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Titre de l'article

Culex pipiens et le métro de Londres : existence d'un processus de différenciation entre les populations surfaciques et souterraines

Introduction à l'article

Depuis les années 1940, une population du moustique Culex pipiens s’est installée de manière permanente dans le métro de Londres (Royaume-Uni). Bien que cette forme souterraine, dite molestus, présente peu de différences morphologiques avec les populations surfaciques, elle en est isolée géographiquement et présente plusieurs différences comportementales. De fait, un isolement reproductif partiel a déjà été observé. Néanmoins, l’origine de la population molestus londonienne est débattue : en effet, des ressemblances morphologiques avec des populations surfaciques méditerranéennes ont été soulevées. Cette étude procède à une analyse de la différenciation génétique entre les populations londoniennes, afin de retracer l’origine de la population molestus londonienne.

Expériences de l'article

Un échantillonnage de larves sur 20 sites (8 populations souterraines, 12 populations surfaciques), et un élevage en laboratoire ont été réalisées.
Suite à cela, les auteurs ont effectués une analyse de différenciation génétique : le polymorphisme pour 20 locus a été identifié par électrophorèse. Les fréquences alléliques mesurées ont ensuite été utilisées pour calculer des indices de différenciation génétique (D de Nei et GST).
En laboratoire, une expérience de croisement a été mise en place : Une femelle vierge de chaque population souterraine a été placée pour accouplement. Soit avec 5 mâles d’une autre population souterraine (croisement réciproque), soit avec 5 mâles d’une population aérienne (croisement unidirectionnel). Le résultat a été considéré positif si des œufs viables ont été produits, et négatif sinon. L’expérience a été répétée sur une génération supplémentaire.

Résultats de l'article

Aux locus échantillonnés, les populations molestus sont beaucoup moins polymorphes et beaucoup moins hétérozygotes que les populations surfaciques. Ainsi, les indices de différenciation génétique forment deux groupes significativement distincts pour les populations molestus et surfaciques : le flux génétique est donc limité voire absent entre ces deux populations. Cette analyse est confirmée par les expériences de croisements. En effet, tous les croisements entre populations molestus donnent des descendants viables, et ce sur deux générations. Au contraire, aucun croisement entre une femelle molestus et un mâle surfacique n’a donné de descendance viable. Cet isolement reproducteur de molestus contraste avec le profil génétique des populations surfaciques méditerranéennes. Il est donc plus probable que la population molestus londonienne soit issue d’un événement de colonisation depuis la population surfacique locale.

Ce que cet article apporte au débat

Cet article démontre l’existence d’un processus de spéciation au sein d'un environnement anthropisé, et ce sur un temps court (moins d’un siècle). Ici, le développement humain a directement été à l’origine de la création d’une nouvelle niche (le métro londonien), à laquelle le moustique s’est adaptée en plus de sa niche pré-existante.
Le développement humain peut donc s'accompagner de la création de nouvelles niches, lesquelles ne menacent pas les niches pré-existantes, et autorisent la co-existence d'une biodiversité plus importante pour certains taxons.

Publiée il y a plus de 8 ans par L. Pradier.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.
Article : Culex pipiens in London Underground tunnels: differentiation between surface and subterranean populations
  • Auteurs
    Katharine Byrne, Richard A Nichols
  • Année de publication
    1999
  • Journal
    Heredity
  • Identifiant unique
    10.1038/sj.hdy.6884120
  • Accéder à la référence
  • Apparait dans la controverse
    Développement humain et biodiversité sont-ils antagonistes ?
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