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Titre de la review

L'agriculture biologique ne peut pas nourrir le monde

Résumé de la review

Cette publication est une critique d’un article de Badgley et al., 2007 qui a pour conclusion que l’agriculture biologique serait capable de nourrir le monde entier. Plusieurs critiques sont faites dans cette revue qui vise à décrédibiliser les résultats obtenus par Badgley et son équipe. Tout d’abord, D.J. Connor (Organic agriculture cannot feed the world) pose le contexte en précisant que l’agriculture biologique occupe (en 2008) 0.3% des terres agricoles dans le monde et se retrouve surtout dans les pays développés. Comme la plupart des études, il définit l’agriculture biologique comme une agriculture refusant l’utilisation de composants inorganiques (engrais chimiques, pesticides…) contre les ravageurs, les maladies et le contrôle des mauvaises herbes. L’agriculture biologique a également interdit l’utilisation de cultivars génétiquement modifiés. De plus, l’agriculture biologique encourage les rotations de cultures ainsi que des cultures mixtes pour améliorer la fertilité des sols, augmenter la nutrition des cultures et limiter les problèmes de production liés aux ravageurs, maladies et mauvaises herbes. Cette revue met aussi en avant le fait que l’agriculture biologique est de plus en plus acceptée dans les pays développés, surtout en Europe et aux États-Unis, grâce au nombre croissant de consommateurs responsables pour l’alimentation et l’environnement. Néanmoins, cette analyse met aussi en évidence l’existence d’autres modes d’agriculture alternative comme des terres agricoles conventionnelles choisissant des « bonnes pratiques de cultures » et utilisant des produits agrochimiques en intégrant des processus utilisés en agriculture biologique. Le problème majeur relevé par D.J. Connor de l’agriculture biologique est sa productivité souvent controversée. Certaines études ont montré qu’elle n’avait la capacité de produire que 3 à 4 millions alors que la population de 2008 était de 6,2 millions et qu’elle est prévue pour être de 9 millions en 2050. Cependant, d’autres articles démontrent qu’elle peut être suffisante pour nourrir toute la population mondiale, dont Badgley et al., en 2007. C’est là que D.J. Connor intervient et prétend que les données de cette étude ont été mal interprétées. La première critique est que Badgley et son équipe ont effectué une surestimation de la productivité de l’agriculture biologique. L’article de 2007 a réalisé des ratios agriculture bio/agriculture conventionnelle et D.J. Connor pense que l’inégalité des entrées dans les cultures explique la différence et le haut ratio pour les pays en voie de développement, ce qui induirait un biais dans le calcul de la productivité. D.J. Connor estime qu’il y a eu de sérieuses mal-interprétations dans les ratios pour les pays en voie de développement et surtout une incompréhension de l’application de ces ratios aux calculs de productivité pour l’agriculture biologique. Il en est de même pour les pays développés. La deuxième critique réalisée par D.J. Connor est la disponibilité limitée des nutriments organiques utilisés dans l’agriculture biologique. En effet, Badgley et son équipe propose une potentielle couverture de cultures de légumineuses pour subvenir à l’azote requis dans les terres agricoles. D.J. Connor conteste cette proposition puisque de nombreux agriculteurs agissent déjà de cette façon et pour ceux qui ne le font pas, cela est surtout du à des contraintes de températures ou d’irrigation ne permettant pas un deuxième type de culture en plus de leur culture d’origine. Enfin, la troisième critique est d’abord positive car il approuve la stratégie de culture développée par Badgley et son équipe qui montre que les cultures sont des systèmes fermés. Néanmoins, D.J Connor souligne que cette stratégie n’est pas réaliste et que pour évaluer la productivité des systèmes de culture, il faut prendre en compte les cultures de grain, les cultures de couvertures, les pâturages et le bétail.

Rigueur de la review

Cette publication est intéressante dans le sens où elle met en relief des problèmes ou des oublis qu’il y a eu dans une étude précédente qui pourraient fausser des résultats, ce qui montre l’esprit critique de cette revue. En revanche, c’est une communication très succincte et elle ne fait que contredire les résultats par des questionnements ou des faits établis par d’autres études mais jamais par des expériences personnelles qui appuierait son discours. En conclusion, je pense qu’il est nécessaire de prendre en compte les questions que cette revue soulève par rapport aux conclusions antérieures, cependant, il ne faut pas non plus discrédité complètement l’article précédent mais réaliser davantage de recherches pour trancher les avis.

Ce que cette review apporte au débat

Cette publication a pour conclusion que les ratios utilisés ne sont pas suffisant pour dire que la productivité de l’agriculture biologique est égale à celle de l’agriculture conventionnelle et que la proposition pour fournir l’azote nécessaire n’est pas adaptée. En revanche, l’auteur met en évidence que le monde a besoin d’une forte productivité agricole tout en préservant le plus possible l’environnement et que l’agriculture biologique peut être un avantage grâce à ses pratiques culturales. Il souligne aussi que l’agriculture biologique possède de nombreux problèmes comme la nutrition des cultures et le contrôle des ravageurs, maladies et mauvaises herbes. Cette étude apporte donc un aspect négatif sur les rendements de l’agriculture biologique sans parler des autres aspects (environnement, biodiversité).

Publiée il y a plus de 10 ans par Gabriella Houdinet.
Dernière modification il y a plus de 10 ans.
Review : Organic agriculture cannot feed the world