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Titre de l'article

Estimer la densité des colonies de l'abeille domestique le long de son aire de répartition pour combler les lacunes des recensements sur le déclin des pollinisateurs

Introduction à l'article

Un déclin des colonies d'abeilles domestiques, à la fois gérées par les apiculteurs et sauvages, est constaté dans le monde entier. Il pourrait avoir des conséquences drastiques sur le service écosystémique de pollinisation (agriculture et écosystèmes naturels).
Pourtant, pour préserver les espèces d'abeilles sauvages (solitaires) certains pays ont interdit l'implantation de ruches dans les aires protégées, car les abeilles domestiques pourraient nuire à ces pollinisateurs par la compétition. D'autres pays prônent la mesure contraire, et la politique de conservation des abeilles domestiques au niveau Européen est très évasive.
Les auteurs ont comparé la densité d'Apis mellifera dans des aires protégées et cultivées en Europe, Afrique et Asie, et identifié les facteurs influant sa démographie. Ceux-ci ont aussi estimé les proportions d'Apis mellifera "sauvage" et "domestiquée" (ruches) sur ces territoires, le but étant de faire un bilan sur la démographie de l'espèce au regard de son déclin.

Expériences de l'article

La démographie d'Apis mellifera a été étudiée via la densité des colonies calculée par la méthode des microsatellites ADN. Ils permettent d'identifier la reine (mère de la colonie) d'un individu capturé dans la nature, sans avoir la localisation de la colonie. A partir d'un échantillon d'individus collectés, le nombre de reines donc de colonies des alentours est déterminé.
L'expérience s'est faite sur 25 zones (13 en Europe). Les auteurs ont capturé des faux bourdons dans les "aires de reproduction" où ils s’agrègent et attendent la visite des reines vierges. De plus, des ouvrières ont été collectées dans les ruches des apiculteurs, ce qui permet d'identifier le génome de la reine mais aussi celui des différents pères (provenant eux-mêmes d'autres colonies).
La densité d'abeilles a été reliée à plusieurs paramètres (température, précipitations, usage des terres). En plus de la densité de colonies, le nombre de ruches de chaque zone a été compté pour estimer la part de colonies sauvages.

Résultats de l'article
  • La température affecte positivement la densité d'abeilles et leur diversité génétique. En Europe la période d'hibernation limite l'activité des abeilles donc leur démographie et diversité génétique.
  • La gestion des abeilles affecte leur densité. L'installation et concentration des ruches favorise l'introduction et la dispersion de pathogènes, y compris chez les populations sauvages. Ainsi l'apiculture en Europe serait un des moteurs du déclin des abeilles.
  • L'usage des sols affecte la densité. La destruction des habitats naturels a eu un impact négatif sur les populations sauvages. Cependant en Europe la diversité génétique est la même sur les sols agricoles/protégés. En réalité les abeilles retrouvées dans les zones protégées en Europe sont pour la plupart issues de ruches: la densité totale estimée est très proche de celle retrouvée chez les apiculteurs. L'absence d'Apis mellifera sauvage en Europe souligne pour les auteurs l'importance de l'apiculture pour conserver les abeilles.
Rigueur de l'article

Financement en partie par le programme Européen BEESHOP : son but est d'évaluer le statut des abeilles domestiques en Europe ainsi que leurs menaces
Lien fort entre R Jaffé et P de la Rua, qui travaillent tous deux pour la conservation des abeilles natives en Europe.

Ce que cet article apporte au débat

Aux vues de la très faible présence de colonies sauvages et des menaces aux abeilles en Europe Apis mellifera ne pourrait pas y survivre sans l'apiculture. Cependant, même avec l'apiculture, cette densité d'abeilles est faible en Europe et pourrait induire des pertes agricoles importantes.
Pour sauver les abeilles, les auteurs prônent le développement de l'apiculture pour compenser les pertes d'habitat naturel. Ils recommandent l'utilisation de races locales et adaptée à l'environnement, pour réduire les transmissions de pathogènes et préserver la diversité génétique. L'article conclue en énonçant qu'il ne faut pas regarder l'apiculture comme une activité commerciale mais comme un outil de conservation de la biodiversité.
L'article n'évoque pas la sélection mais insiste sur l'importance de l'homme dans la préservation des abeilles. En favorisant les races adaptées au climat, il se placerait plutôt du coté du "laisser faire" dans la sélection, même si ce n'y est pas évoqué.

Remarques sur l'article

Article intéressant pour faire le point sur la démographie des abeilles en Europe par rapport à l'Afrique où les abeilles sont plus nombreuses, et particulièrement sur la très faible densité de colonies sauvages due à l'effet des zones agricoles. L'article permet de se dire que finalement, les abeilles dépendent très fortement de l'homme, et que ce serait plutôt la création de nouvelles ruches dans toutes les zones du territoires qui serait l'action la plus importante pour les sauver.

Figure
Légende :

Densités des colonies d'abeilles sur 25 zones étudiées.
taille des cercles : proportionnelle à la densité
couleur des cercles : sol agricole (jaune) ou protégé (vert)
couleurs de la carte : climats (A tropical, B sec, C tempéré, Dcontinental, E polaire)

Source : Jaffé et al 2010

Publiée il y a plus de 9 ans par M. Combes.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.
Article : Estimating the Density of Honeybee Colonies across Their Natural Range to Fill the Gap in Pollinator Decline Censuses
  • 1
  • Auteurs
    RODOLFO JAFFÉ, VINCENT DIETEMANN, MIKE H. ALLSOPP, CECILIA COSTA, ROBIN M. CREWE, RAFFAELE DALL’OLIO, PILAR DE LA RÚA, MOGBEL A. A. EL-NIWEIRI, INGEMAR FRIES, NIKOLA KEZIC, MICHAEL S. MEUSEL, ROBERT J. PAXTON, TAHER SHAIBI, ECKART STOLLE, ROBIN F.A. MORITZ
  • Année de publication
    2010
  • Journal
    Conservation Biology
  • Abstract (dans sa langue originale)

    Although pollinator declines are a global biodiversity threat, the demography of the western honeybee (Apis mellifera) has not been considered by conservationists because it is biased by the activity of beekeepers. To fill this gap in pollinator decline censuses and to provide a broad picture of the current status of honeybees across their natural range, we used microsatellite genetic markers to estimate colony densities and genetic diversity at different locations in Europe, Africa, and central Asia that had different patterns of land use. Genetic diversity and colony densities were highest in South Africa and lowest in Northern Europe and were correlated with mean annual temperature. Confounding factors not related to climate, however, are also likely to influence genetic diversity and colony densities in honeybee populations. Land use showed a significantly negative influence over genetic diversity and the density of honeybee colonies over all sampling locations. In Europe honeybees sampled in nature reserves had genetic diversity and colony densities similar to those sampled in agricultural landscapes, which suggests that the former are not wild but may have come from managed hives. Other results also support this idea: putative wild bees were rare in our European samples, and the mean estimated density of honeybee colonies on the continent closely resembled the reported mean number of managed hives. Current densities of European honeybee populations are in the same range as those found in the adverse climatic conditions of the Kalahari and Saharan deserts, which suggests that beekeeping activities do not compensate for the loss of wild colonies. Our findings highlight the importance of reconsidering the conservation status of honeybees in Europe and of regarding beekeeping not only as a profitable business for producing honey, but also as an essential component of biodiversity conservation.

  • Identifiant unique
    10.1111/j.1523-1739.2009.01331.x
  • Accéder à la référence
  • Apparait dans la controverse
    Abeilles en danger : la sélection sur caractère va-t-elle sauver Apis mellifera ?
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