de 2 ou 3 pour son efficacité et son applicabilité.

Résultats de l'article

Au finale, ce sont 120 types de cultures et 279 espèces d'insectes qui ont été étudiés. Pour 684 études, aucune information n'est disponible sur l'efficacité. Une solution durable a été définie pour 71% des utilisations des néonicotinoïdes, mais dans 128 de ces cas, seulement une option chimique est envisageable.
L'axe 1 de l'ACP représentant l'efficacité (et explique 69% de la variance), classe clairement d'un côté les solutions chimiques (moyenne de 2,99) en opposition aux autres (valeurs entre 1,27 et 1,91). Pour l'applicabilité, l'axe 1 de l'ACP (72%) place la lutte chimique à égalité avec la lutte biologique à 2,3, précédé des méthodes physiques à 2,5. L'utilisation de variétés résistantes et de produits chimiques est jugée moins durable que les autres alternatives. Pour l'applicabilité, les produits chimiques restent en tête, car ils sont faciles à utiliser, ils sont suivis des micro-organismes et de l'optimisation de variétés.

Rigueur de l'article

La liste des cas d'études est disponible en matériel supplémentaire, avec dans chaque cas, la note attribuée. La liste des articles étudiés n'est en revanche pas disponible.
Pour compléter, il aurait été pertinent de confronter les résultats avec des exploitants conventionnels, et ainsi connaitre l'avis de futurs utilisateurs sur le changement de pratique.

Ce que cet article apporte au débat

La lutte via micro-organismes est la méthode la plus durable préconisée par cette étude. Cet article démontre que les gouvernements ont un rôle à jouer pour le développement de l'agroécologie. Ce type de travail de synthèse permet de mettre au clair toutes les avancées techniques dans ce domaine de recherche. Il a été possible grâce au financement du ministère de l'agronomie via l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail. Cet article représente une partie du chemin pour amener la connaissance produite pas les scientifiques vers les personnes travaillant dans les cultures. Ce travail prend tout son sens lorsque l'on sait que les néonicotinoïdes ont été à nouveau autorisés pour protéger les cultures, il est maintenant temps d'interdire complètement son utilisation pour pousser les exploitants à utiliser d'autres méthodes de lutte contre les insectes phytophages.

Publiée il y a plus de 5 ans par S. Corso et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 5 ans.
Article : Alternatives to neonicotinoids
  • 2 2 1
  • Auteurs
    Hervé Jactel, François Verheggen, Denis Thiéry, Abraham J. Escobar-Gutiérrez, Emmanuel Gachet, Nicolas Desneux
  • Année de publication
    2019
  • Journal
    Environment International
  • Abstract (dans sa langue originale)

    The European Food Safety Authority concluded in February 2018 that “most uses of neonicotinoid insecticides represent a risk to wild bees and honeybees”. In 2016, the French government passed a law banning the use of the five neonicotinoids previously authorized: clothianidin, imidacloprid, thiamethoxam, acetamiprid and thiacloprid. In the framework of an expert assessment conducted by the French Agency for Food, Environmental and Occupational Health and Safety to identify possible derogations, we performed a thorough assessment of the available alternatives to the five banned neonicotinoids. For each pest targeted by neonicotinoids use, we identified the main alternative pest management methods, which we then ranked for (i) efficacy for controlling the target pest, (ii) applicability (whether directly useable by farmers or in need of further research and development), (iii) durability (risk of resistance in targeted pests), and (iv) practicability (ease of implementation by farmers). We identified 152 authorized uses of neonicotinoids in France, encompassing 120 crops and 279 pest insect species (or genera). An effective alternative to neonicotinoids use was available in 96% of the 2968 case studies analyzed from the literature (single combinations of one alternative pest control method or product × one target crop plant × one target pest insect). The most common alternative to neonicotinoids (89% of cases) was the use of another chemical insecticide (mostly pyrethroids). However, in 78% of cases, at least one non-chemical alternative method could replace neonicotinoids (e.g. microorganisms, semiochemicals or surface coating). The relevance of non-chemical alternatives to neonicotinoids depends on pest feeding habits. Leaf and flower feeders are easier to control with non-chemical methods, whereas wood and root feeders are more difficult to manage by such methods. We also found that further field studies were required for many promising non-chemical methods before their introduction into routine use by farmers. Our findings, transmitted to policymakers, indicate that non-chemical alternatives to neonicotinoids do exist. Furthermore, they highlight the need to promote these methods through regulation and funding, with a view to reducing pesticide use in agriculture.

  • Identifiant unique
    10.1016/j.envint.2019.04.045
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  • Apparait dans la controverse
    L'agroécologie pour nourrir le monde : réalité ou utopie ?
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