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Titre de l'article

Homogamie aux locus sous sélection naturelle récente chez les humains

Introduction à l'article

L'accouplement assortatif (ou homogamie) est une forme de sélection sexuelle selon laquelle des individus ayant des phénotypes similaires s'accouplent plus fréquemment entre eux. Ce phénomène, décrit pour plusieurs traits apparents tels que la taille du corps et la personnalité, est généralement bénéfique car il renforce le niveau de coopération dans les familles et offre une meilleure survie à la progéniture.
A l'inverse, l’accouplement disassortatif a aussi été décrit, notamment pour les fonctions immunes humaines.
Ces deux phénomènes peuvent résulter en des corrélations génétiques plus ou moins marquées, à plusieurs points du génome.
Dans cet article, les auteurs cherchent à savoir si l’accouplement assortatif ou disassortatif génotypique est encore actif et identifiable sur les populations contemporaines. D’autre part, les auteurs cherchent à mesurer l’influence de ces phénomènes sur l’évolution humaine et la sélection naturelle.

Expériences de l'article

Les études de cet article se basent sur des données pangénomiques provenant de 1683 couples de conjoints hétérosexuels et indépendants, issues des bases de données de la Health and Retirement Study et de la Framingham Heart Study.
Afin de voir si l’accouplement génétique assortatif ou disassortatif est encore « actif », les auteurs ont développé un modèle de régression qu’ils ont appliqué à l’analyse des single-nucleoitides polymorphism (SNPs) du génome entier.
En parallèle, pour étudier le rôle de l’assortativité sur l’évolution humaine, les auteurs ont mesuré son association avec le score CMS (Composite de Signaux Multiples), un index qui permet d’identifier les parties du génome qui ont évolué le plus rapidement au cours des 30000 dernières années.
Enfin, ils ont fait des simulations de reproduction sur 100 générations afin de voir l’influence du niveau d’accouplement génétique assortatif et disassortatif sur de potentiels changements dans la fréquence allélique.

Résultats de l'article

Les résultats obtenus suggèrent que l’accouplement génétique assortatif et disassortatif a lieu au niveau allélique (des SNPs), sur des locus dispersés à travers l’ensemble du génome humain. L’hétérogamie n’a pas lieu uniquement sur des locus liés au système immunitaire (CMH).

Concernant l’étude de l’influence sur l’évolution humaine, les résultats montrent que les SNPs avec une assortativité modérée parmi les couples de conjoints ont un score CMS significativement plus élevé que les SNPs sans assortativité ou disassortativité.
Cela suggère donc que les génotypes corrélés positivement chez les partenaires sont soumis à une sélection positive plus forte.

Enfin, la simulation a montré que, sous hypothèses d’un avantage reproductif, la vitesse du changement de fréquence allélique sur 100 générations est 15,3% plus rapide lorsqu’il y a de l’assortativité, et 15,7% plus lente quand il y a de la disassortativité. L’accouplement assortatif peut donc accélérer la sélection positive.

Rigueur de l'article

Cet article se base sur des bases de données populationnelles et donc dépend de la qualité de celles-ci.
De plus, l'analyse des données et l'interprétation des données se basent sur l'utilisation de modèles mathématiques, ce qui peut également entrainer des biais.

Ce que cet article apporte au débat

Cet article met en évidence le fait que le génome humain est encore sujet aux phénomènes d’accouplement assortatif et disassortatif, des formes de sélection sexuelle qui elle-même constitue l'un des deux mécanismes de la sélection naturelle, celui qui est lié à la « lutte pour la reproduction », distincte et complémentaire de la sélection de survie.

Ainsi, il est illustré que bien que les humains aient traversé des révolutions agricoles et technologiques, ils sont sous l’influence de forces évolutives dans lesquelles la sélection sexuelle interagit avec la sélection naturelle.

Ce constat suggère ainsi que la sélection naturelle n'intervient pas seulement au niveau des caractères de survie, mais également sur des caractères liés à la reproduction. Ainsi, cet article met en doute une émancipation humaine de la sélection naturelle et complexifie l'interprétation du poids de la médecine et de la technologie sur l'évolution de l'Homme.

Remarques sur l'article

L'étude est très autocritique et confronte ces résultats à ceux d'autres articles, ce qui est appréciable.

Publiée il y a plus de 5 ans par J. Rochefort et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 5 ans.
Article : Assortative mating at loci under recent natural selection in humans