Face à l’érosion mondiale de la biodiversité causée par les activités humaines, la compensation écologique, et plus largement la séquence « Eviter Réduire Compenser » (ERC), s’est développée depuis les années 1970, avec l’ambition de concilier développement au niveau des projets d’aménagement et préservation de la biodiversité. L’objectif de cette séquence est d’atteindre « zéro perte nette » (No net Loss, NNL) de biodiversité. Un des enjeux clé pour y arriver consiste à démontrer l’équivalence écologique entre les gains apportés par la compensation et les pertes occasionnées par les impacts. Malgré les avancées règlementaires, le cadre français n’inclut pas de méthode à suivre pour déterminer l’équivalence et aucune n’est unanimement reconnue. Cela amène à des pratiques hétérogènes et une difficulté d’atteindre le NNL. Dans ce contexte, ces travaux de thèse visent à développer un cadre méthodologique standardisé (CMS) d’évaluation de l’équivalence, combinant à la fois opérationnalité, bases scientifiques et exhaustivité (prise en compte des quatre dimensions de l’équivalence : écologique, spatiale, temporelle et les incertitudes). Dans un premier temps, 13 méthodes utilisées à l’étranger sont analysées afin d’identifier des éléments structurant pour le développement du CMS adapté au contexte français. La construction du CMS est décomposée en trois étapes. La première consiste à sélectionner un lot organisé d’indicateurs sur lesquels baser l’évaluation de l’équivalence, permettant de répondre aux exigences règlementaires et reflétant la complexité de la biodiversité : évaluation à deux échelles spatiales (sur le site et dans un périmètre élargi) et à trois niveaux d’enjeu (général, habitat ou espèce). La deuxième étape porte sur la prédiction de l’évolution dans le temps des valeurs initiales des indicateurs, sous l’effet des impacts et de la compensation, en prenant en compte les incertitudes associées. La troisième étape conduit à la détermination de règles de calcul des pertes et des gains aboutissant à l’évaluation globale de l’équivalence. Le CMS ainsi construit est ensuite testé sur deux sites d’étude afin d’en démontrer la plus-value et d’en éprouver les limites. Des perspectives d’amélioration du CMS, et plus largement de l’évaluation de l’équivalence sont dégagées. En dernier lieu, l’ensemble de ces éléments nous permettent de questionner l’efficacité de la compensation écologique pour lutter contre l’érosion de la biodiversité.
Intitulé de la thèse
Développement d'un cadre méthodologique pour l'évaluation de l'équivalence écologique : Application dans le contexte de la séquence "Éviter, Réduire, Compenser" en France
Développement d'un cadre méthodologique pour l'évaluation de l'équivalence écologique : Application dans le contexte de la séquence "Éviter, Réduire, Compenser" en France
Introduction à la thèse
Cette thèse propose une réflexion sur l’équivalence écologique, et sur la compensation de manière plus générale. Les travaux de thèse portent sur l’élaboration d’un cadre méthodologique standardisé (CMS) concernant l’atteinte ou non de l’équivalence, sorte de base objective d’aide à la décision combinant exhaustivité, bases scientifiques et opérationnalité.
Ces travaux répondent au besoin de méthodes scientifiquement robustes des maîtres d’ouvrages (comme EDF, financeur de cette thèse CIFRE) pour la conception de mesures compensatoires.
Car, en effet, l’atteinte de l’équivalence entre les pertes de biodiversité causées par les impacts et les gains apportés par les MC (Gardner et al. 2013), autrement dit le “zéro perte nette” (NNL : No Net Loss), est un des défis de la compensation et il n’existait jusqu’alors que des méthodes adaptées au seul cas de milieux humides (Gayet et al. 2016).
Cette thèse propose une réflexion sur l’équivalence écologique, et sur la compensation de manière plus générale. Les travaux de thèse portent sur l’élaboration d’un cadre méthodologique standardisé (CMS) concernant l’atteinte ou non de l’équivalence, sorte de base objective d’aide à la décision combinant exhaustivité, bases scientifiques et opérationnalité.
Ces travaux répondent au besoin de méthodes scientifiquement robustes des maîtres d’ouvrages (comme EDF, financeur de cette thèse CIFRE) pour la conception de mesures compensatoires.
Car, en effet, l’atteinte de l’équivalence entre les pertes de biodiversité causées par les impacts et les gains apportés par les MC (Gardner et al. 2013), autrement dit le “zéro perte nette” (NNL : No Net Loss), est un des défis de la compensation et il n’existait jusqu’alors que des méthodes adaptées au seul cas de milieux humides (Gayet et al. 2016).
Résumé et résultats de la thèse
Les méthodes existantes d’évaluation de l’équivalence, EAM (Equivalence Assessment Methods) ont comme principal levier d’atteinte de l’équivalence une variation de la surface sur laquelle sont mises en place les MC (l’idée est de contrebalancer des pertes intermédiaires ou des incertitudes quant au succès des MC).
Suite à l'étude de ces méthode, la thèse propose un cadre concret d’évaluation de la biodiversité dans lequel ont été sélectionnés des indicateurs nécessaires et suffisants à l’évaluation de la biodiversité dans le contexte réglementaire français, compte tenu des contraintes de mise en oeuvre (temps, moyens humains et financiers). Sont notamment pris en compte d’autres métriques que celles sur les surface, pour mettre en place des mesures efficaces permettant un développement et un maintien d’écosystèmes fonctionnels, et impliquant davantage d’efforts sur la qualité et le suivi des MC.
Les indicateurs servent à évaluer les états initiaux réels, après impacts et après MC des sites impactés et compensatoires (prédictions). Ces indicateurs portent à la fois sur la biodiversité “à enjeux” et sur la biodiversité dite “ordinaire”. Sont entre autres évalués la qualité du sol (dégradation, horizons, mésofaune) et la capacité des sites à accueillir le cycle de vie des espèces (zones favorables pour la reproduction, continuités entre habitats favorables) et des communautés de faune spécialistes (avifaune et chiroptères).
Ces évaluations permettent ensuite de mesurer les gains et les pertes pour chaque indicateur, à court et à long termes, pour le ou les site(s) impacté(s) et site(s) compensatoire(s) et d’en déduire l’atteinte ou non de l’équivalence écologique. Dans cette dernière étape, les pertes et gains nets sont hiérarchisés en fonction des enjeux qui ont été identifiés lors de l’évaluation de l’état initial du ou des site(s) impacté(s).
Les méthodes existantes d’évaluation de l’équivalence, EAM (Equivalence Assessment Methods) ont comme principal levier d’atteinte de l’équivalence une variation de la surface sur laquelle sont mises en place les MC (l’idée est de contrebalancer des pertes intermédiaires ou des incertitudes quant au succès des MC).
Suite à l'étude de ces méthode, la thèse propose un cadre concret d’évaluation de la biodiversité dans lequel ont été sélectionnés des indicateurs nécessaires et suffisants à l’évaluation de la biodiversité dans le contexte réglementaire français, compte tenu des contraintes de mise en oeuvre (temps, moyens humains et financiers). Sont notamment pris en compte d’autres métriques que celles sur les surface, pour mettre en place des mesures efficaces permettant un développement et un maintien d’écosystèmes fonctionnels, et impliquant davantage d’efforts sur la qualité et le suivi des MC.
Les indicateurs servent à évaluer les états initiaux réels, après impacts et après MC des sites impactés et compensatoires (prédictions). Ces indicateurs portent à la fois sur la biodiversité “à enjeux” et sur la biodiversité dite “ordinaire”. Sont entre autres évalués la qualité du sol (dégradation, horizons, mésofaune) et la capacité des sites à accueillir le cycle de vie des espèces (zones favorables pour la reproduction, continuités entre habitats favorables) et des communautés de faune spécialistes (avifaune et chiroptères).
Ces évaluations permettent ensuite de mesurer les gains et les pertes pour chaque indicateur, à court et à long termes, pour le ou les site(s) impacté(s) et site(s) compensatoire(s) et d’en déduire l’atteinte ou non de l’équivalence écologique. Dans cette dernière étape, les pertes et gains nets sont hiérarchisés en fonction des enjeux qui ont été identifiés lors de l’évaluation de l’état initial du ou des site(s) impacté(s).
Rigueur de la thèse
Bien qu'une grande entreprise comme EDF, maître d'ouvrage de projets d'aménagement impactant le milieu naturel, ait financé cette thèse, cette dernière ne semble pas être biaisée.
Julie Bezombes propose des travaux rigoureux, expose les pistes d'améliorations de ses travaux et remet en question l'efficacité de la séquence ERC en exposant les limites de la compensation écologique.
Parmi les pistes d'amélioration, l'auteure explique qu'il faudrait approfondir les deux points suivants :
Bien qu'une grande entreprise comme EDF, maître d'ouvrage de projets d'aménagement impactant le milieu naturel, ait financé cette thèse, cette dernière ne semble pas être biaisée.
Julie Bezombes propose des travaux rigoureux, expose les pistes d'améliorations de ses travaux et remet en question l'efficacité de la séquence ERC en exposant les limites de la compensation écologique.
Parmi les pistes d'amélioration, l'auteure explique qu'il faudrait approfondir les deux points suivants :
Ce que cette thèse apporte au débat
La thèse s’interroge sur la réelle possibilité, d’un point de vue théorique, pour la compensation écologique de remplir son rôle de lutte contre l’érosion de la biodiversité.
Dans certaines situations, il n’est pas possible d’atteindre l’équivalence (limite temporelle par exemple). Ainsi, il ne faudrait décider ne pas impacter, et plutôt de déterminer la biodiversité non compensable dès la phase d’évitement des impacts.
Ainsi, Julie Bezombes propose d’investir davantage de moyens et de temps aux phase de réduction et d’évitement :
La thèse s’interroge sur la réelle possibilité, d’un point de vue théorique, pour la compensation écologique de remplir son rôle de lutte contre l’érosion de la biodiversité.
Dans certaines situations, il n’est pas possible d’atteindre l’équivalence (limite temporelle par exemple). Ainsi, il ne faudrait décider ne pas impacter, et plutôt de déterminer la biodiversité non compensable dès la phase d’évitement des impacts.
Ainsi, Julie Bezombes propose d’investir davantage de moyens et de temps aux phase de réduction et d’évitement :
Remarques sur cette thèse
Cette thèse propose d’intégrer davantage la biodiversité “ordinaire”. En effet, les indicateurs portent principalement descriptifs de la biodiversité “à enjeux” (habitats naturels et espèces). Toutefois, parmi ces indicateurs, certains sont représentatifs de certaines fonctionnalités (dont la connectivité) et aident donc à la conservation. or ils étaient jusqu’alors peu utilisés pour évaluer l’équivalence (Bezombes et al. 2017).
Ces évaluations reposent en partie sur des prédictions de l’effet des impacts et des MC sur les indicateurs (dimension temporelle et incertitudes).
Cette thèse propose d’intégrer davantage la biodiversité “ordinaire”. En effet, les indicateurs portent principalement descriptifs de la biodiversité “à enjeux” (habitats naturels et espèces). Toutefois, parmi ces indicateurs, certains sont représentatifs de certaines fonctionnalités (dont la connectivité) et aident donc à la conservation. or ils étaient jusqu’alors peu utilisés pour évaluer l’équivalence (Bezombes et al. 2017).
Ces évaluations reposent en partie sur des prédictions de l’effet des impacts et des MC sur les indicateurs (dimension temporelle et incertitudes).
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