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Les chemins à suivre vers la désextinction: à quel point pouvons-nous nous approcher de la résurrection d'une espèce éteinte?
Les chemins à suivre vers la désextinction: à quel point pouvons-nous nous approcher de la résurrection d'une espèce éteinte?
Résumé de la review
Après avoir débattu sur les implications éthiques et politiques de la résurrection d'espèces disparues, les scientifiques se penchent à présent sur les impacts écologiques de la réintroduction à l’état sauvage d’une espèce ressuscitée Reintroducing resurrected species: selecting DeExtinction candidates. Le rétro-croisement intergénérationnel est utilisé pour ressusciter des caractères spécifiques ancestraux perdus ou « dilués » durant les stades évolutifs de l’espèce. Dans ce protocole, les couples reproducteurs sont sélectionnés selon si leur phénotype leur garantit un avantage naturel génétique, comportemental, environnemental… Ce protocole nécessite que les traits ancestraux ciblés persistent au sein d'une espèce vivante, très étroitement liée avec son aïeul. De plus, rien ne garantit que le phénotype sélectionné résulte du même génotype sous-jacent ou, plus vraisemblablement, d'une suite d'interactions génétiques et environnementales à l'origine du phénotype chez les espèces disparues. Le clonage par transfert de noyau de cellules somatiques (TNCS) est une approche encore plus attrayante car elle a pour elle de permettre la création d'une copie génétique EXACTE d'un organisme vivant, au niveau du génome nucléaire Revival of Extinct Species Using Nuclear Transfer : Hope for the Mammoth, True for the Pyrenean Ibex, But Is It Time for ‘‘Conservation Cloning’’ ? Mammoth 2.0: will genome engineering resurrect extinct species?. Le clonage nécessite toutefois des cellules vivantes intactes, qui ne sont pas disponibles pour la plupart des espèces éteintes. Lorsqu'un organisme meurt, ses tissus et l'ADN de ces tissus commencent à se décomposer presque immédiatement, à cause de processus physico-chimiques (oxydation, hydrolyse, rayonnements…)
De nos jours, l’ingénierie génétique apparaît comme l’approche la plus développée et prometteuse. Elle s’appuie sur les progrès fantastiques réalisés sur l’extraction et le séquençage d’ADN ancien et du génome de façon complète d’une espèce disparue la plus étroitement liée génétiquement, afin d’éviter tout risque de biais taxonomique. Après rectification des différences génomiques présentes, le génome « modifié » de l’espèce vivante est inséré dans des cellules vivantes in vitro, possédant un génome exprimant des gènes éteints, amenant à la création d’un assemblage guidé par référence. A partir de là, un protocole de clonage peut être initiée. La difficulté majeure de cette technique réside donc, là encore, dans l’obtention et la conservation de séquences d’ADN beaucoup plus anciennes que celles utilisées pour la méthode de clonage. Aujourd’hui, les restes fossiles les plus anciens contenant des fragments d'ADN encore exploitable dans le cadre de l'étude semblent ne pas dépasser l'âge Pléistocène. Ajoutée au fait que le nombre de molécules répertoriées comme suffisamment fiables est inversement proportionnel à la distance évolutive séparant l'espèce "primitive" de sa (ses) descendante(s), les perspectives actuelles de la désextinction restent assez contraintes. En ce qui concerne l'exemple du mammouth, celui-ci dispose d'environ 1,4 million de nucléotides fixes qu'il ne partage pas avec l'éléphant d'Asie. La divergence entre les 2 espèces a été rendue effective il y a seulement 5 millions d'années environ. Néanmoins, des progrès ont été effectués pour découvrir des génotypes éteints ayant des conséquences phénotypiques connues et pour intégrer ces génotypes dans le génome d'organismes vivants. De plus, Campbell et al (2010) ont comparé les versions "mammouth" et "éléphant" des phylogénies de complexes protéiques d'hémoglobine. La version mammouth des gènes était alors la plus efficace pour transporter de l'oxygène à basse température, donc mieux adaptée à la vie dans des climats froids.
Enfin, l'auteur rappelle qu'aucune des 3 approches décrites ne mènera à la naissance d’un organisme IDENTIQUE à son ancêtre disparu, les interactions phénotype-environnement-social différant de celles de son époque.
Après avoir débattu sur les implications éthiques et politiques de la résurrection d'espèces disparues, les scientifiques se penchent à présent sur les impacts écologiques de la réintroduction à l’état sauvage d’une espèce ressuscitée Reintroducing resurrected species: selecting DeExtinction candidates. Le rétro-croisement intergénérationnel est utilisé pour ressusciter des caractères spécifiques ancestraux perdus ou « dilués » durant les stades évolutifs de l’espèce. Dans ce protocole, les couples reproducteurs sont sélectionnés selon si leur phénotype leur garantit un avantage naturel génétique, comportemental, environnemental… Ce protocole nécessite que les traits ancestraux ciblés persistent au sein d'une espèce vivante, très étroitement liée avec son aïeul. De plus, rien ne garantit que le phénotype sélectionné résulte du même génotype sous-jacent ou, plus vraisemblablement, d'une suite d'interactions génétiques et environnementales à l'origine du phénotype chez les espèces disparues. Le clonage par transfert de noyau de cellules somatiques (TNCS) est une approche encore plus attrayante car elle a pour elle de permettre la création d'une copie génétique EXACTE d'un organisme vivant, au niveau du génome nucléaire Revival of Extinct Species Using Nuclear Transfer : Hope for the Mammoth, True for the Pyrenean Ibex, But Is It Time for ‘‘Conservation Cloning’’ ? Mammoth 2.0: will genome engineering resurrect extinct species?. Le clonage nécessite toutefois des cellules vivantes intactes, qui ne sont pas disponibles pour la plupart des espèces éteintes. Lorsqu'un organisme meurt, ses tissus et l'ADN de ces tissus commencent à se décomposer presque immédiatement, à cause de processus physico-chimiques (oxydation, hydrolyse, rayonnements…)
De nos jours, l’ingénierie génétique apparaît comme l’approche la plus développée et prometteuse. Elle s’appuie sur les progrès fantastiques réalisés sur l’extraction et le séquençage d’ADN ancien et du génome de façon complète d’une espèce disparue la plus étroitement liée génétiquement, afin d’éviter tout risque de biais taxonomique. Après rectification des différences génomiques présentes, le génome « modifié » de l’espèce vivante est inséré dans des cellules vivantes in vitro, possédant un génome exprimant des gènes éteints, amenant à la création d’un assemblage guidé par référence. A partir de là, un protocole de clonage peut être initiée. La difficulté majeure de cette technique réside donc, là encore, dans l’obtention et la conservation de séquences d’ADN beaucoup plus anciennes que celles utilisées pour la méthode de clonage. Aujourd’hui, les restes fossiles les plus anciens contenant des fragments d'ADN encore exploitable dans le cadre de l'étude semblent ne pas dépasser l'âge Pléistocène. Ajoutée au fait que le nombre de molécules répertoriées comme suffisamment fiables est inversement proportionnel à la distance évolutive séparant l'espèce "primitive" de sa (ses) descendante(s), les perspectives actuelles de la désextinction restent assez contraintes. En ce qui concerne l'exemple du mammouth, celui-ci dispose d'environ 1,4 million de nucléotides fixes qu'il ne partage pas avec l'éléphant d'Asie. La divergence entre les 2 espèces a été rendue effective il y a seulement 5 millions d'années environ. Néanmoins, des progrès ont été effectués pour découvrir des génotypes éteints ayant des conséquences phénotypiques connues et pour intégrer ces génotypes dans le génome d'organismes vivants. De plus, Campbell et al (2010) ont comparé les versions "mammouth" et "éléphant" des phylogénies de complexes protéiques d'hémoglobine. La version mammouth des gènes était alors la plus efficace pour transporter de l'oxygène à basse température, donc mieux adaptée à la vie dans des climats froids.
Enfin, l'auteur rappelle qu'aucune des 3 approches décrites ne mènera à la naissance d’un organisme IDENTIQUE à son ancêtre disparu, les interactions phénotype-environnement-social différant de celles de son époque.
Rigueur de la review
L’auteur de cet article est Beth Shapiro, biologiste moléculaire évolutive de son état. Elle est professeure au département d'écologie et de biologie évolutive de l'Université de Californie à Santa Cruz et véritable figure de proue de la communauté scientifique et précurseur dans le domaine de la désextinction, en témoigne les nombreux prix et récompenses scientifiques qui lui ont été attribués pour ces différents travaux sur le sujet. Elle a également publié un ouvrage qui fait actuellement référence en la matière: "How to clone a mammoth: The science of de-extinction" (2015), comme l'atteste le fait que la (quasi-)totalité des auteurs depuis en font mention comme référence dans chacun de leur article. De plus, lors de cette étude, parmi les très nombreuses citations effectuées, on retrouve les travaux d'autres "papes" de la désextinction : George Macdonald Church, Kevin Lynn Campbell, Philip Seddon..., prouvant la qualité et la légitimité de cet article.
L’auteur de cet article est Beth Shapiro, biologiste moléculaire évolutive de son état. Elle est professeure au département d'écologie et de biologie évolutive de l'Université de Californie à Santa Cruz et véritable figure de proue de la communauté scientifique et précurseur dans le domaine de la désextinction, en témoigne les nombreux prix et récompenses scientifiques qui lui ont été attribués pour ces différents travaux sur le sujet. Elle a également publié un ouvrage qui fait actuellement référence en la matière: "How to clone a mammoth: The science of de-extinction" (2015), comme l'atteste le fait que la (quasi-)totalité des auteurs depuis en font mention comme référence dans chacun de leur article. De plus, lors de cette étude, parmi les très nombreuses citations effectuées, on retrouve les travaux d'autres "papes" de la désextinction : George Macdonald Church, Kevin Lynn Campbell, Philip Seddon..., prouvant la qualité et la légitimité de cet article.
Ce que cette review apporte au débat
Beth Shapiro détaille ici les 3 méthodes les plus envisageables et réalisables pour opérer la désextinction d'une espèce aujourd’hui éteinte: le rétro-croisement intergénérationnel, le clonage et l’ingénierie génétique. Elle exprime pour chaque, les problèmes expérimentaux rencontrés avec notre technologie actuelle mais ouvre aussi sur les conséquences écologiques et environnementales et les répercussions sur le génome de l'hybride que cela aurait lorsque nous serons en mesure de le faire. Cet article souligne aussi le fait que le TNCS a un domaine d'application se limitant à certains mammifères uniquement, n'étant encore réalisable pour des espèces ovipares (oiseaux, monotrèmes, reptiles) de par la physiologie de la reproduction de ces animaux. Une alternative possible au clonage, à peine évoquée pour le moment, consiste à éditer des cellules germinales primaires (PGC) plutôt que des cellules somatiques pour les modifier génétiquement in vitro.
Beth Shapiro détaille ici les 3 méthodes les plus envisageables et réalisables pour opérer la désextinction d'une espèce aujourd’hui éteinte: le rétro-croisement intergénérationnel, le clonage et l’ingénierie génétique. Elle exprime pour chaque, les problèmes expérimentaux rencontrés avec notre technologie actuelle mais ouvre aussi sur les conséquences écologiques et environnementales et les répercussions sur le génome de l'hybride que cela aurait lorsque nous serons en mesure de le faire. Cet article souligne aussi le fait que le TNCS a un domaine d'application se limitant à certains mammifères uniquement, n'étant encore réalisable pour des espèces ovipares (oiseaux, monotrèmes, reptiles) de par la physiologie de la reproduction de ces animaux. Une alternative possible au clonage, à peine évoquée pour le moment, consiste à éditer des cellules germinales primaires (PGC) plutôt que des cellules somatiques pour les modifier génétiquement in vitro.
Figure
Légende :
3 approches de la désextinction. A. Dans le rétro-croisement intergénérationnel (i), les individus sont sélectionnés pour la reproduction sur la base du phénotype désiré, réapparaissant après quelques générations _B. _Lors du clonage, les cellules somatiques sont prélevées sur un organisme vivant et cultivées in vitro, puis leurs noyaux sont retirés. Simultanément, les ovocytes sont récoltés et énucléés chez l'espèce la plus apparentée à l'ancestrale. Le noyau de la cellule somatique est fusionné à l'œuf énucléé et (v) la cellule commence à se diviser. L'embryon est implanté dans un hôte maternel de substitution, lequel donne naissance à une copie génétique de la cellule somatique ancestrale. _C. _L'ingénierie génétique extrait l'ADN d'une espèce éteinte et l'utilisé pour séquencer et assembler un génome hybride en le comparant avec celui d'une espèce vivante étroitement apparentée sur laquelle sont prélevées des cellules cultivées in vitro. Le reste du protocole est similaire au clonage.
Légende :
3 approches de la désextinction. A. Dans le rétro-croisement intergénérationnel (i), les individus sont sélectionnés pour la reproduction sur la base du phénotype désiré, réapparaissant après quelques générations _B. _Lors du clonage, les cellules somatiques sont prélevées sur un organisme vivant et cultivées in vitro, puis leurs noyaux sont retirés. Simultanément, les ovocytes sont récoltés et énucléés chez l'espèce la plus apparentée à l'ancestrale. Le noyau de la cellule somatique est fusionné à l'œuf énucléé et (v) la cellule commence à se diviser. L'embryon est implanté dans un hôte maternel de substitution, lequel donne naissance à une copie génétique de la cellule somatique ancestrale. _C. _L'ingénierie génétique extrait l'ADN d'une espèce éteinte et l'utilisé pour séquencer et assembler un génome hybride en le comparant avec celui d'une espèce vivante étroitement apparentée sur laquelle sont prélevées des cellules cultivées in vitro. Le reste du protocole est similaire au clonage.
Publiée il y a plus de 7 ans
par
M. Giraud .
Dernière modification il y a plus de 7 ans.
Review : Pathways to de-extinction: how close can we get to resurrection of an extinct species?
De-extinction, the idea that extinct species might soon be resurrected, receives considerable attention in both popular and scientific literature, in particular with regard to its potential ecological and ethical consequences.
Here, I review the three main pathways that are being considered at present for de-extinction: back-breeding, cloning via somatic cell nuclear transfer, and genetic engineering. I present the state-of-the-art in each pathway, and discuss the limitations of each approach as a mechanism to resurrect extinct species.
Back-breeding aims to concentrate ancestral traits that persist within a population into a single individual using selective breeding. In back-breeding, ancestral phenotypes may be resurrected after many generations, but the genes that underlie these phenotypes may differ from those that were present in the extinct species.
Cloning aims to create genetically identical copies of an extinct species from preserved somatic cells. These somatic cells are fused with egg cells from a closely related and living donor species, which causes cellular reprogramming and embryogenesis; a scientific process known as somatic cell nuclear transfer (SCNT). The developing embryo is then brought to term within a surrogate host. Because biological remains degrade post-mortem, cloning of long-dead organisms is not likely to be feasible.
Genetic engineering aims to edit the genome sequence within cells of living species so that these genome sequences closely resemble that of a closely related extinct species. This approach draws on recent advances in both ancient DNA and genome editing technologies, and is a particularly promising approach to de-extinction. After the genome of a living cell is edited, that living cell can then be used for SCNT.
Because the phenotype of an organism is the consequence of the interaction between its genotype and the environment in which it develops and lives, even species with cloned nuclear genomes will not be exact copies of the extinct species on which they are modeled. We should
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La résurrection d’espèces éteintes et leur introduction dans leurs écosystèmes d’origine : études de cas du Mammouth des steppes et du thylacine. Pour ou
Contre
Titre de la review
Les chemins à suivre vers la désextinction: à quel point pouvons-nous nous approcher de la résurrection d'une espèce éteinte?
Les chemins à suivre vers la désextinction: à quel point pouvons-nous nous approcher de la résurrection d'une espèce éteinte?
Résumé de la review
Après avoir débattu sur les implications éthiques et politiques de la résurrection d'espèces disparues, les scientifiques se penchent à présent sur les impacts écologiques de la réintroduction à l’état sauvage d’une espèce ressuscitée Reintroducing resurrected species: selecting DeExtinction candidates.
Le rétro-croisement intergénérationnel est utilisé pour ressusciter des caractères spécifiques ancestraux perdus ou « dilués » durant les stades évolutifs de l’espèce. Dans ce protocole, les couples reproducteurs sont sélectionnés selon si leur phénotype leur garantit un avantage naturel génétique, comportemental, environnemental… Ce protocole nécessite que les traits ancestraux ciblés persistent au sein d'une espèce vivante, très étroitement liée avec son aïeul. De plus, rien ne garantit que le phénotype sélectionné résulte du même génotype sous-jacent ou, plus vraisemblablement, d'une suite d'interactions génétiques et environnementales à l'origine du phénotype chez les espèces disparues.
Le clonage par transfert de noyau de cellules somatiques (TNCS) est une approche encore plus attrayante car elle a pour elle de permettre la création d'une copie génétique EXACTE d'un organisme vivant, au niveau du génome nucléaire Revival of Extinct Species Using Nuclear Transfer : Hope for the Mammoth, True for the Pyrenean Ibex, But Is It Time for ‘‘Conservation Cloning’’ ? Mammoth 2.0: will genome engineering resurrect extinct species?. Le clonage nécessite toutefois des cellules vivantes intactes, qui ne sont pas disponibles pour la plupart des espèces éteintes. Lorsqu'un organisme meurt, ses tissus et l'ADN de ces tissus commencent à se décomposer presque immédiatement, à cause de processus physico-chimiques (oxydation, hydrolyse, rayonnements…)
De nos jours, l’ingénierie génétique apparaît comme l’approche la plus développée et prometteuse. Elle s’appuie sur les progrès fantastiques réalisés sur l’extraction et le séquençage d’ADN ancien et du génome de façon complète d’une espèce disparue la plus étroitement liée génétiquement, afin d’éviter tout risque de biais taxonomique. Après rectification des différences génomiques présentes, le génome « modifié » de l’espèce vivante est inséré dans des cellules vivantes in vitro, possédant un génome exprimant des gènes éteints, amenant à la création d’un assemblage guidé par référence. A partir de là, un protocole de clonage peut être initiée. La difficulté majeure de cette technique réside donc, là encore, dans l’obtention et la conservation de séquences d’ADN beaucoup plus anciennes que celles utilisées pour la méthode de clonage. Aujourd’hui, les restes fossiles les plus anciens contenant des fragments d'ADN encore exploitable dans le cadre de l'étude semblent ne pas dépasser l'âge Pléistocène. Ajoutée au fait que le nombre de molécules répertoriées comme suffisamment fiables est inversement proportionnel à la distance évolutive séparant l'espèce "primitive" de sa (ses) descendante(s), les perspectives actuelles de la désextinction restent assez contraintes. En ce qui concerne l'exemple du mammouth, celui-ci dispose d'environ 1,4 million de nucléotides fixes qu'il ne partage pas avec l'éléphant d'Asie. La divergence entre les 2 espèces a été rendue effective il y a seulement 5 millions d'années environ. Néanmoins, des progrès ont été effectués pour découvrir des génotypes éteints ayant des conséquences phénotypiques connues et pour intégrer ces génotypes dans le génome d'organismes vivants. De plus, Campbell et al (2010) ont comparé les versions "mammouth" et "éléphant" des phylogénies de complexes protéiques d'hémoglobine. La version mammouth des gènes était alors la plus efficace pour transporter de l'oxygène à basse température, donc mieux adaptée à la vie dans des climats froids.
Enfin, l'auteur rappelle qu'aucune des 3 approches décrites ne mènera à la naissance d’un organisme IDENTIQUE à son ancêtre disparu, les interactions phénotype-environnement-social différant de celles de son époque.
Après avoir débattu sur les implications éthiques et politiques de la résurrection d'espèces disparues, les scientifiques se penchent à présent sur les impacts écologiques de la réintroduction à l’état sauvage d’une espèce ressuscitée Reintroducing resurrected species: selecting DeExtinction candidates.
Le rétro-croisement intergénérationnel est utilisé pour ressusciter des caractères spécifiques ancestraux perdus ou « dilués » durant les stades évolutifs de l’espèce. Dans ce protocole, les couples reproducteurs sont sélectionnés selon si leur phénotype leur garantit un avantage naturel génétique, comportemental, environnemental… Ce protocole nécessite que les traits ancestraux ciblés persistent au sein d'une espèce vivante, très étroitement liée avec son aïeul. De plus, rien ne garantit que le phénotype sélectionné résulte du même génotype sous-jacent ou, plus vraisemblablement, d'une suite d'interactions génétiques et environnementales à l'origine du phénotype chez les espèces disparues.
Le clonage par transfert de noyau de cellules somatiques (TNCS) est une approche encore plus attrayante car elle a pour elle de permettre la création d'une copie génétique EXACTE d'un organisme vivant, au niveau du génome nucléaire Revival of Extinct Species Using Nuclear Transfer : Hope for the Mammoth, True for the Pyrenean Ibex, But Is It Time for ‘‘Conservation Cloning’’ ? Mammoth 2.0: will genome engineering resurrect extinct species?. Le clonage nécessite toutefois des cellules vivantes intactes, qui ne sont pas disponibles pour la plupart des espèces éteintes. Lorsqu'un organisme meurt, ses tissus et l'ADN de ces tissus commencent à se décomposer presque immédiatement, à cause de processus physico-chimiques (oxydation, hydrolyse, rayonnements…)
De nos jours, l’ingénierie génétique apparaît comme l’approche la plus développée et prometteuse. Elle s’appuie sur les progrès fantastiques réalisés sur l’extraction et le séquençage d’ADN ancien et du génome de façon complète d’une espèce disparue la plus étroitement liée génétiquement, afin d’éviter tout risque de biais taxonomique. Après rectification des différences génomiques présentes, le génome « modifié » de l’espèce vivante est inséré dans des cellules vivantes in vitro, possédant un génome exprimant des gènes éteints, amenant à la création d’un assemblage guidé par référence. A partir de là, un protocole de clonage peut être initiée. La difficulté majeure de cette technique réside donc, là encore, dans l’obtention et la conservation de séquences d’ADN beaucoup plus anciennes que celles utilisées pour la méthode de clonage. Aujourd’hui, les restes fossiles les plus anciens contenant des fragments d'ADN encore exploitable dans le cadre de l'étude semblent ne pas dépasser l'âge Pléistocène. Ajoutée au fait que le nombre de molécules répertoriées comme suffisamment fiables est inversement proportionnel à la distance évolutive séparant l'espèce "primitive" de sa (ses) descendante(s), les perspectives actuelles de la désextinction restent assez contraintes. En ce qui concerne l'exemple du mammouth, celui-ci dispose d'environ 1,4 million de nucléotides fixes qu'il ne partage pas avec l'éléphant d'Asie. La divergence entre les 2 espèces a été rendue effective il y a seulement 5 millions d'années environ. Néanmoins, des progrès ont été effectués pour découvrir des génotypes éteints ayant des conséquences phénotypiques connues et pour intégrer ces génotypes dans le génome d'organismes vivants. De plus, Campbell et al (2010) ont comparé les versions "mammouth" et "éléphant" des phylogénies de complexes protéiques d'hémoglobine. La version mammouth des gènes était alors la plus efficace pour transporter de l'oxygène à basse température, donc mieux adaptée à la vie dans des climats froids.
Enfin, l'auteur rappelle qu'aucune des 3 approches décrites ne mènera à la naissance d’un organisme IDENTIQUE à son ancêtre disparu, les interactions phénotype-environnement-social différant de celles de son époque.
Rigueur de la review
L’auteur de cet article est Beth Shapiro, biologiste moléculaire évolutive de son état. Elle est professeure au département d'écologie et de biologie évolutive de l'Université de Californie à Santa Cruz et véritable figure de proue de la communauté scientifique et précurseur dans le domaine de la désextinction, en témoigne les nombreux prix et récompenses scientifiques qui lui ont été attribués pour ces différents travaux sur le sujet. Elle a également publié un ouvrage qui fait actuellement référence en la matière: "How to clone a mammoth: The science of de-extinction" (2015), comme l'atteste le fait que la (quasi-)totalité des auteurs depuis en font mention comme référence dans chacun de leur article. De plus, lors de cette étude, parmi les très nombreuses citations effectuées, on retrouve les travaux d'autres "papes" de la désextinction : George Macdonald Church, Kevin Lynn Campbell, Philip Seddon..., prouvant la qualité et la légitimité de cet article.
L’auteur de cet article est Beth Shapiro, biologiste moléculaire évolutive de son état. Elle est professeure au département d'écologie et de biologie évolutive de l'Université de Californie à Santa Cruz et véritable figure de proue de la communauté scientifique et précurseur dans le domaine de la désextinction, en témoigne les nombreux prix et récompenses scientifiques qui lui ont été attribués pour ces différents travaux sur le sujet. Elle a également publié un ouvrage qui fait actuellement référence en la matière: "How to clone a mammoth: The science of de-extinction" (2015), comme l'atteste le fait que la (quasi-)totalité des auteurs depuis en font mention comme référence dans chacun de leur article. De plus, lors de cette étude, parmi les très nombreuses citations effectuées, on retrouve les travaux d'autres "papes" de la désextinction : George Macdonald Church, Kevin Lynn Campbell, Philip Seddon..., prouvant la qualité et la légitimité de cet article.
Ce que cette review apporte au débat
Beth Shapiro détaille ici les 3 méthodes les plus envisageables et réalisables pour opérer la désextinction d'une espèce aujourd’hui éteinte: le rétro-croisement intergénérationnel, le clonage et l’ingénierie génétique. Elle exprime pour chaque, les problèmes expérimentaux rencontrés avec notre technologie actuelle mais ouvre aussi sur les conséquences écologiques et environnementales et les répercussions sur le génome de l'hybride que cela aurait lorsque nous serons en mesure de le faire. Cet article souligne aussi le fait que le TNCS a un domaine d'application se limitant à certains mammifères uniquement, n'étant encore réalisable pour des espèces ovipares (oiseaux, monotrèmes, reptiles) de par la physiologie de la reproduction de ces animaux. Une alternative possible au clonage, à peine évoquée pour le moment, consiste à éditer des cellules germinales primaires (PGC) plutôt que des cellules somatiques pour les modifier génétiquement in vitro.
Beth Shapiro détaille ici les 3 méthodes les plus envisageables et réalisables pour opérer la désextinction d'une espèce aujourd’hui éteinte: le rétro-croisement intergénérationnel, le clonage et l’ingénierie génétique. Elle exprime pour chaque, les problèmes expérimentaux rencontrés avec notre technologie actuelle mais ouvre aussi sur les conséquences écologiques et environnementales et les répercussions sur le génome de l'hybride que cela aurait lorsque nous serons en mesure de le faire. Cet article souligne aussi le fait que le TNCS a un domaine d'application se limitant à certains mammifères uniquement, n'étant encore réalisable pour des espèces ovipares (oiseaux, monotrèmes, reptiles) de par la physiologie de la reproduction de ces animaux. Une alternative possible au clonage, à peine évoquée pour le moment, consiste à éditer des cellules germinales primaires (PGC) plutôt que des cellules somatiques pour les modifier génétiquement in vitro.
Figure
3 approches de la désextinction.
A. Dans le rétro-croisement intergénérationnel (i), les individus sont sélectionnés pour la reproduction sur la base du phénotype désiré, réapparaissant après quelques générations
_B. _Lors du clonage, les cellules somatiques sont prélevées sur un organisme vivant et cultivées in vitro, puis leurs noyaux sont retirés. Simultanément, les ovocytes sont récoltés et énucléés chez l'espèce la plus apparentée à l'ancestrale. Le noyau de la cellule somatique est fusionné à l'œuf énucléé et (v) la cellule commence à se diviser. L'embryon est implanté dans un hôte maternel de substitution, lequel donne naissance à une copie génétique de la cellule somatique ancestrale.
_C. _L'ingénierie génétique extrait l'ADN d'une espèce éteinte et l'utilisé pour séquencer et assembler un génome hybride en le comparant avec celui d'une espèce vivante étroitement apparentée sur laquelle sont prélevées des cellules cultivées in vitro. Le reste du protocole est similaire au clonage.
3 approches de la désextinction.
A. Dans le rétro-croisement intergénérationnel (i), les individus sont sélectionnés pour la reproduction sur la base du phénotype désiré, réapparaissant après quelques générations
_B. _Lors du clonage, les cellules somatiques sont prélevées sur un organisme vivant et cultivées in vitro, puis leurs noyaux sont retirés. Simultanément, les ovocytes sont récoltés et énucléés chez l'espèce la plus apparentée à l'ancestrale. Le noyau de la cellule somatique est fusionné à l'œuf énucléé et (v) la cellule commence à se diviser. L'embryon est implanté dans un hôte maternel de substitution, lequel donne naissance à une copie génétique de la cellule somatique ancestrale.
_C. _L'ingénierie génétique extrait l'ADN d'une espèce éteinte et l'utilisé pour séquencer et assembler un génome hybride en le comparant avec celui d'une espèce vivante étroitement apparentée sur laquelle sont prélevées des cellules cultivées in vitro. Le reste du protocole est similaire au clonage.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.