Introduction
Depuis les années 80, il y a une prise de conscience générale de l’influence de l’Homme sur la planète par le biais de l’agriculture. L’agriculture conventionnelle, qui domine largement le monde actuel, représente une des plus grandes menaces pour la biodiversité et l’environnement . En effet, l’intensification de l’agriculture conventionnelle (utilisation excessive de produits chimiques polluant les sols et les eaux) a de nombreux impacts comme une dégradation des écosystèmes et une perte de la productivité sur le long terme. Cependant, ce type d’agriculture permet de répondre en terme de production à la demande mondiale croissante par de forts rendements. Afin de contrer ces effets négatifs, un retour à un autre type d’agriculture, l’agriculture biologique, a été mis en place. Celle-ci repose sur une absence ou une utilisation modérée de produits chimiques (engrais, pesticides) ainsi que des pratiques culturales différentes (travail du sol modéré, rotation des cultures) afin de préserver au maximum la biodiversité et l’environnement. De nombreuses questions se posent sur son avenir comme sa capacité à réellement répondre à la demande alimentaire actuelle et future. De plus, il est nécessaire de savoir si elle exerce véritablement une influence positive sur l’environnement et la biodiversité.
La question suivante a été posée : d'un point de vue de l'impact sur la productivité, sur la biodiversité (facteurs biotiques) et sur l'environnement (facteurs abiotiques), faut-il choisir l'agriculture biologique ou l'agriculture conventionnelle ? Pour répondre à cette question, nous organiserons notre synthèse sur les trois axes précédemment cités (productivité, biodiversité et environnement). Nous avons étudié 12 publications allant de 1987 à 2015 pour avoir une meilleure idée de l’évolution de l’agriculture biologique en réalisant plusieurs synthèses.
Discussion
Une question clé dans le débat sur la contribution de l'agriculture biologique pour l'avenir de l'agriculture mondiale est de savoir si elle peut produire suffisamment de nourriture pour nourrir les 9 milliards de personnes estimées en 2050. Les potentiels de rendement des cultures sont définis comme le rendement maximal d'un cultivar (variété sélectionnée en culture) donné dans des conditions climatiques définies, tout en évitant les restrictions d'eau et d'éléments nutritifs et les baisses de rendement dues aux ravageurs et aux maladies.
Les résultats de deux études sont similaires et indiquent que l’agriculture biologique produirait globalement entre 20% à 25% moins que l’agriculture conventionnelle (De Ponti et al., 2012 ; Seufert et al., 2012). Cependant de nombreux facteurs ont un effet sur le rendement comme le type de cultures et de sol, les intrants de nutriments (azote, phosphore) amenés par les engrais et leur utilisation, le genre des pratiques culturales et les conditions abiotiques (sécheresse, pluie, pH du sol). De plus, en agriculture biologique, il est plus difficile de gérer les ravageurs, maladies et stress en nutriments, ce qui influence aussi fortement le rendement. Il est donc indispensable de trouver des solutions pour palier à ces problèmes pour obtenir un meilleur rendement en agriculture biologique. L’agriculture biologique peut aussi être un atout comme après une conversion de conventionnelle à biologique où la productivité est tout d’abord faible puis augmente au cours du temps. En outre, le type de méthode utilisé joue aussi un rôle important dans l’estimation de la productivité (Connor, 2008). Certaines méthodes ont tendance à surestimer l’agriculture biologique alors que d’autres la sous-estime ce qui peut être source de biais. Il est nécessaire également de réaliser plus d’études sur le long terme et faire des comparaisons à même échelle entre les deux systèmes d’agriculture. En effet, à l’heure actuelle, les comparaisons spatiales et temporelles ne sont pas toujours rigoureuses et cela pourrait minimiser la productivité de l’agriculture biologique. Pour finir, certaines études ne prennent pas en compte les frais de production d’engrais (utilisation supplémentaire de terre, eau et nutriments) qui diminuent fortement le rendement total des terres agricoles biologiques par rapport à leur superficie (Connor, 2013). Il est donc nécessaire de prendre en compte les différents types d’énergie “intra-site” et “extra-site” qui diffèrent selon les systèmes. La moyenne de l'intensité d'énergie utilisée dans le système organique est plus faible que celle du conventionnel (du à l'auto-suffisance du système biologique) (Wood et al., 2006).
D’un point de vue de la biodiversité, la majorité des publications affirment une influence positive de l’agriculture biologique. Par exemple, pour les macroorganismes de la flore et la faune (Hole et al., 2005) tels que les végétaux, les invertébrés et les vertébrés, la richesse et l’abondance des taxons sont généralement plus élevées en agriculture biologique. Ceci peut être expliqué par l’absence de produits chimiques ayant souvent un effet négatif ainsi que par la présence de cultures mixtes qui favorise la biodiversité. Pour ce qui est de la diversité microbienne (bactérienne et fongique) (Hartmann et al., 2015), les effets à long terme de l’agriculture biologique sont positifs puisque la richesse augmente et l’homogénéité diminue. Il faut aussi noter que ce qui dirige cette richesse est le type d’engrais appliqué aux cultures car les terres agricoles avec des engrais biologiques (fumier) présentent une forte diversité microbienne par rapport à celles qui n’ont pas reçu d’engrais ou qui ont reçu des engrais chimiques. Une richesse microbienne importante joue un rôle clef dans la santé des sols afin d’assurer le cycle des nutriments, la régulation de l’eau et la transformation de la matière organique. Tous ces facteurs sont essentiels pour établir une agriculture durable et productive. Dans une autre étude traitant de plants de tomates, il est possible de noter une différence en ce qui concerne les nématodes. En fonction du système, les espèces de nématodes vont différer et entraîner des systèmes de décomposition différents. Dans le système conventionnel, la décomposition se fait majoritairement par les nématodes fongiques et dans le système biolgogique par le bais des nématodes bactérivores. En ce qui concerne la biomasse microbienne du carbone, elle est plus grande dans le système biologique par rapport au conventionnel durant la saison de croissance mais la diversité des nématodes rencontrés est plus importante dans le système conventionnel (Ferris et al., 1996).
Que ce soit pour les macroorganismes ou les microorganismes, l’évaluation de la biodiversité dépend fortement de la méthode utilisée ainsi que des comparaisons faites à long terme et à la même échelle. Il faut également prendre en compte le type de culture utilisé et les différentes périodes de croissances du produit agricole considéré.
D’un point de vue environnemental, l'érosion incontrôlée du sol peut avoir un effet important sur le rendement des plantes. En effet l’érosion peut réduire les matières organiques, la capacité de rétention d'eau, la profondeur d’enracinement des plantes, la productivité des sols et le rendement des cultures. À un certain point, la réduction du rendement due à l'érosion peut dépasser l'augmentation due au progrès technique, et engendrer une forte baisse de la productivité des cultures. Il a été observé que le taux de polysaccharides présent dans le sol des cultures conventionnelles est plus faible en comparaison avec l’organique, ces polysaccharides servent d'agents liants dans la formation des agrégats du sol, sont impliqués dans la stabilité des agrégats et diminuent donc l'érosion (Reganold et al., 1987).
Nous avons constaté que les sols biologiques avaient une teneur plus importante en matière organique, cette dernière augmente la granulation, le stockage de l’eau, l’approvisionnement en éléments nutritifs (azote et phosphore) et l'activité des organismes du sol (Reganold et al., 1987). Tous ces éléments améliorent alors la fertilité et la productivité des sols, mais aussi augmentent la biodiversité. Cette dernière contribue à la lutte biologique des ravageurs et augmente la pollinisation des cultures par les insectes. Une conservation de l'humidité des sols et des ressources en eau plus importante grâce aux capacités des sols organiques sont particulièrement avantageuses dans des conditions de sécheresse (Pimentel et al., 2005). En ce qui concerne les teneurs en nitrate, elle sont plus élevées dans le système conventionnel. Dans le système biologique, les faibles teneurs en nitrate entraînent un stress vis-à-vis de l’azote durant des périodes clés telles que la période de croissance et celle de maturation des fruits. Il serait donc nécessaire d’augmenter l’abondance des nématodes bactérivores et leur activité dans la minéralisation de l’azote au début de la croissance des plantes (Ferris et al., 1996). Cependant cela est controversé car les pertes en azote affectant l’eutrophisation et le potentiel acide, les émissions de gaz à effet de serre et la biodiversité seraient plus faible dans le système biologique. En ce qui concerne les émissions d'ammoniac, elles seraient plus importantes dans les systèmes conventionnels contrairement aux émissions de CH4 (Meier et al., 2015). Les émissions de CO2 sont plus faibles dans le système biologique par rapport au conventionnel et elles sont influencées par l’irrigation, les machines employées et les fertilisants. L'impact environnemental est plus faible dans le cas de l'agriculture biologique si on prend l'échelle de l'hectare mais la tendance s'inverse si on se positionne à l'échelle de la tonne de production. L'impact environnemental dépend donc de l'échelle de production à cause de la transformation de forêt ou prairie en champs de culture (Foteinis et al., 2015). En ce qui concerne la perturbation des terres, elles sont moins importantes dans le cas de fermes biologiques pour le bétail mais l'inverse est observé pour la production de végétaux.
Toutes ses différences de capacités entre cultures sont très probablement dues à leurs systèmes de rotation des cultures différentes et l'impact de la monoculture intensive sur le sol empêchant un bon développement pédologique (Reganold et al., 1987 ; Pimentel et al., 2005).
Conclusion et ouverture
En conclusion, nous avons pu voir que d’un point de vue général, l’agriculture biologique est meilleure pour l’environnement et la biodiversité. En revanche, ce qui est encore débattu à l’heure actuelle est sa capacité à produire de forts rendements afin de nourrir la population mondiale en constante hausse. Par conséquent, il est indispensable d’améliorer certains points de l’agriculture biologique. Par exemple, des solutions potentielles ont été données pour améliorer l’agriculture biologique comme la lutte contre les ravageurs ou les maladies en sélectionnant des organismes bénéfiques ou pathogènes naturellement présents. A l’inverse, certaines pratiques de l’agriculture biologique peuvent être utilisées en agriculture conventionnelle pour l’améliorer. Ainsi, il faudrait utiliser les cultures de couverture et les rotations de cultures en fonction des saisons mais aussi utiliser des engrais organiques et réduire l’utilisation d’intrants chimiques afin de favoriser la biodiversité déjà présente.
La majorité des études mettent aussi en avant le manque de méthodes standardisées permettant de mieux évaluer les effets de l’agriculture biologique, d’un point de vue de la productivité, de la biodiversité et de l’environnement. Des études à long terme et à même échelle doivent être faites ainsi que l’étude d’autres paramètres tels que les échanges d’azote et de carbone, le labourage ou encore la gestion des ravageurs de cultures. De plus, il manque également dans de nombreuses publications la prise en compte de facteurs extérieurs comme la manufacture, le coût financier, le matériel nécessaire. Ce manque de rigueur et d’études comparatives peut à terme surestimer ou sous-estimer les impacts des différents types d’agriculture. En outre, l’influence de l’agriculture biologique est beaucoup moins étudiée sur le bétail, il serait donc important d’effectuer davantage de recherches là-dessus.
Productivité, biodiversité, environnement : agriculture biologique ou agriculture conventionnelle ?
L'agriculture conventionnelle, actuellement très répandue dans les pays développés mais touchant de plus en plus de pays dans le monde, est une agriculture dite moderne et intensive qui a pour but d'avoir les plus forts rendements afin de nourrir toute le population humaine. Elle comprend néanmoins certains inconvénients comme, par exemple, l'utilisation excessive de produits chimiques polluant les sols et les eaux mais perturbant aussi les écosystèmes et leur biodiversité. L'agriculture biologique propose une alternative à cette agriculture en se voulant plus respectueuse de l'environnement et de la biodiversité (absence de produits chimiques) tout en promettant un rendement équivalent. Cette agriculture est controversée par les scientifiques sur ces différents aspect, c'est pourquoi nous allons nous intéresser à l'agriculture biologique d'un point de vue de la productivité, de l'impact sur la biodiversité (facteurs biotiques) et de l'impact sur l'environnement (facteurs abiotiques).
Publiée il y a plus de 10 ans par Université de Montpellier.Dernière modification il y a environ 10 ans.