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Titre de la review

Pourquoi l’étude des traits chez les espèces envahissantes nous raconte très peu de chose

Résumé de la review

Les impacts humains sur la planète n’ont jamais été aussi importants que de nos jours et ont considérablement augmenté les perturbations des écosystèmes et les flux de matières globaux. Concernant la flore, ces changements provoquèrent la prolifération d’espèces à croissance rapide, robustes, avec un temps de génération court et une dispersion efficace.

Les études des traits sur les plantes ont montré que les espèces étrangères considérées comme envahissantes poussaient plus vite, avaient plus de nutriments dans les feuilles, une plus large surface de feuille spécifique (Specific Leaf Area), des cycles de vie plus courts, se reproduisent et dispersent mieux que les espèces natives ou que les espèces étrangères non envahissantes. Les espèces envahissantes correspondent donc finalement aux espèces qui sont les plus avantagées par les changements globaux actuels, indépendamment de leur origine. D’autres études font écho à ces résultats et montrent que les espèces envahissantes possèdent des traits les rapprochant des espèces natives efficaces (notamment dans la colonisation) qui expérimentent les mêmes dynamiques de succession que les espèces dites « envahissantes ». Les activités anthropiques ont finalement augmenté l’écart entre les « gagnants » et les « perdants » dans un environnement perturbé. Cet écart dépend finalement rarement de l’origine. Par conséquent, le succès des plantes envahissantes dépend moins de leur origine que de leur phénotypes avantageux dans des milieux fortement perturbés.

Les auteurs alertent aussi sur le fait que traditionnellement, seul le phénomène d’invasion associait des espèces non-natives à de nouveaux environnement. Or, dans le contexte du changement global, toutes les espèces sont susceptibles d’expérimenter de nouveaux environnements sans changer de localité. Ce dernier point rend la distinction natives vs non-natives encore moins sensée d’un point de vue écologique. Les auteurs appellent donc à développer des approches qui permettraient de mieux identifier les traits et les histoires de vie qui procurent des avantages à certaines espèces dans un monde à évolution rapide. Ils concluent en émettant un avis sur la gestion des intérêts sanitaires et économiques qui devraient utiliser des approches plus efficaces et non fondées sur l’origine des espèces.

Rigueur de la review

Cette étude est assez courte mais les citations et le développement sont très bien amenés.

Ce que cette review apporte au débat

Cette étude apporte une synthèse intéressante vis-à-vis des différences écologiques susceptibles de caractériser et même de discriminer les espèces envahissantes. Elle témoigne de l’absence de différence écologique et fonctionnelle (en terme de traits) entre les espèces dites « envahissantes » et les espèces efficaces dans la colonisation de milieux perturbés. L’importance du changement climatique y est aussi évoquée et permet de mieux comprendre les enjeux de gestion associés à la distinction entre espèces natives et espèces non-natives qui s’avère finalement peu utile.

Remarques sur la review

Cette étude correspond à un format plus court que le format d'une review mais la structure s’éloignant des articles scientifiques, nous avons décidé de la catégoriser comme review.
Nous avons suggéré au site la création d'une catégorie Letters/Opinion pour la soumission des références tant ce format est couramment utilisé lors d'échanges d'opinions.

Publiée il y a plus de 7 ans par N. Mazet.
Dernière modification il y a plus de 7 ans.
Review : Why research on traits of invasive plants tells us very little