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Titre de la review

La régulation du forçage génétique : les lacunes doivent être comblées avant d'utiliser cette méthode dans la nature

Résumé de la review

Dans le cas de reproduction sexuée, un gène est hérité à la génération suivante avec une probabilité de 50%, seulement certains gènes dits « égoïstes » ont plus de chance d’être transmis. Les nouvelles technologies génétiques ont permis d’augmenter cette probabilité pour que le gène soit transmis de façon certaine à la génération suivante. Cette technique est basée sur l’utilisation du nouvel outil génétique révolutionnaire : CRISPR/CAS 9 qui est un système de guide à ARN, cette technique marque un grand pas dans la production d’organismes génétiquement modifiés et leur utilisation. Notamment, l’utilisation de moustiques transgéniques pour lutter contre la transmission de maladies infectieuses. Après avoir repris la technologie derrière ce processus de forçage génétique (traduction de l'anglais "gene drive"), l’article porte l’accent sur la nécessité de continuer les évaluations avant de disperser cet outil dans la nature.
L’article passe tout d’abord en revue différents aspects à considérer d’un point de vue sûreté et environnement. Concernant les organismes transgéniques libérés, peu de choses sont connues sur la viabilité et la robustesse des organismes dans le temps, il n’apparaît par exemple pas impossible que la mutation ne touche qu’une partie d’une population et que de nouvelles mutations inactivant le trait apparaissent. Ils indiquent également qu’il n’est pas impossible que le trait soit transmis à une autre espèce sauvage non ciblée par l’action. Des mises en garde concernant les productions agricoles et l’humain lui-même sont également avancées, comme par exemple le fait que l’homme pourrait être mal réagir s’il se trouvait en présence d’organismes transgéniques porteurs des peptides de cas 9, nécessitant la réalisation d'études toxicologiques.
Afin d’évaluer au mieux les potentiels risques engendrés par le lâcher d’organismes transgéniques porteurs d’éléments de forçage génétique, les auteurs établissent un liste d’étape intégrant la gestion des risques environnementaux et sanitaires. De la même façon, l’étude remet en cause les acteurs et les moyens de régulation d'utilisation de ces techniques de forçage génétique. Ils indiquent que certaines institutions nationales (en prenant l'exemple des Etats Unis) et internationales devraient modifier la façon de percevoir et d’autoriser l’utilisation d’éléments de forçage génétique. La position des autorités n’est pas claire devant l’autorisation d'utiliser de telles technique et notamment en milieu naturel.

Rigueur de la review

Cette review publiée dans une revue de haute renommée met l’accent sur la nécessité de répondre aux questions manquantes avant de libérer dans la nature des organismes porteurs d’éléments de forçage génétique. Très ciblée sur les Etats-Unis dans notamment la gestion des risques par les autorités, cela s'explique par le fait que la technique provient en partie de là-bas (Jennifer Doudna entre autre) et que les auteurs viennent principalement des grandes universités américaines impliquées dans la découverte de la technique. Il y a peu de doute à avoir quant aux propos tenus qui sont plein de précautions, les mesures indiquées comme devant être prises paraissent censées et les risques évoqués de même.

Ce que cette review apporte au débat

Au delà d' expliciter la méthode de forçage génétique et l'outil génétique Crispr cas 9 qui reste utile pour comprendre la technologie sous-jacente à la controverse, cet article dresse la liste des questions actuellement sans réponse qu'il est nécessaire de considérer avant d'utiliser cette technologie dans la nature. Face aux échos de la presse, des promesses de cette méthode et de sa future utilisation dans la lutte contre les maladies cet article apporte un frein notable aux ardeurs et replace les nombreux doutes qui planent toujours dans leur contexte. Des doutes avant tout sur l'environnement, la sécurité sanitaire et plusieurs cibles (homme, culture, autres espèces..). Bien sur il s'agit de mesures de précaution à prendre en compte et les études derrière ces questions ne sont que des projets. En bref, cet article est là pour montrer que la technologie de forçage génétique qui permettra la production de moustiques transgéniques n'est pas sans ombre au tableau.

Remarques sur la review

A noter que cet article arrive dans une vague d’articles sur le sujet et les mérites de cette méthode, de même notons que le MIT (dont sont membres les premiers auteurs) est en procès de haute haleine contre l’université de Berkeley, se disputant l’antériorité de la découverte et la propriété des brevets autours.

Publiée il y a plus de 9 ans par P. Dufour.
Dernière modification il y a plus de 9 ans.
Review : Regulating gene drives