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Alors que plusieurs scientifiques se demandent si le monde est entré dans une sixième crise majeure d'extinction de la biodiversité, de nombreux phénomènes sont considérés comme responsables de cette nouvelle extinction massive de la biodiversité avec en première ligne les activités anthropiques. Un autre phénomène est aussi mis en cause: l'apparition d’espèces envahissantes dans de nombreux écosystèmes. Une espèce envahissante (ou invasive) est, par définition, une espèce non-native d'un environnement et qui se propage dans cet environnement devenant un agent de perturbation de l'écosystème dans lequel elle s'installe.

L'introduction de ces espèces invasives entraîne de nombreux enjeux écologiques (comment éviter les dégâts environnementaux effectués par les espèces envahissantes sur les écosystèmes locaux ?) et économiques (comment éviter que ces espèces invasives impactent les rendements agricoles, quelles mesures mettre en place pour les éradiquer?...) sur les territoires touchés.
Pour beaucoup de biologistes et écologistes, les espèces envahissantes sont donc nuisibles aux écosystèmes locaux et sont devenues une cause majeure d'extinction de la biodiversité.

Cependant, d'après l'étude de Jessica Gurevitch et Dianna K. Padilla , la plupart des données permettant d'affirmer cette théorie sont basées sur des observations peu viables et ne permettent pas d'affirmer que les espèces invasives sont une cause majeure d'extinction.
Mais avant de se demander si les espèces invasives sont une cause majeure d'extinction, certains chercheurs se demandent si ces espèces sont une cause d'extinction tout court. En effet, bien que de nombreuses études montrent que les espèces invasives entraînent le déclin d'espèces natives, plusieurs cas démontrent qu'elles peuvent avoir des effets bénéfiques ou neutres sur les espèces natives du milieu qu'elles envahissent.
Une controverse se met alors en place entre ces deux camps antagonistes avec, d'un côté, ceux qui pensent que les espèces invasives entraînent forcément le déclin d'une ou plusieurs espèces natives lorsqu'elles arrivent dans un nouveau milieu et, de l'autre, ceux qui pensent que leurs invasions peuvent être avantageuse pour certaines espèces natives.

Aujourd'hui, de nombreux cas d'espèces envahissantes entraînant le déclin d'espèces natives sont présentés dans l'espace médiatique public (comme le frelon asiatique ou la tortue de Floride en Europe par exemple). La publication de ces cas particuliers a amené l'opinion générale à s'accorder sur le fait que les espèces invasives sont forcément nuisibles pour notre biodiversité native. C'est d'ailleurs dans ce sens que plusieurs études, parfois peu rigoureuses, peuvent arriver à leurs fins sans forcément avoir des résultats très pertinents. C'est le cas de l'étude de A. CADI et P.JOLY où malgré le fait que leurs résultats ne permettent pas de montrer que la Tortue de Floride à un impact négatif sur la survie des Cistude d'Europe, les auteurs concluent en conseillant d'interdire l'importation de Tortue de Floride en Europe. Cependant, plusieurs chercheurs ont essayé de comprendre les mécanismes par lesquels les espèces envahissantes surpassent les espèces natives dans leur propre milieu. Par exemple, l'article de Lynda D. Corkum, Mariusz R. Sapota et Krzysztof E. Skora nous montre par quels mécanismes les gobies ont pu envahir de nouveaux milieux en entrant en compétition avec des espèces natives. L'étude de H. A. Mooney et E. E. Cleland énonce les différents mécanismes majeurs par lesquels les espèces envahissantes entraîne le déclin des espèces natives (par exemple par exclusion de niche écologique de l'espèce native par l'espèce envahissante)

Or, plusieurs études ont pu montrer que les espèces invasives pouvait être positives pour les écosystèmes locaux. Par exemple, la review de Laura F. Rodriguez recense plus de soixante articles montrant les impacts positifs que les espèces invasives peuvent apporter aux espèces natives. Parmi les différents mécanismes par lesquels les espèces envahissantes facilitent les espèces natives, on peut citer l'apport de nouvelles ressources dans le milieu (nouvelles proies pour les prédateurs natifs, création de nouveaux types d'habitats par des espèces qui façonnent le milieu, de nouveaux hôtes pour des parasites ou encore l'influence de certains producteurs primaires exotiques dans les différents cycles biochimiques,...) mais aussi la création de nouvelles interactions trophiques (de nouveaux pollinisateurs pour les plantes natives, de nouveaux prédateurs contre des proies natives en surpopulation, ....).

Afin d’expliquer au mieux ces différents mécanismes qui expliquent en quoi les espèces invasives s’installent dans un nouveau milieu et comment elles impactent (négativement ou non) les espèces natives, des chercheurs se sont penchés sur les attributs génétiques de ces espèces en les comparant avec ceux des espèces natives. Tout d’abord l’étude de Sharon Y. Strauss, Campbell O. Webb, and Nicolas Salamin nous explique que les différences d'impacts des espèces invasives peut être dû à leur éloignement phylogénétique par rapport aux espèces natives. En effet les espèces invasives nuisibles sont plus éloignées phylogénétiquement des espèces natives que les espèces invasives non nuisibles. La répulsion phylogénétique entre une espèce native et une espèce invasive nuisible serait donc une des causes du succès de ces dernières dans un même milieu.
Carol Eunmi Lee apporte une approche de génétique évolutive dans la compréhension des différences génétiques entre espèces invasives et natives. Elle a ainsi pu mettre en évidence grâce à plusieurs études que les espèces invasives possédaient bel et bien des attributs génétiques (de meilleurs niveaux de variance génétique, des hybridations, ou l'action d'un petit nombre de gènes) facilitant leurs invasions. L'article de Gary R.Huxel quant à lui nous montre comment l'hybridation entre espèces invasives et natives accélère l'invasion des espèces envahissantes et leur dominance sur les espèces natives.
Ainsi plusieurs études sur l'architecture génétique des espèces invasives ont permis de montrer que certains attributs génétiques permettent à ces espèces de surpasser les espèces natives pour s'insérer dans leur milieu cependant le faible nombre d'études sur cette architecture génétique empêche pour l'instant de définir précisément ces attributs ainsi que les différents impacts possibles des espèces envahissantes sur les natives.

Les espèces invasives ayant la capacité d'envahir de nouveaux milieux semblent avoir une plasticité plus importante que les espèces natives et donc une meilleure adaptation aux variations environnementales. Cependant, les études de Robert F McMahon et de Justin M. Valliere, Evelin B. Escobedo, Gary M. Bucciarelli, M. Rasoul Sharifi and Philip W. Rundel
qui ont cherché à démontrer cette hypothèse ont toutes deux démontré l'inverse puisque dans chacune de ces études les espèces invasives réagissaient plus négativement à des changements de conditions environnementales que les espèces natives. Ainsi ces articles montrent que les espèces ne sont pas forcément plus compétitives que les espèces natives mais que cela dépend des conditions environnementales dans lesquelles ces espèces sont en compétition et que les différents impacts de l'introduction d'une espèce envahissante peuvent variés selon ces conditions environnementales.

Enfin, la review de Erika S. Zavaleta, Richard J. Hobbs and Harold A. Mooney nous amène un nouveau point de vue sur la gestion des espèces invasives. En effet, les différents exemples analysés dans cette review montrent qu'il ne faut pas visualiser uniquement les impacts négatifs d'une espèce envahissante sur une espèce native mais qu'il faut étudier ces espèces invasives dans l’écosystème global car un impact négatif sur une espèce peut faciliter d'autres espèces natives de l'écosystème. Ainsi les différentes mesures de gestion mises en place contre les espèces envahissantes se doivent d'être très précautionneuses quant aux effets de la suppression d'une espèce invasive d'un écosystème.
De la même manière l'étude de C.E. Abbate, Bob Fischer apporte aussi une ouverture sur le fait de trouver d'autres moyens efficace de protéger les espèces invasives sans les tuer. On alloue beaucoup de moyens pour tuer les espèces invasives en négligeant des stratégies non létales.

Pour conclure, cette controverse nous montre que les espèces envahissantes ont forcément un impact sur l'environnement dans lequel elles sont introduites, elles façonnent le milieu en modifiant de nombreuse conditions biotiques et abiotiques.
Plusieurs attributs génétiques serait à l'origine du succès de ces invasions mais les études sur ce sujet sont encore trop peu nombreuses.
Ces modifications du milieu peuvent être nuisibles et pousser aux déclins d'espèces natives, or, en visualisant l'introduction des espèces envahissantes sur l'écosystème global, on découvre qu'elles peuvent être bénéfiques pour d'autres espèces natives de cette environnement.
De plus, les espèces invasives semblent être plus impactées par les variations de conditions environnementales accrues et dans un contexte de changement climatique mondiale cela nous amène à penser que les écosystèmes vont encore subirent d'importants changements de biodiversité.

Publiée il y a plus de 6 ans par C. Robert.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.