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Titre de l'article

Les analyses de l'activité ovarienne révèlent une évolution répétée de l'espérance de vie post-procréation (ménopause) chez les odontocètes.

Introduction à l'article

En conditions démographiques particulières (familiales) la sélection favoriserait les jeunes femelles à investir dans la reproduction et les femelles âgées à améliorer leur fitness en procurant des soins, c'est la théorie de la grand-mère. Chez la plupart des espèces le système reproducteur vieillit au même rythme que les tissus somatiques, les individus continuent à se reproduire jusqu’à la mort. Chez les odontocètes, les femelles de plusieurs espèces présentent un taux de sénescence reproductive plus élevé que le vieillissement somatique et cessent de se reproduire avant la fin de leur vie. Cette stratégie évolutive inhabituelle difficilement expliquée chez les odontocètes en raison de la diversité des structures sociales et des stratégies de reproduction, présente une rareté taxonomique nécessitant des pressions sélectives particulières. Les auteurs s'intéressent à 16 espèces d’odontocètes pour déduire une présence de senescence reproductrice.

Expériences de l'article

Après l'ovulation, le follicule de De Graaf, dégénère en corps jaune, puis en corps Albicans qui persiste dans l'ovaire. Des données physiologiques de 16 espèces d'odontocètes sont utilisées pour réaliser des comptages de corpus par âge, et quantifier un taux de sénescence reproductrice. Chaque femelle étudiée a un nombre de corpus et une estimation indépendante de l'âge fondée sur l'examen des couches de dentine. Pour les espèces dont la fécondité diminue avec l'âge, leur représentation physiologique post reproduction (Phys-PrR) est calculée à l'échelle de la population. Le calcul de la PrR (représentation post-reproduction) est basé sur des mesures de survie et de fécondité spécifiques à l'âge. En l'absence de paramètres de croissance de population, trois scénarios de changement de population sont modélisés dans le calcul du Phys-PrR. Les résultats sont utilisés pour déduire l'évolution de la ménopause dans ce clade en utilisant des méthodes comparatives phylogénétiques.

Résultats de l'article

Une relation a été trouvée entre nombre de corpus et âge chez treize espèces. Pour trois espèces : le dauphin à flancs blancs, le marsouin commun et le marsouin à bec court aucune corrélation entre le nombre de corpus et l'âge est observée ce qui suggère que les données sont rares ou que le corpus ovarien n'est pas une bonne mesure de sénescence reproductive. Pour dix espèces un polynôme de second degrés explique le mieux la relation entre le corpus et l'âge, montrant que l’activité ovarienne diminue avec l'âge. Quatre espèces présentent un taux de senescence reproductrice plus élevé que le taux de senescence somatique : le béluga, le narval, le dauphin du nord et le globicéphale (G.macrorhynchus). Enfin trois de ces quatre espèces présentent une baisse significative de l’activité de reproduction : le béluga, le narval et le globicéphale. Le trait senescence reproductrice semble avoir évolué trois fois indépendamment (convergence) chez les cétacés : (béluga-narval), globicéphale, et orques.

Rigueur de l'article

Certains points sont relevés dans l’article : les cétacés plus âgés sont susceptibles d'être sous-représentés dans les données, ce qui sous-estime la survie et l'importance de la durée de vie post-reproductive. De plus, les calculs se basent sur l'hypothèse que le dénombrement des corpus est une mesure fiable de l'activité ovarienne tout au long de la vie, cependant, il existe des preuves suggérant que les corpus peuvent régresser et ne pas persister indéfiniment, dans certains cas il peut même y avoir plusieurs ovules libérés lors d'une seule ovulation. Enfin, pour certaines espèces (cachalot et béluga) les pressions exercées par la chasse peuvent modifier la démographie, avec une tendance à retirer de la population les gros individus (âgés). Pour ces espèces, cela entraînerait une sous-estimation de la fréquence des femelles post-reproductrices dans la population, et donc une sous-estimation du Phys-PrR.

Ce que cet article apporte au débat

Cet article met en évidence la présence supposée d'une ménopause chez d’autres espèces de cétacés que les Orques, et sa complexité au niveau évolutif. De plus, il permet de mettre en lien la présence d'une ménopause (senescence reproductrice) et la structure sociale des nouvelles espèces de cétacés identifiées (femelles et petits/ mâles d'âges similaires). Les cétacés présentant une ménopause (béluga, narval, globicéphale) sont identifiés comme ayant acquis au cours de l'évolution le trait de la senescence reproductrice (ménopause).

Figure
Légende :

Figure 1 : Courbe de survie en fonction de l'age, montrant l'état reproducteur (période post reproductive) prévu de 10 espèces de femelles cétacés à dents (Ellis & al, 2018)

Publiée il y a plus de 6 ans par J. Morla.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
Article :  Analyses of Ovarian Activity Reveal Repeated Evolution of Post-Reproductive Lifespans in Toothed Whales 
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  • Auteurs
    Ellis S., Franks D.W., Stuart N., Currie T.E., Cant M.A., Giles D., Balcomb K.C., Croft D.P
  • Année de publication
    2018
  • Journal
    Scientific Reports 8, nᵒ 1
  • Identifiant unique
    https://doi.org/10.1038/s41598-018-31047-8.
  • Accéder à la référence
  • Apparait dans la controverse
    Comment le maintien d'une période d'infertilité post-reproductive peut-il être sélectionné au cours de l'évolution?
  • Comment les contributeurs jugent la qualité scientifique de cette référence :

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  • Comment le maintien d'une période d'infertilité post-reproductive peut-il être sélectionné au cours de l'évolution? Théorie de la grand-mère ou Autres hypothèses non mutuellement exclusives
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