Données de base Dans le sud du Cameroun, 40 à 50% des personnes nées avant 1945 ont des anticorps contre le virus de l’hépatite C (VHC), suggérant une transmission iatrogène massive d’au moins un virus hématogène dans cette région du monde où le VIScpz a émergé en VIH-1.
Objectif Estimer le rôle potentiel des programmes de lutte contre les maladies qui ont utilisé des médicaments par voie intraveineuse, dans la transmission de virus hématogènes, en particulier le VHC.
Méthodes Nous avons analysé pour 1921-1959, les données des services de santé au Cameroun, en Oubangui-Chari, au Gabon et au moyen-Congo. Nous avons calculé l’incidence des maladies dont le traitement nécessitait l’administration de médicaments intraveineuses et avons comparé ces données à celles précédemment publiées sur la prévalence du VHC.
Résultats Plusieurs médicaments intraveineux ont été utilisés contre la trypanosomiase africaine, la lèpre, le pian et la syphilis. Cependant, le pian est la maladie dont la seule incidence était suffisamment élevée pour que jusqu’à la moitié de certaines cohortes de naissance ait pu acquérir le VHC. L’incidence du pian varie de façon dramatique entre les régions et atteignait souvent au-delà de 200 pour 1000 par an dans le sud du Cameroun où une prévalence extrêmement élevée du VHC a été trouvée. L’incidence du pian a connu un pic entre 1935 et 1955, une période qui a coïncidé avec l’émergence du VHC et du VIH.
Conclusion L’âge, les distributions géographiques et temporelles du pian suggèrent que l’épidémie de VHC au Cameroun était véhiculée par les campagnes de lutte contre le pian (et secondairement, de la syphilis) avec l’usage de médicaments arsenicaux et autres médicaments métalliques. Les mêmes interventions peuvent avoir amplifié exponentiellement d’autres infections hématogènes, dont le VIScpz et le VIH-1.