Introduction
L'écotourisme est une activité en pleine expansion depuis une trentaine d'années. Cela a augmenté les interactions entre les hommes et les espèces jusqu'alors très peu observées. Ces dernières sont peu habituées à l'homme et les conséquences de ces interactions sont peu connues. De ce fait, il est nécessaire de connaître la nature et l'intensité des impacts de l'écotourisme sur la biodiversité.
Quelles sont les principales réponses écologiques vis-à-vis de l'écotourisme ?
On distingue deux types de réponses écologiques particulièrement sensibles à l'écotourisme : les réponses à l'échelle individuelle et de la population.
Au niveau individuel, on compte trois réponses écologiques principales[1] :
Au niveau de la population, on étudie des paramètres écologiques classiques comme la taille de la population et le taux de survie (que l'on peut discriminer par classes d'âges), mais également la probabilité d'extinction ou le temps avant l'extinction[2].
Des réponses variées en fonction des taxons et des habitats étudiés
Les réponses des individus vis-à-vis de l'écotourisme sont variables selon les espèces étudiées et selon les paramètres étudiés. De plus, les études ne sont pas réalisées de manière homogène selon les taxons et les habitats. De nombreuses études ont déjà été réalisées sur les oiseaux qui sont des modèles d'études appréciés des chercheurs. Parmi elles, la plupart rapporte un impact négatif sur les populations d'oiseaux étudiés[3] [4] [5] [6] : une augmentation du stress est observé dans la majorité des cas. Cependant l'incidence de ce stress sur la fitness (survie et reproduction) de ces individus a été très peu étudiée. Néanmoins des études ont pu montrer une diminution de la survie des juvéniles[5] à la suite d'une présence humaine ce qui est corrélé avec une augmentation du stress chez ces jeunes oiseaux. De plus des changements comportementaux des parents vis à vis de l'homme ont pu être observés[6]. Cela pourrait induire un abandon du nid et de ce fait une survie plus faible des jeunes suite à la visite des touristes. D'autre part, il a été montré que les oiseaux étaient capables d'habituation[4] et que l'écotourisme impacte peu les populations d'oiseaux lorsqu'il est réalisé de manière raisonnée et encadrée[7].
Concernant les mammifères terrestres, ces derniers ont généralement des comportements de fuite vis-à-vis de l'homme, perçu comme une menace[8] ou dans certains cas des comportements agressifs envers eux[9]. Cependant cette présence n'est pas forcément perçue comme celle d'un prédateur. En effet, dans certains cas les animaux fuient moins l'homme que leur prédateur naturel[10] ou des conspécifiques agressifs[11]. Ceci dit, ces comportements alternatifs ne sont observés que si les groupes d'écotouristes sont limités à un petit nombre de personnes.
En ce qui concerne les autres taxons étudiés, le nombre d'études est assez restreinte[1]. Pour les reptiles, un seul représentant a beaucoup été étudié : l'iguane. Ces études ne concordent pas toutes dans le même sens en fonction de ce qui a été observé. L'écotourisme impacte le stress des iguanes[12] toutefois, cela ne semble pas influencer leur survie[13] [12] mais au contraire augmenter leur croissance du à une alimentation apportée par l'homme. Cette dernière doit être contrôlée pour éviter que les iguanes souffrent de problèmes digestifs[14]. Concernant les milieux marins quelque études ont essayé de caractériser l'impact possible de l'écotourisme sur ce milieu d'étude qui est difficile d'observer. Malgré ces difficultés, des études ont pu montrer des changements de comportements chez des mammifères marins et des poissons[15] [16] [17]. Les coraux étant des organismes immobiles il a beaucoup été étudié l'impact de l'écotourisme sur ces espèces. Des études[18] [19] ont mis en évidence que les plongeurs impactaient fortement les récifs coralliens en les rendant plus vulnérables physiquement et face aux maladies.
On observe dans la majorité des cas une réponse négative de l’écotourisme sur la biodiversité (augmentation du stress[20], modifications du temps alloué aux activités[17]…). Il est difficile cependant de déterminer si ces modifications auront un impact sur la viabilité des populations. Certaines études ont toutefois observées des réponses positives : l’écotourisme augmenterait la taille de population et diminuerait le risque d’extinction de populations d’animaux charismatiques (orang-outang, guépard)[2]. Egalement, la présence humaine peut servir de « bouclier » pour les proies contre les prédateurs[21], ou pour les ours femelles contre les mâles agressifs[11].
Les impacts du nourrissage artificiel sur la biodiversité
Suite à la popularisation de l'écotourisme et à l'augmentation de la demande, de nombreux tours opérateurs ont décidé de procéder aux nourrissages artificiels de la faune sauvage. Pour cela, des endroits précis de nourrissage ont été choisi pour attirer cette dernière et ainsi augmenter la probabilité de rencontre. Dans certains cas, les touristes eux-mêmes procèdent à l'apport de nourriture aux animaux[22]. Ce dernier n'est toutefois pas sans conséquences sur l'écologie des individus et des populations concernées. Tout d'abord, il modifie les comportements et les mouvements des animaux : ceux-ci passent moins de temps à chercher de la nourriture et diminuent leur aire de recherche de nourriture[17]. Ce nourrissage peut également attirer des prédateurs (qui peuvent augmenter les agressions avec les humains[21] ou avec l'espèce nourrie), attirer des compétiteurs, augmenter la densité de populations et les interactions agressives intra-spécifiques. De plus, le nourrissage peut créer une dépendance envers l'apport de nourriture anthropique, rendant les individus incapables de trouver de la nourriture par eux-mêmes, et mettant en danger leur viabilité en cas d'arrêt de cet apport[22]. Enfin, si la qualité de la nourriture n'est pas contrôlée, elle peut diminuer la santé et causer de graves maladies à la faune sauvage, spécialement dans les cas d'apports de nourritures transformées ou très grasses qui ne sont pas adaptées aux animaux[14]. Cependant ces changements ne sont pas systématiquement négatifs. En effet, cet apport de nourriture peut avoir un impact positif sur la croissance et l'état corporel de certains individus[13]. Ainsi, une augmentation de taille chez les femelles va également augmenter leur reproduction, puisque la taille et la fréquence de reproduction sont positivement corrélées. L'apport de nourriture permet également aux organismes d'allouer plus de temps à la reproduction. De ce fait cet apport peut permettre de sauver des espèces telle que les populations de vautours et de griffons en Afrique du Sud[22].
Vers une sélection des individus les plus compatibles à l'écotourisme ?
L'écotourisme peut aussi être vu comme un changement environnemental qui favoriserait les individus les plus adaptés à la cohabitation et aux interactions avec l'homme. En effet, au niveau intra-spécifique, des différences individuelles de comportement envers les humains sont observées : les "timides" (shy/reactive) fuyant et évitant les contacts avec les humains, et les "audacieux" (bold/tame) acceptant la présence humaine. Worrell (2017) a proposé un modèle de réponse des individus timides et audacieux à des phénomènes d'écotourisme. Tout d'abord, ces individus vont s'organiser de manière spatiale : les individus les plus timides vont fuir les endroits où les touristes sont présents et les individus les plus audacieux vont coloniser ces endroits. Toutefois, ceci est possible seulement lorsque des habitats alternatifs sont disponibles où les individus timides puissent accéder. Autrement, nous pouvons supposer que les individus les plus timides aient une moins grande survie et fécondité, puisqu'ils passent plus de temps à fuir et à être vigilant qu'à chercher de la nourriture ou s'occuper de leur progéniture par rapport aux individus audacieux. Ainsi, l'écotourisme favoriserait les individus les plus compatibles à l'écotourisme ce qui induirait une sélection des individus audacieux et une diminution des individus timides, alors contre-sélectionnés. Ceci est toutefois à remettre en perspective, puisqu'une habituation des individus aux interactions humaines induirait également une augmentation de la vulnérabilité des proies envers les prédateurs[21].
Difficultés méthodologiques dans l'étude de l'impact de l'écotourisme sur la biodiversité
La majorité des études sont basées sur des données empiriques. Plusieurs difficultés sont observées dans les méthodes expérimentales actuelles utilisées pour étudier l'impact de l'écotourisme sur la biodiversité.
Tout d'abord, la majorité des études empiriques se basent sur la méthode expérimentale Control-Impact (CI), c'est à dire que l'on compare des populations soumises et non soumises à l'écotourisme[23]. Cette méthode permet de détecter une corrélation entre la présence de touristes et la différence de réponse écologique de la biodiversité étudiée : toutefois il ne permet pas d'établir un lien de causalité. En effet, la différence observée peut être expliquée par d'autres facteurs confondants qui sont différents entre les types de populations. Pour résoudre, ce problème, il faudrait réaliser une méthode Before-After Control-Impact (BACI). Cela permettrait de comparer les paramètres écologiques avant et après l'application de l'écotourisme, aux populations ayant subies et n'ayant pas subies l'écotourisme. Malheureusement, très peu de données sont disponibles sur les paramètres écologiques des populations avant l'apparition de l'écotourisme.
Deuxièmement, ces études n'ont à disposition qu'un faible nombre de réplications disponibles. Afin de tester l'effet de l'écotourisme il est nécessaire d'avoir suffisamment de populations ayant subies différents niveaux de perturbations. Or, leur nombre est très faible car l'écotourisme est très souvent local. En conséquence, le très faible nombre de réplicats donne peu de puissance aux tests statistiques utilisés et peu de certitudes sur les résultats obtenus.
Enfin, l'écotourisme est apparu au début des années 1990 et a été grandement popularisé durant les années 2000 : c'est donc un phénomène récent. Il est donc difficile d'évaluer les réponses à long termes sur ces populations, et il est tout à fait possible de mal estimer les impacts de l'écotourisme quels qu'ils soient[1]. En effet de nombreuse études sont réalisées sur le niveau de stress des individus[20] [12] [16] [5] [4]). Malheureusement dans la plupart des cas, les analyses n'ont pas pu être réalisées sur du long terme. De ce fait nous ne pouvons pas savoir si cette augmentation de stress va impacter la fitness (reproduction et survie) des individus.
Conclusion
L'écotourisme semble impacter de manière variée les différents écosystèmes étudiés et les espèces qui y sont présentes. Dans la plupart des cas celui-ci à un impact négatif plus ou moins grand sur les populations animales. Cependant, ces impacts peuvent être minimisés par une régulation de son activité. En effet, constituer des petits groupes d'une dizaine de personnes, contraindre le bruit émis par les touristes[24], éveiller les touristes aux dégradations de la biodiversité, limiter et contrôler l'apport de nourriture artificiel[22] peut limiter drastiquement les impacts négatifs actuels de l'écotourisme sur la biodiversité. Notamment, une charte de bonne conduite pourrait être lue et signée afin de responsabiliser les touristes face à la sauvegarde de la biodiversité. De plus, une augmentation de l'utilisation des outils de modélisation[2] [25] est essentielle pour prédire l'impact possible du tourisme afin de cibler et d'éliminer les structures et comportements qui limitent la viabilité des populations et rendre ainsi l'écotourisme le plus propre possible. D'autre part, l'écotourisme a aussi un impact indirect sur la biodiversité grâce à son apport économique. L'argent engendré permet de mettre en place des plans de sauvegarde, de créer des zones protégées[2] [26], de financer des projets de recherche pour connaître la dynamique évolutive des espèces vis-à-vis des changements environnementaux pour mieux les préserver. Il est alors nécessaire de minimiser les impacts négatifs directs de l'écotourisme sur l'écologie des populations.
Publiée il y a plus de 8 ans par P. Barry et collaborateurs..
Quels sont les impacts de l’écotourisme sur la biodiversité ?
La mondialisation et le développement des moyens de transport a entraîné l'apparition d'un nouveau mode de tourisme : l'écotourisme dit aussi le tourisme vert. Ce mode de tourisme qui a émergé il y a une trentaine d’années, se démarque du tourisme de masse et se définit comme une visite des paysages naturels, souvent peu perturbés par l’homme, dans la quête de contemplation et de découverte de la biodiversité et des écosystèmes. Ceci comprend à la fois des activités de plongée pour observer l'écosystème marin, des visites organisées pour apercevoir des animaux rares et/ou emblématiques (manchots, iguanes, grands mammifères...) mais aussi des activités de randonnées dans des zones protégées. Cette nouvelle forme de tourisme durable a été créée dans le but de préserver les environnements : elle se veut respectueuse des écosystèmes, tout en contribuant à les restaurer, en cherchant à diminuer au maximum l’empreinte écologique que peut entraîner le tourisme. L'écotourisme contribue également à éveiller les consciences de la société sur l'érosion de la biodiversité due aux activités anthropiques.
Cependant, l'écotourisme induit également une forte proximité et de fortes interactions homme-animal : par exemple un marché s'est développé sur la possibilité de s'approcher au plus près des cétacés, ou encore de plus en plus de chemins de randonnées se sont développés dans des zones protégées, où la faune sauvage y est concentrée. Tous ces éléments sont susceptibles d'impacter la survie, le comportement et la viabilité des populations sauvages observées. Si tel était le cas, l'écotourisme échouerait à la fois dans son but de préserver la biodiversité et dans la capacité d'attirer les touristes, puisque sans biodiversité, l'écotourisme perd totalement son intérêt. Il est alors vitale de déterminer si la présence touristique ou les structures mises en place dans ce cadre sont susceptibles d'impacter négativement la biodiversité.
Quels sont les impacts de l'écotourisme sur la biodiversité ? Sont-ils uniformes pour tous les taxons (mammifères, oiseaux, arthropodes...) ? Pour tout types d'habitats ? Pour toutes réponses écologiques (survie, comportement) ? Pour tout types d'écotourismes (randonnée, plongée) ? Est-il possible de pratiquer l'écotourisme tout en assurant un effet neutre, voire positif, sur la biodiversité ?
Nous étudierons par une méta-analyse, les travaux réalisés depuis 25 ans sur les réponses écologiques des espèces suite au développement de l'écotourisme.
Publiée il y a plus de 8 ans par Université de Montpellier et V. Luccisano.Dernière modification il y a plus de 8 ans.