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Titre du Livre

Introduction d'espèces dans les milieux aquatiques : Faut-il avoir peur des invasions biologiques ?

Introduction au livre

Dans un contexte de changements globaux et rapides de l’environnement, les auteurs tentent de traiter la question de l’introduction d’espèces dans un esprit ouvert et objectif, en mettant de côté les a priori et les jugements de valeur autant que possible. Ils insistent sur le fait qu’à l’échelle de la vie humaine, échelle de temps la plus souvent considérée dans les études, l’environnement semble stable. Mais à plus long terme, il est caractérisé par le changement, ce qui est également le cas de la biodiversité. L’idée selon laquelle les introductions d’espèces sont néfastes est très largement prépondérante : il s’agit d’une cause majeure de l’érosion de la biodiversité, une vision « catastrophiste » qui est à nuancer sur le long terme. Cet ouvrage reprend une à une les concepts de l’écologie et de l’introduction des espèces exotiques, illustrés par de nombreux exemples axés sur les milieux aquatiques continentaux.

Résumé et résultats du livre

Différencier les espèces autochtones et exotiques, c’est considérer que les espèces ont une aire de répartition bien déterminée et qu’elles s’y cantonnent. Les espèces introduites sont définies par leur absence sur un territoire donné. A-t-on bien cherché ? Est-ce que cette distinction peut correspondre à une réalité écologique ?
Dans chacun des chapitres, les auteurs soulèvent des questions et bousculent les paradigmes. L’introduction de nouvelles espèces n’est pas un phénomène nouveau. Les espèces ont toujours été amenées à se déplacer au cours de l’histoire de la vie, au gré des événements géologiques, climatiques et de l’évolution. Depuis 1500, les échanges augmentent en intensité et favorisent les introductions. La prise de conscience du phénomène remonte seulement aux années 1980, à partir desquelles commencent à émerger des réglementations visant à limiter les introductions, le commerce et les activités concernant ces espèces. Ces réglementations n’empêchent pas les introductions qui sont le plus souvent accidentelles ou involontaires, mais elles permettent une prise de conscience des risques liés à ces espèces.
Les introductions amènent à des conséquences sur les plans écologique, génétique, sanitaire et économique. Elles sont souvent associées au déclin des populations autochtones, mais il faut considérer également que le déclin des autochtones puisse favoriser l’installation d’exotiques dans les niches vacantes. L’hybridation entre les espèces autochtones et allochtones peut conduire à l’introduction de nouveaux gènes dans la lignée autochtone, et à une homogénéisation génétique des populations. Certaines espèces sont dites « espèces ingénieures » de par leur capacité à modifier, créer ou détruire directement leur habitat, au niveau physique, chimique, biotique, écologique, affectant les cycles de transfert de matière et d’énergie des écosystèmes. D’ailleurs, chaque espèce peut y trouver un avantage ou non. Il existe des exemples où l’extinction des espèces locales est dépassée par l’arrivée de nouvelles espèces. Un des arguments souvent avancés est que la perte de la biodiversité est accompagnée par une perte des fonctions qui fragilisent les écosystèmes. L’addition de nouvelles espèces pourrait renforcer les écosystèmes en y apportant de nouvelles fonctions. Sur un plan sanitaire, les espèces introduites peuvent être elles-mêmes ou être vecteurs ou réservoirs de pathogènes ou parasites ou encore produire des toxines. Les introductions ont des répercussions sur l’économie : elles constituent une grande partie du marché alimentaire dans certains pays, et peuvent impacter (positivement ou négativement) la production et le renouvellement des ressources naturelles et les coûts astronomiques liés à leur gestion.

Un phénomène d’homogénéisation des communautés entre les régions biogéographiques, « biological homogeneization » met en jeu deux processus : l’extinction de certaines espèces et l’installation d’espèces à large répartition jouant un rôle similaire dans les écosystèmes. Cette homogénéisation n’est pas incompatible avec la différenciation des nouvelles espèces qui présentent le même potentiel que celles qui sont déjà bien différenciées.
L’expansion des espèces exotiques est favorisée par le réchauffement climatique, la régulation des cours d’eau, l’homogénéisation abiotique, l’aménagement des rives, la surexploitation des ressources.
La gestion des espèces envahissantes comporte deux étapes : la prévention et l’éradication. L’éradication présentent quelques points noirs qui sont les coûts exorbitants, et un problème d’éthique. Il serait préférable de nuancer et d’effectuer un tri (ou une liste noire des espèces) entre celles à éliminer, à réguler ou à surveiller. Aussi il est nécessaire d’adopter une démarche systémique, et observation sur le long terme, et ne pas négliger les autres pressions qui peuvent s’exercer sur l’écosystème.

Rigueur du livre

J.-N. Beisel est maître de conférence à l’université Paul Verlaine-Metz et est hydrobiologiste et démoécologiste. C. Lévêque est quant à lui directeur de recherche émérite de l’IRD, et est écologiste spécialiste des milieux aquatiques continentaux. A travers différents concepts de l’écologie, de exemples nombreux, une bibliographie bien renseignée, les auteurs construisent leur réflexion, sans parti pris, sur la question de l’introduction d’espèces : une vision nouvelle dans ce domaine puisque les raisonnements exposés dans la plupart des articles sur le sujet ne sont pas scientifiques, dans la mesure où ils ne sont pas objectifs.

Ce que ce livre apporte au débat

Ce livre traite le sujet des introductions en tant que controverse, exposant plusieurs partis et le plus objectivement possible. Les auteurs réunissent une grande partie des arguments pour la lutte contre les espèces envahissantes, mais insistent sur le fait que ces arguments par raisonnement inverse peuvent rendre ces espèces bénéfiques pour le fonctionnement des écosystèmes et les activités humaines. L’erreur commise dans la plupart des études, est de montrer que ces espèces introduites sont des nuisances, un jugement de valeur qui ne peut être permis dans un raisonnement scientifique mais qui est bien présent à cause d’une certaine idéologie d’un « équilibre naturel » qui s’en retrouve perturbé. Il s’agit encore d’un sujet encore mal compris, à cause de dogmes profondément ancrés, un besoin humain et émotionnel de conserver la nature telle qu’elle est actuellement, alors qu’il faudrait plutôt raisonner en ayant en tête des environnements en perpétuel changement et sur le long terme.

Remarques sur le livre

Le cheminement des explications est vraiment clair, et permet au lecteur d'ouvrir les yeux sur de nouveaux points de vue, rarement exposés dans la littérature et de se faire sa propre opinion sur le sujet.
La dernière partie du livre « Introductions d’espèces et idéologies » est particulièrement intéressante pour cette controverse car elle met le doigt sur ces manières de penser propres à l’homme, un sentiment de territorialité, ce désir de conserver un « environnement idéal », celui que nous voyons à l’échelle de notre temps de vie, le plus proche possible de son état naturel ; en oubliant complètement que les écosystèmes ont toujours changé, au cours de l’histoire de la vie. Les vives réactions contre les espèces envahissantes sont qualifiées d’ « ostracisme », des mots semblables à ceux utilisés pour décrire les étrangers, représentant un danger.

Publiée il y a plus de 7 ans par A. Gardin et M. Leroy.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.
Livre : Introduction d'espèces dans les milieux aquatiques : Faut-il avoir peur des invasions biologiques ?
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  • Auteurs
    Jean-Nicolas Beisel, Christian Lévêque
  • Année de publication
    2010
  • Editeur du livre
    éditions Quae
  • Abstract (dans sa langue originale)

    Les introductions d'espèces sont l'objet de controverses. Certains mettent en avant les conséquences des invasions biologiques pour stigmatiser toute nouvelle introduction. D'autres considèrent qu'il s'agit d'un phénomène inéluctable auquel il faut s'adapter. Au cœur de l'actualité écologique, la thématique des invasions biologiques questionne un certain nombre de concepts écologiques et nous amène à réfléchir sur la dynamique passée et actuelle de la biodiversité. Doit-on réellement craindre les invasions biologiques ? Au-delà des idées reçues dans ce domaine, cet ouvrage s'attache à examiner divers points de vue, sans prise de position partisane. Principalement axé sur les milieux aquatiques continentaux, il développe quelques bases conceptuelles sur la mise en place des peuplements pour discuter ensuite des conditions dans lesquelles les espèces exotiques se naturalisent. Il traite ensuite des conséquences de ces naturalisations, perçues selon les cas comme positives ou négatives, sur les écosystèmes d'accueil. Un chapitre est dévolu à une analyse des représentations sociales des introductions d'espèces et des prémisses idéologiques qui sous-tendent les travaux d'écologie relatifs aux invasions biologiques. Le texte, riche en exemples concrets, privilégie les études de cas en France ou en Europe de manière à interpeller les lecteurs sur des problématiques de proximité. Des exemples incontournables, comme l'introduction de la perche du Nil dans le lac Victoria ou les invasions biologiques en mer Noire, y sont toutefois également détaillés.

  • Identifiant unique
    2759208443
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  • Apparait dans la controverse
    Doit-on lutter contre les espèces exotiques envahissantes  ?
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