Introduction
Depuis quelques décennies une question se pose dans le monde scientifique : l' Homo sapiens actuel est-il monogame ou polygame?
En effet de nombreux acteurs se sont saisis de cette question, entremêlée des aspects religieux, sociaux, psychologiques, politiques, culturels et biologiques; cette problématique est difficile à traiter dans son ensemble. Ici, nous allons tenter d'étudier cette question, en déterminant si Homo sapiens est monogame ou polygame.
Déterminons d'abord les notions de polygamie et de monogamie : la polygamie désigne une situation dans laquelle une personne possède plusieurs conjoints à un moment donné, la monogamie considère qu'un individu se reproduit avec un seul partenaire. De plus au sein de la notion de polygamie, on peut distinguer différents modèles : la polygynie est un cas de polygamie concernant l'homme (il a plusieurs conjointe) et la polyandrie est le cas où la femme possède plusieurs partenaires.
Les Romains et les Grecs ont été les promoteurs de la pratique moderne du mariage, ils pratiquaient la monogamie apparente chez eux, mais paradoxalement ils étaient infidèles avec leurs esclaves. Pour la plupart des pays occidentaux, l'amour représente un puissant outil d'engagement, composé de passion, d'intimité et de soins, ce qui permet l'existence de la monogamie (Fetcher at al., 2013).
La notion de monogamie et de polygamie englobe différents aspects. En effet, on retrouve de la polygamie/monogamie relationnelle ou maritale ( la structure du noyau familial ) et de la polygamie/monogamie sexuelle. On distingue également la monogamie en série qui consiste en un comportement monogame, mais à cause de raisons diverses (divorce, décès...), il y a séparation du couple et les individus reforment le même type de relation mais avec d'autres personnes.
Dans cette étude, nous nous intéresserons principalement au mode reproductif (monogamie/polygamie sexuelle).
On semble retrouver les deux modes reproductifs sur l'ensemble du globe avec une prédominance de la monogamie dans certaines régions et de la polygamie dans d'autres. Divers facteurs détermineraient ce mode de reproduction, comme la répartition des richesses, l'effet culturel, la religion, la biologie et la loi imposée selon la zone géographique mais aussi le maintien de la fitness, l'allocation des ressources et l'investissement parental (Marlow, 2000)
Nous allons dans un premier temps dresser un historique de l'évolution du mode de reproduction à travers l'histoire de l'humanité, définir les facteurs ayant pu influencer et favoriser un des deux modèles, que ce soit sur le plan physiologique, développemental ou culturel.
Puis, nous tenterons d'identifier de potentiels avantages de la polygamie ou de la monogamie et de voir l'impact des différents facteurs sur la dominance d'un modèle sur l'autre dans certaines cultures.
Cette étude nous permettra de proposer une tendance concernant le mode reproductif chez Homo sapiens.
Cœur de la synthèse
Depuis son origine, l'homme a subit des changements sociaux, morphologiques et physiologiques. L'époque du passage à la vie bipède correspondrait à l'apparition de la monogamie dans les sociétés préhistoriques. Nous supposons donc que la monogamie est une adaptation à ce nouveau mode de vie qui consiste en l'utilisation de méthodes de chasse évoluées, de l'utilisation et fabrication d'outils et de la formation des groupes sociaux (Benshoof et al., 1979).
L'un des facteurs qui a pu influencer l'apparition de la monogamie est l'accroissement de la taille du cerveau. L'augmentation du volume crânien a entraîné une tendance vers les accouchements prématurés car l'os pelvien, modifié pour la vie bipède, favorisait la naissance de bébés de petite taille. La conséquence de ces accouchements prématurés est, que les progénitures sont devenues très dépendantes de leur mère, ce qui empêche la femelle de s'occuper de soi-même et nécessite donc un investissement paternel plus élevé. Cela a conduit à l'apparition de la monogamie qui permet de maintenir sa fitness tout en s'investissant dans les descendants d'une seule femelle.
L'observation du ratio de reproduction femelle à mâle dans les populations humaines nous indique qu'un homme se reproduit avec environ 1,3 femelle, ce qui suggère que l'Homo sapiens est une espèce monogame avec des tendances polygynes (Labuda et al., 2010).
Cependant, les informations d'études de traits morphologiques chez les hominoïdes semblent indiquer une tendance différente avec des hommes primitifs étant plus proches d'un mode reproductif polygyne que monogame, seul Australopithèque aurait fait preuve d'un comportement purement monogame, les premiers Homo sapiens étant polygynes (Nelson et al., 2010). En ce qui concerne les Homos sapiens actuels, les conclusions sont plus difficiles à tirer, les ratios 2D:4D, étant très variables d'une population à une autre. Cela confirme l'idée générale selon laquelle actuellement sur terre, nous pouvons retrouver à la fois la polygamie et la monogamie, en tant que mode de reproduction préférentiel.
L'étude des chromosomes Y confirme cette idée de passage de polygynie pure chez les premier Homo sapiens à une situation plus floue avec coexistence de polygamie et monogamie. En effet, selon cette étude le nombre d'hommes était beaucoup plus faible que le nombre de femmes et il n'a augmenté que récemment (aux environs de -18000 ans)(Dupanloup et al., 2003) . Cela témoigne d'une situation de polygynie primaire, qui lors des changements sociétaux (sûrement sédentarisation et apparition des cultures) limitait la compétition pour les ressources et permettait à plus d'hommes de se reproduire.
Qu'en est-il à l'heure actuelle? Il semblerait que la tendance soit à la polygynie, les ressources étant abondantes, les hommes rentrent en compétition pour en avoir le plus. Selon certains auteurs, la monogamie occidentale serait liée à un détachement de l'environnement et un impact important de la culture, de la religion et de l'histoire de la région (Bateman et al.,2006).
Schuiling (2003) démontre que la monogamie chez les mammifères est liée à l’investissement différentiel d’énergie par la mère et le père due aux caractéristiques physiologiques. Le phénomène de "mate-guarding" (protection du partenaire) évoqué précédemment semble être une des forces principales à l’origine de l’évolution de la monogamie. Il semble nécessaire pour le mâle de trouver un équilibre entre engendrer un maximum de descendants en ayant une influence faible sur leur survie et la paternité d’un nombre limité de descendants inhérente à la monogamie. Pour la femelle, c’est la recherche d’un équilibre optimal entre obtenir les meilleurs gènes disponibles et les soins parentaux qui semble être important. La monogamie de l’Homme moderne semble reposer sur des facteurs qui lui sont spécifiques : la loi, la religion, les contraintes économiques. Ces facteurs s’inscrivent dans une logique à court terme et donc changeante. Avec l’atténuation de ces facteurs, qui est caractéristique de notre époque, la nature biologique d' Homo sapiens est donc définie comme monogame quand c’est nécessaire et polygame quand c’est possible.
Des études ont montré d'autres avantages liés à la monogamie : vie plus longue et saine pour les couples monogames et leur descendance et aussi la prévention de certaines maladies vénériennes.
La manière de penser de L'Homo sapiens a aussi évolué à cause de la pression sociale, la nécessité de subsistance et d'adaptation dans son milieu. Comme l'humain est un être social qui a besoin de vivre en harmonie, il a développé des stratégies psychologiques pour pratiquer la monogamie et pour supprimer la recherche de plus d'un partenaire, stratégies liées aussi à des aspects physiologiques ("la biochimie de l'amour") : la libération de neurotransmetteurs (dopamine, sérotonine, fenil-ethyl-amine) et d'hormones (adrénaline, norepinephrine, oxytocine, testostérone et oestrogène).
Actuellement, il y a donc coexistence de la polygamie et de la monogamie, certains facteurs sociétaux favorisant l'un ou l'autre des mode reproductifs.
Dans son article Schmitt (2015) définit les facteurs influençant le choix d'une stratégie reproductive. Il sépare ces facteurs en différenciant dans un premier temps les divergences entre les sexes, puis les facteurs propres à chaque individus, pour enfin étudier les facteurs liés à la culture. En conclusion, l'auteur suggère que l'Homme possède un répertoire pluraliste de stratégies d'accouplement, organisés en terme de relations à long termes/ fort investissement et relations à court terme/faible investissement. L'activation et la poursuite de ces stratégies adaptatives varie en fonction du sexe, des circonstances personnelles et du contexte culturel. Les caractéristiques écologiques d'un environnement peuvent également avoir un rôle important dans le choix de la stratégie sexuelle. Par exemple, dans les régions à haut risque pathogène, il a été observé que les mâles ont plutôt un comportement polygyne. Si il y a un risque de maladie élevé, les hommes préfèrent augmenter la diversité génétique de leur descendance. Tandis que les femmes vont préférer des partenaires en très bonne santé. D'autres études soulèvent d'autre part, l'importance du sexe-ratio dans le pool reproductif.
Des études sont actuellement menées sur l'effet de la plasticité phénotypique et des interactions gènes-environnement. Des chercheurs suggèrent que des expériences durant l’enfance pourraient jouer un rôle fondamental dans le développement des stratégies d’accouplement (Figueredo et al., 2008; West-Eberhard, 2003) .
Conclusion et ouverture
Tous ces arguments nous permettent de conclure qu'il y a eu un passage de polygamie à monogamie chez les premiers hommes et qu'aujourd’hui, la polygynie serait un retour à l'état l'ancestral. Cependant, l'homme a toujours fait preuve d'une grande plasticité, favorisant le mode reproductif le plus avantageux à un instant donné. Il est difficile (mais pas impossible) d'appliquer les notions de fitness et de sélection naturelle ou sexuelle sur l’espèce humaine, à cause de notre haute capacité à manipuler l'environnement. L' Homo sapiens est une espèce complexe avec de nombreux cas particuliers, ce qui nous empêche d'avoir une réponse générale et absolue car chaque culture et chaque individu sont différents.
Les modes de vie évoluant, la manière de s'accoupler s'adapte aussi, en effet les occidentaux principaux représentants de la monogamie, la manière de se reproduire s'adapte aussi. En effet si la monogamie maritale reste très commune, la monogamie sexuelle stricto sensu perd son importance, en effet les divorces étant de plus en plus courants, la monogamie dite "en série" se développe. Cependant, au niveau biologique cela se rapproche aussi de la polygamie (conception d'enfants avec différents partenaires). Cette évolution des mœurs occidentales participe donc aussi au fait que le mode de reproduction privilégié chez Homo sapiens actuellement soit si difficile à définir.
Cette controverse peux en appeler d'autres : Dans le monde actuel, est-il plus avantageux d'être monogame ou polygame ? Dans les pays occidentaux, la monogamie reste-t-elle le choix le plus adapté à l'époque actuelle ?