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Titre de l'article

Effets de l’écotourisme sur l’iguane des rochers menacé du Nord des Bahamas (Cyclura cychlura)

Introduction à l'article

L’écotourisme se développe rapidement dans le monde entier surtout dans les pays en voie de développement ayant une biodiversité et un environnement naturel remarquable. Ces pays s’appuient sur l’écotourisme pour leur développement économique. Pour faciliter les contacts entre humains et vie sauvage, les tours opérateurs attirent la biodiversité en organisant des séances de nourrissage d’espèces emblématiques. Ces pratiques ont prouvé qu’elles pouvaient être bénéfiques pour la faune car elles procurent un avantage de survie à ces espèces mais elles peuvent aussi avoir des répercussions négatives tant pour les hommes, exposés à des animaux sauvages, que pour la faune : changement de comportement, nutrition, diversité et/ou physiologie.
Mais ces répercussions sur la faune sont méconnues car peu étudiées. Cet article va chercher à comprendre les impacts du contact prononcé des humains (nourrissage) sur la faune sauvage du point de vue de leur nutrition et de leur comportement (prudence).

Expériences de l'article

L’étude porte sur deux populations (une Nord et une Sud) d’iguanes des rochers nord bahaméens sur les îles Exumas des Bahamas. Elles sont divisées en deux catégories : îles visitées et non-visitées. Les îles visitées ont une différenciation entre zone d’alimentation (les touristes nourrissent les iguanes) et zone de non-alimentation. La collecte de données est faite directement sur les zones d’alimentation et à 20 m d’elles pour les zones de non-alimentation.
La prudence est mesurée par les méthodes de distance d’initiation de fuite (FDI), distance humain-animal à partir de laquelle l’animal bouge, et de distance de fuite (FD), distance parcourue par l’animal. L’approche de l’animal s’est faite en ligne droite, et 24 expériences ont été réalisées sur chaque îles, équitablement entre les deux zones des îles visitées.
Le régime des iguanes est renseigné par la collecte aléatoire de leurs selles, 20 par îles. Elles ont été pesées pour le calcul de catégorie de pourcentage.

Résultats de l'article

Pour la prudence les iguanes des îles visitées sont moins alertes que ceux des îles non-visitées : 2,36 m contre 4,25 m pour le FDI moyen. Cela se retrouve aussi pour le FD : entre 1,45 et 2,53 m contre 5,25 m. De même les iguanes provenant des zones d’alimentations sont moins alertes que ceux venant de zones de non-alimentation.
Il y a une différence dans l’alimentation entre les îles visitées ou non : les selles provenant des îles non-visitées contiennent de la végétation endémique et des traces de sol sombre observées naturellement. Sur les îles visitées, ce sont surtout des ordures (plastiques), végétation non-endémique, faune marine et une grande quantité de sable qui sont retrouvées. Cela donne une consistance de ciment aux selles. Les zones d’alimentation sont celles qui présentent ces aliments anormaux. Les déchets marins ingérés accidentellement sont plus présents que dans le passé dans les îles non-visitées.

Ce que cet article apporte au débat

Cet article permet de mettre en évidence une dérive de l’écotourisme sur la biodiversité. Ici c’est la pression de l’écotourisme qui pousse les organisateurs à faire nourrir les iguanes par des touristes et entraîne un changement des comportements de survie et d’alimentation avec de vrais risques à long terme. La baisse de leur prudence les rend plus vulnérable à la prédation : les îles Exumas étant dépourvues de prédateurs naturels si des chiens ou des chats étaient introduits la survie des iguanes serait remise en cause. Le changement dans la consistance des selles peut aussi avoir un impact sur la survie des iguanes puisque une consistance plus épaisse entraîne plus de risque de constipation potentiellement mortelle.
L’article met donc bien en évidence qu’un contact trop prononcé entre humains et faunes sauvages dans le cadre de l’écotourisme modifie la biologie des espèces et efface totalement les effets positifs de cet démarche.

Remarques sur l'article

C’est intéressant et atypique de voir le travail d'une chercheuse freelance, c'est à dire indépendante, qui est tout aussi complet et pertinent que de chercheurs dépendant d’organismes de recherche.

Figure
Légende :

Figure 1: Attention totale des iguanes rocheux des Bahamas du Nord (Cyclura cychlura) sur les îles visitées et non visitées des Exumas, aux Bahamas. Les graphiques à barres montrent les deux mesures de précaution (Distance d'initiation de fuite [FID] et Distance de fuite [FD]) en mètres (m) sur chacune des îles visitées et non visitées de l'étude. FRRC = Plat Rock Reef Cay, NAD = North Adderly Cay, NOD = Noddy Cay, LEAF = Leaf Cay, U = U Cay, WBC = White Bay Cay (Hines, 2011)

Publiée il y a plus de 8 ans par V. Luccisano et P. Barry.
Dernière modification il y a plus de 8 ans.
Article : EFFECTS OF ECOTOURISM ON ENDANGERED NORTHERN BAHAMIAN ROCK IGUANAS (CYCLURA CYCHLURA)
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  • Auteurs
    Kirsten N. Hines
  • Année de publication
    2011
  • Journal
    Herpetological Conservation and Biology
  • Abstract (dans sa langue originale)

    This study evaluated effects of tourist visitation and supplemental feeding on the Northern Bahamian Rock Iguanas (Cyclura cychlura) in the Exumas, The Bahamas. The study examined flight behavior and diet on islands that were visited versus those not visited by tourists. Iguanas on visited islands were less wary of human presence than those on non-visited islands. Unlike on non-visited islands, iguanas on beaches where they were fed by tourists consumed people-influenced items including trash (e.g., styrofoam, aluminum foil), non-native fruits and vegetables (e.g., grapes, tomatoes), and sand. Non-native fruits provided a higher liquid content diet than did native vegetation, which, when mixed with sand, created cement-like feces that may have medical consequences. Tourism has encouraged an increase in these iguana populations, but it is now clear that negative impacts, such as loss of wariness and dietary shifts shown in this study as well as possible demographic consequences, also are occurring. These adverse effects might be ameliorated by changed practices, but such changes must be instituted with full participation by local stake holders.

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