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Introduction :

L’Union Internationale de la Conservation de la Nature (UICN) est l’une des principales organisations non gouvernementales mondiales dédiées à la conservation de la nature. Elle attribue aux espèces un statut de conservation qui sert de référence pour la communauté scientifique. Différents degrés de risque sont ainsi définis pour les espèces animales et végétales incluses dans la liste rouge de l’UICN à partir de critères définis par des groupes d’experts : Éteinte (EX), Éteinte à l’état sauvage (EW), En danger critique (CR), En danger (EN), Vulnérable (VU), Quasi menacée (NT), Préoccupation mineure (LC), Données insuffisantes (DD), Non évaluée (NE).
En 2020, un quart des espèces étudiées par l’UICN sont considérées comme étant menacées. En France métropolitaine, 12% des espèces sont considérées comme menacées dont les oiseaux nicheurs représentent le groupe le plus menacé en proportion (32%).
Il est indéniable que les activités humaines ont un impact énorme sur la biodiversité, à tel point que de nombreuses études mettent en évidence le déroulement actuel d’une sixième extinction de masse (peut être mettre en lien avec une controverse qui existe déjà justement sur le sujet). Parmi les causes principales de cette extinction, on compte principalement le climat et la perte d’habitat.
Dans ce contexte, le statut de conservation des espèces sert d’indicateur quant aux efforts de conservation à fournir pour leur persistance. De part la diversité des caractéristiques propres aux espèces on peut se demander s’il n’existerait pas des nuances entre l’évaluation du statut basé sur les critères globaux et la réalité de l’état des populations d’une espèce donnée. Est-ce que les efforts de conservation font une différence notable dans la conservation globale de la biodiversité ? Y a-t-il des exceptions ? Le changement de statut d’une espèce s’applique lorsque l’état de ses populations ou de ses habitats se dégrade. Toutefois des facteurs peuvent influencer l’effet positif attendu des efforts de conservation. Ainsi, le changement de statut de conservation d’une espèce a-t-il vraiment un impact sur son devenir ?

Bilan analyses :

Les niveaux de menaces varient fortement selon les groupes taxonomiques, par exemple 42% du nombre total d’espèces d’amphibiens sont menacées contre 20% pour les reptiles. Néanmoins, il faut noter qu’il y a de fortes disparités dans la disponibilité des données, ainsi les niveaux d’insuffisance de données pour les reptiles, amphibiens, libellules, zygoptères et les crabes d’eau douce sont respectivement de 21% et 25% (UICN, 2011), 35% et 35% (Clausnitzer et al., 2009) et 49% (Cumberlidge et al., 2009). A l'inverse, les niveaux des oiseaux (Birdlife international, 2008) sont seulement de 1% et 15% pour les mammifères (Schipper et al., 2008) . Cela peut donc fortement altérer notre compréhension des niveaux de menace (Böhm et al., 2013) et donc éventuellement l’implication dans les efforts de conservation comme ils sont dépendants du statut de conservation d’une espèce. De plus, des nuances peuvent être apportées dans la détermination du statut de conservation UICN via les critères globaux utilisés. Dans certains cas comme celui de Rhinopithecus avunculus il peut en effet ne pas prendre suffisamment en compte l’effet cumulatif des pressions observées dans l’habitat concernant l’estimation de l’état futur des populations (Meynell, 2005).
Il semble que les efforts produisent généralement des résultats positifs, par exemple Hoffmann et al. 2010 ont montré que 7% des 62 574 espèces de vertébrés étudiées ont vu leur statut s’améliorer dû aux actions de conservation et Young et al. 2014 ont montré que sans les programmes de conservation du Durrell Wildlife Conservation Trust les 17 espèces de vertébrés étudiées auraient eu un indice de survie très inférieur à celui observé. De plus, dans certains cas les efforts de conservation permettent de compenser des activités humaines qui ont de fortes répercussions sur les effectifs des populations. C’est le cas de l’antilope saiga (Saiga tatarica) pour qui les actions de conservation auraient permis d’éviter son extinction face au braconnage, malgré une forte fécondité et une large aire de distribution (Akcakaya et al., 2018). Néanmoins, des nuances peuvent être apportées sur les résultats de Hoffmann et al. 2010. Ces derniers n’ont en effet pas réalisé d’estimations des états des populations dans le cas où les actions de conservation n’auraient pas été mis en place et ont considéré les améliorations des états globaux des espèces seulement dans le cas où un changement de statut a été observé sans prendre en compte les augmentations d’effectifs insuffisantes pour changer le statut.
Le changement de statut de conservation peut également conduire à une dégradation de l’état des populations d’une espèce. En effet, le surclassement du statut de conservation peut diminuer l’exploitation des espèces modérément menacées et chassées mais au contraire augmenter la pression de chasse sur les plus menacées comme l’éléphant de savane d’Afrique (Loxodonta africana), le bison européen (Bison bonasus) et les bovidés africains en général (Prescott et al., 2011 ; Palazy et al., 2012). Cependant, il n’a pas été montré que le surclassement du statut avait nécessairement induit une augmentation des prix des trophées de chasse des bovidés africains, cette dernière pourrait être due à d’autres facteurs (Prescott et al., 2011).
Enfin, les évaluations nationales de la biodiversité représentent un coût compris entre 740 000 et 3 millions de dollars pour la recherche et il est estimé que le cumul total mondial des coûts pour évaluer tous les écosystèmes du monde représenterait 43 millions de dollars en 2025 (Bland et al., 2019). Des programmes informatiques tels que iucn-sim sont élaborés afin de produire des projections des extinctions futures basées sur les évaluations des statuts UICN (Andermann et al., 2019). Bien que ces types de programmes soient pourvus de limites, ils pourraient permettre d’adapter les efforts de conservation et d’influencer les gestions économiques.

Conclusion :

Les actions de conservation semblent nécessaires au maintien et à l’amélioration du statut des espèces dans de nombreux cas. La survie des espèces dépendra de nos capacités à acquérir des connaissances plus profondes sur l’ensemble de la biodiversité étant donné les disparités de quantités d’informations selon les espèces. En effet, il est possible que des modifications se produisent dans les écosystèmes si des actions de conservation ne sont pas mis en place pour sauvegarder des espèces dont les caractéristiques seraient méconnues et qui seraient primordiales à la continuité de l’état des écosystèmes.

Publiée il y a plus de 5 ans par M. Tournier et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 5 ans.

Cette synthèse se base sur 8 références.