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Titre de l'article

L'influence des soins maternels dans le façonnement de la survie et de la fertilité humaine.

Introduction à l'article

La survie et le développement des jeunes dépendent des soins parentaux post-nataux (altricialité) : l'investissement parental agit donc sur la reproduction. Or chez les organismes sexués, la capacité à survivre et se reproduire définit une stratégie dite histoire de vie dont dépend la pérennité du patrimoine génétique. Chez l’humain, la survie des juvéniles est le trait à l'effet le plus important sur la fitness ; chaque trait haussant cet état devrait être d'autant plus sélectionné. Plusieurs événements évolutifs ont pu influencer le lien entre soins maternels et survie juvénile au long de l’histoire humaine (théorie de la pré-maturation) : la bipédie ayant forcée la réduction du bassin féminin et la hausse de la taille du crâne, le temps de gestation serait devenu plus court (prématurité), ce qui aurait pu accroître l'impact de la survie maternelle sur la survie infantile. L’allocare (investissement d'individus non maternels) réduit l’impact de l’absence des soins maternels sur cette survie.

Expériences de l'article

Les auteurs ont utilisé un modèle intégrant l'effet des soins parentaux sur la survie juvénile, ce qui permet de modéliser plusieurs effets évolutifs : l’altricialité, l’allocare et les soins aux enfants subadultes (qui rejoint la théorie de la grand-mère).

Ils ont étudié les conséquences évolutives de ces phénomènes sur l'histoire de vie humaine, en mesurant comment chacun influence la force de la sélection naturelle sur la survie et la fertilité selon l'âge. Pour ce faire, ils ont :

(1) modifié l'effet de la mort de la mère sur la survie précoce ou tardive de l'enfant pour imiter les scénarios évolutifs décrits ci-dessus ;

(2) calculé les élasticités de l'aptitude aux changements dans la survie et la fertilité selon l'âge. Les élasticités, utilisées en écologie évolutive, estiment l'intensité de la sélection exercée sur les traits de l'histoire de vie, donc identifient les composantes de cette histoire qui ont le plus d'impact sur la fitness.

Résultats de l'article

(Voir la figure) Les scenarii +ALT/-ALL et EFF hausse la force de sélection sur la survie à tout âge (avant 50 ans), plus qu’avec le modèle référent où cette force est (1) réduite avant 20 ans pour +ALT/-ALL, (2) haute avant 20 ans puis réduite pour +EFF.

+ALT/-ALL réduit la force de sélection sur la fertilité avant 28 ans, l’augmente ensuite dans le modèle référent. Cette force est réduite au début de la vie reproductive (15 à 22 ans), puis augmente avant de diminuer à nouveau en fin de vie reproductive (après 36 ans). La fertilité est donc réduite au plus fort de la période de reproduction.

Ainsi, tout phénomène haussant l’altricialité conduirait à un âge de maturité sexuelle plus avancé, ainsi qu'à une fécondité plus élevée et plus restreinte au plus fort de la période de reproduction. Or ces caractéristiques de l'histoire de la vie, associée à la prolongation de l’espérance de vie des femmes, sont toutes des caractéristiques fondamentales de l'histoire de la vie humaine.

Rigueur de l'article

Étant donné la grande incertitude au sujet de la démographie des hominidés précoces, les auteurs se sont penchés sur les changements qualitatifs de la force de sélection issus des soins maternels dans chaque scénario évolutif.

Par ailleurs, la sélection naturelle est la seule force évolutive prise en compte ici, alors que les mutations, la dérive génétique et la migration impactent aussi l’évolution des traits phénotypiques.

De même, le modèle +ALT/-ALL ne prend pas en considération la hausse de l’allocare au cours de l’évolution humaine, qui pourrait avoir contre-balancé l’effet de la hausse de l’altricialité. Ici, le modèle lie la survie de l'enfant seulement à celle de la mère.

Ce que cet article apporte au débat

Cet article démontre l’importance des soins parentaux sur l’apparition de la ménopause : puisque les humains sont très altriciaux et que la mère a un rôle important auprès des enfants, il est probable que la hausse de l'altricialité au tout début de l'histoire de la lignée des homininés a joué un rôle crucial dans la formation de l'histoire de vie humaine, dont ce trait si particulier qu’est la ménopause.

La relation entre la survie d’une mère et celle de sa progéniture peut être déterminante pour expliquer l'évolution de la survie et de la fertilité des espèces pour lesquelles la mort de la mère compromet les chances de survie de sa progéniture. Le modèle utilisé ici pourrait être intéressant pour l'étude des histoires de vie d'autres espèces de mammifères. Il est à noter que ledit modèle peut aussi expliquer les différences de survie entre les sexes, chez l'homme mais aussi chez les espèces de primates au sein desquelles le principal fournisseur de soins vit plus longtemps.

Figure
Légende :

Tirée de cet article – Différences des élasticités âge spécifique [epz]f - [epz]i (pour la survie) et [emz]f - [emz]i (pour la fertilité) résultant de chaque scénario évolutif (ALT/ALL et EFF), pour la référence (courbe grise) et le modèle MC (courbe noire).

Comparaison du modèle référent avec le modèle MC : maternal care. Le scénario +ALT/-ALT suppose une baisse de la probabilité de survie d’un enfant sans mère ou recevant des soins allocares (on s’attend à ce que la dépendance de la survie de la petite enfance aux soins maternels augmente).

Le scénario +EFF suppose que la survie d’un enfant sans mère ne varie pas, mais l’efficacité des soins maternels augmente la survie de l’enfant avec l’âge.

Les différences d’élasticité indiquent comment ces scenarii évolutifs modifient la force de sélection sur la survie p et la fertilité m à l’âge adulte.

Publiée il y a plus de 6 ans par A. Picaut-plat.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.
Article : The influence of maternal care in shaping human survival and fertility