En 1957, James Vicary, responsable marketing dans l'état du New Jersey aux Etats-Unis, prétendit avoir démontré que des messages subliminaux pouvaient augmenter la consommation de la marque Coca-Cola et de popcorns achetés au cinéma, amenant dès 1958 à interdire ce type de publicités aux USA. Il admettra ultérieurement (1962) avoir inventé les données de son étude. Depuis, l'idée est néanmoins restée dans l'imaginaire collectif, mais l'on sait aujourd'hui que l'effet, qui existe en effet!, est bien moins spectaculaire que ce qu'il avait voulu prouver.
Être en recherche de sensations correspond à une forte impulsivité et une excitabilité importante face à la nouveauté et l'inconnu.
Ici les chercheurs ont voulu voir si ce trait de caractère pouvait influer la sensibilité à des messages subliminaux promouvants la vente de la marque Red Bull, souvent associée à ce trait de caractère.
Les auteurs ont mis en place un questionnaire en ligne pour tester les participants. Le questionnaire prenait en compte différents aspects dont notamment: la soif au moment de répondre (connue pour moduler la sensibilité à des publicités pour des marques de boissons) et la mesure dans laquelle les sujets de l'étude sont à la recherche de sensations.
Les sujets étaient aléatoirement répartis dans la catégorie contrôle (pas de message subliminal) ou la catégorie "Red Bull". Selon le groupe, les sujets se voyaient soumettre soit à l'apparition de lettres sans sens ("Lde Ublr") soit à l'inscription "Red Bull" et ce de manière non-consciente (stimulus de 33ms).
L'étude comprenait 140 sujets, tous Américains, d'âge moyen 36.5ans (SD=12.8) dont 66% étaient des femmes.
Les auteurs prouvent déjà à nouveau que leur stimulus subliminal a eu un effet sur les réponses des sujets au cours du questionnaire (p=0.02) car les sujets qui ont vu le stimulus subliminal "Red Bull" avaient une plus forte tendance à en vouloir par rapport aux autres. Cela prouve donc encore une fois que, malgré le fait que James Vicary ait reconnu avoir falsifié ses résultats en 1957, les messages subliminaux peuvent avoir un impact inconscient sur les comportements de consommation des gens.
Les auteurs ajoutent que selon les sujets et leur tendance à être en recherche de sensations ou non, les messages subliminaux en faveur du Red Bull pouvaient avoir un impact bien plus fort, en particulier chez les sujets qui sont en recherche de sensations. Les auteurs soulignent ainsi que les traits de caractères individuels sont très importants par rapport à la sensibilité à différentes publicités.
Cet article est très bien car il est clair, facile à lire et retrace en plus tout l'historique de la recherche sur la publicité et les images subliminales. Il rappelle que les images subliminales sont interdites dans la plupart des pays, mais pas le placement de produits (dans les films, la télévision, les clips musicaux, etc. etc.) qui en un sens utilise exactement les mêmes mécanismes cérébraux et peut avoir un impact sur les choix des individus au moment d'un achat.
L'article (re?)montre enfin que l'impact d'une publicité et son influence sur l'inconscient d'une personne dépendra fortement des traits de caractère de cette personne! Dans le cas du Red Bull, une personne en recherche de sensations sera plus vulnérable aux publicités de Red Bull. Cela nous rappelle aussi qu'aujourd'hui de plus en plus de publicitaires veulent faire des publicités ciblées selon les individus et leurs traits de caractères en passant notamment par les réseaux sociaux ou par Google.
La publicité exploite-t-elle notre inconscient ?
La publicité est une technique de communication qui a pour objectif de modifier le comportement des personnes exposées à un message contenant une information en relation avec le but recherché. Comme tout acte de communication, cette technique comprend:
L'inconscient décrit l'ensemble des processus mentaux qui ne sont pas compris dans le champ de la conscience. Une multitude de phénomènes psychologiques peuvent se dérouler en dehors de la sphère consciente et sous-tendre un comportement aussi banal que la marche par exemple, il convient donc de préciser les processus mentaux qui interviennent dans les comportements ciblés par la publicité.
La décision de consommation d'un produit (une barre de chocolat) dépends de nos désirs (à quel point j'ai envie de chocolat), nos croyances (à quel point je pense que ce produit est diététique si je fais attention à ma ligne), notre état actuel (à quel point j'ai faim) et d'un ensemble de biais de décision ( effet de contrastes, effet halo, etc...). Ainsi, le message publicitaire peut en principe influencer inconsciemment notre comportement à travers:
Les sous-questions qui ressortent de cette mise au point sont les suivantes:
- les questions descriptives: les annonceurs détournent-ils nos processus mentaux inconscients dans leur démarche publicitaire?
- les questions d'efficacité: les messages publicitaires atteignent-ils leurs objectifs par le biais d'influences inconscientes?
Publiée il y a presque 10 ans par N. Borderies.Dernière modification il y a presque 10 ans.