Depuis les 50 dernières années, la population de nombreuses espèces a fortement décliné. L'impact de l'Homme sur les écosystèmes provoque des pertes de biodiversité irréversibles. Ces pertes sont provoqués notamment par la perte d'habitats (Rodrigues, 2006 ; Hoffmann et al., 2010). Les taux d'extinction ont dépassé les normes acceptable, et ça de deux à trois fois ce qui été prévu. Ainsi cela a des conséquences sociétales et économiques préjudiciables. Malgré quelques efforts pour éviter ces pertes, cette accélération semble vouée à continuer à travers le temps au vu du changement climatique en cours (Rodrigues, 2006 ; Hoffmann et al., 2010).
Actuellement, L’Union Internationale de la Conservation de la Nature (UICN) est l’une des principales organisations non gouvernementales mondiales dédiées à la conservation de la nature. Cette organisation a développé une liste subjective des espèces menacées en collaboration avec un groupe d'experts multidisciplinaires appelé Red List (ou Liste rouge en français). Cette liste est basée sur des critères quantitatifs et catégoriels (Mace et al. 2008). L'objectif général de la Liste rouge de l'UICN est de fournir des informations et des analyses sur l'état, les tendances et les risques d'extinctions. Ces derniers concernent les risques pesant sur les espèces, dans le but d'informer et déclencher des actions de conservation de la biodiversité(Mace et al. 2008; Betts et al., 2019).
Le statut de conservation IUCN d'une espèce semble déterminant pour les efforts de conservation qui la concerne. Dans le contexte actuel où la biodiversité diminue un peu plus chaque jour, on peut se demander si les efforts de conservation font une différence notable dans la conservation globale de la biodiversité.
Selon le Comité français de l’UICN, 2011, l’élaboration de la Liste rouge de l’UICN s’appuie sur une série de critères précis pour évaluer le risque d’extinction de chaque espèce ou sous-espèce. L’IUCN possède une méthodologie d’attribution mise en place par les experts de la Commission de sauvegarde des espèces de l’IUCN complétée par la publication de lignes directrices permettant son application à différentes échelles, notamment nationale et régionale. Au niveau national, l’IUCN récolte des données régulièrement et concerte de très nombreux experts naturalistes bénévoles.
Les catégories de la Liste rouge de l'UICN classent le risque d'extinction des espèces de Eteinte (EX) et Éteinte à l'état sauvage (EW), via les catégories menacées en danger critique d'extinction (CR), en danger (EN) et vulnérable (VU) à quasi menacée (NT) et Préoccupation mineure (LC). Une espèce est répertoriée comme Données insuffisantes (DD) si les données disponibles sont insuffisantes pour effectuer une évaluation de la conservation. Les catégories de la Liste rouge sont attribuées objectivement en fonction d'un certain nombre de critères qui indiquent le niveau de risque d'extinction. Les statuts vulnérable, en danger et en danger critique d’extinction sont divisées en 5 critères de A à E afin de cibler le type de danger (Mace et al. 2008 ; Böhm et al., 2012).
Les évaluations nationales ont nécessité 740 000 à 3 millions $ pour la recherche sur les espèces menacées et environ 60% de ce montant provient des gouvernements et 40% des organisations non gouvernementales travaillant avec le gouvernement. Il a été estimé qu’il faudrait 43 millions de dollars en plus pour évaluer tous les écosystèmes du monde d’ici 2025. Aujourd'hui l'heure est au bilan puisque les fonds alloués et utilisés poussent le gouvernement et les scientifiques à la réflexion. Cette analyse porte sur la nécessité des efforts de conservation et si les moyens mis en œuvre sont suffisants et finalement nécessaires à la conservation des espèces (Bland et al., 2019).
De nombreuses études menées dans un certain nombre d'embranchements d'organismes vivants ont démontré une certaine utilité des classements au sein de la red list de l'IUCN. En effet, en prenant des exemples concrets d'articles parus ces dernières années pour évaluer l'efficacité de l'IUCN il est possible de trouver des articles exprimant l'efficacité des classements au sein de la Red List.
Par exemple, selon (Rodrigues, 2006) 26 espèces d'oiseaux identifiées comme menacées ont été identifiées comme survivantes ce qui n'aurait jamais été le cas sans conservation. (Rodrigues, 2006) avance sans aucun doute que sans conservation, beaucoup plus d'espèces d'oiseaux se seraient éteintes. Plus particulièrement, l'exemple de l'île Maurice qui depuis la fin des années 70 aurait connu une augmentation de la population d'espèces d'oiseaux hautement menacés (Mauritius kestrel, echo parakeet, pink pigeon, Mauritius fody, Rodrigues fody et Rodrigues warbler) grâce à la gestion intensives des populations sauvages, l'élevage en captivité et remises en liberté, les manipulations de lignées, l'amélioration des sites de nid, la délocalisation etc. (Young et al. 2014).
D'ailleurs l'étude de Hoffmann et al., 2010 montre une efficacité des plans de conservation dans le cas des vertébrés, dans 7% des cas. Cette efficacité veut dire que les espèces changent de statut et donc passe à un statut d'espèce moins menacée tous due aux actions de conservations
D'une manière plus générale, chaque catégorie de vertébrés, a connu (suivant les catégories) entre 1982 et 2010 une perte de la diversité. Cependant, cette perte de diversité s'est avérée moins importante que les estimations prévues (Hoffmann et al., 2010).
En revanche, malgré l'efficacité de changer le statut de conservation pour certaines espèces avancée par certains scientifiques, d'autres montrent que les tendances prévues avant le changement de statut restent conservées. L'étude de (Yésou, 2017) montre que sur 284 espèces d'oiseaux nicheurs recensés comme menacés en France métropolitaine la situation s’était détériorée entre 2008 et 2016 pour 48 espèces, tandis que 15 seulement avaient vu leur état s’améliorer durant cette période montrant ici la petite proportion pour lequel le statut de conservation a eu un impacte. Aussi, un autre cas concret, repose sur l'étude de l'antilope Saïga (Saiga tatarica) qui a été classé tout d'abord comme vulnérable en 1996 et qui est aujourd'hui listé comme espèce en danger critique (CR). Malgré ces changements successifs de statut, son état se détériore toujours et ce depuis 1950 (Akçakaya et al., 2018 ; [lien IUCN de Saiga tatarica dernière consultation le 23/11/2020].(https://www.iucnredlist.org/species/19832/50194357)). Cette baisse continue de la population est sans doute due notamment à la haute valeur des produits qui en dérivent pour la médecine chinoise (braconnage). Cette inefficacité engendre un risque d'extinction en absence de conservation. Néanmoins, Akçakaya et al., 2018 assure que l'espèce semble modérément à largement dépendante des actions futures de conservation sans quoi son état se détériorait fortement et des efforts maintenus pourraient permettre son rétablissement même avec un fort risque d'extinction.
Au contraire de tout ce qui a été cité jusqu'à présent, quelques articles avancent que le changement de statut de conservation provoque l'effet inverse de ce qui était escompté. En effet, les résultats montrent que bien qu'un statut IUCN plus protecteur diminue l'exploitation des espèces modérément menacées, la pression de chasse sur les plus menacées augmente en contrepartie. Ces résultats montrent possiblement la conséquence d'un anthropogenic Allee effect ou traduit en français par un effet Allee anthropique (AAE). Ce phénomène décrit l'exploitation disproportionnée des espèces les plus rares et donc traduit que pour certaines espèces le surclassement du statut de conservation peut mener à une diminution plus grande de leurs effectifs sous certaines conditions, ici l'intérêt pour la chasse (Palazy et al., 2012). Des travaux antérieurs ont montré que plusieurs facteurs, dont le pays d'origine, la taille, la rareté et le "charme", déterminent le prix du trophée pour chaque espèce lors des différentes chasses. L'étude de Prescott et al., 2011 a démontré que les prix des trophées des espèces de bovidés dont le statut UICN s'est détérioré ont augmenté davantage que ceux des espèces dont le statut s'est amélioré ou n'a pas changé. Cependant, les auteurs émettent un point de réserve sur ces résultats puisque bien qu'ils aient montré que la détérioration du statut de l'UICN est corrélée à des augmentations relatives des prix des trophées de bovidés, ils n'ont pas montré que c'est réellement ce changement de statut qui a provoqué le changement de prix. Dans cette étude, les auteurs proposent l'idée que la demande pour l'espèce en question peut avoir augmentée pour des raisons indépendantes (comme un changement de mode) à celle qui a conduit à la détérioration du statut. Personnellement, nous ne pensons pas que c'est le changement de statut IUCN qui provoque une augmentation des prix mais plutôt le fait que les chasseurs observent une diminution de la population et donc prennent conscience de la rareté de cette espèce et de la complexité à la chasser provoquant ainsi l'augmentation des prix. Du coup nous ne sommes pas réellement sûr que ce soit le changement de statut qui provoque une augmentation des prix et donc une augmentation de la chasse d'une espèce en particulier. Dans tous les cas, à l'heure actuelle, la Liste rouge de l'UICN n'énumère pas la chasse aux trophées comme une menace majeure pour aucune des espèces étudiées et donc l'IUCN avance que la chasse aux trophées est peu susceptible d'avoir causé une détérioration de l'état des populations.
En conclusion, malgré le fait qu'il existe encore quelques réserves sur l'efficacité des changements de statuts sur la Red List de l'IUCN, les scientifiques sont presque tous d'accord sur le fait qu'il vaut mieux conserver ce système tout en l'améliorant au fil des années et continuer les efforts de conservations. Grossièrement, nous pouvons dire qu'il vaut mieux essayer de sauver les espèces plutôt que de ne rien faire puisque bien que les baisses absolues et proportionnelles des indices de la Red List pour chaque groupe taxonomique aient été faibles, elles représentent des pertes de biodiversité considérables (Hoffmann et al., 2010). Par exemple, la perte des amphibiens toucherait 662 espèces, chacune déplaçant une catégorie de la Red List vers l'extinction au cours de la période d'évaluation.
La précision de la RedList est malgré tout remise en cause sur certains points. En effet, Meynell, 2005 entre autres énonce le fait que la détermination du statut de conservation uniquement basée sur des critères globaux peut être biaisée. Ces critères peuvent en effet ne pas prendre en compte un effet cumulatif des pressions observé sur le terrain comme c'est le cas pour Rhinopithecus avunculus, son exemple cité sous estimé selon eux par les critères de l'IUCN. Aussi, il est souvent avancé que les espèces classées comme non menacées sont alors négligeaient par le pays ou la région (ref).
Aussi une étude de Cardoso et al., 2011 a démontré une sous estimation du statut Red List pour les invertébrés. En effet, les auteurs avancent que les critères (de A à E) ne sont pas adaptés pour évaluer les invertébrés. Dans cet article, les auteurs suggèrent une incorporation plus explicite des EOO (Extent of occurence) et AOO (Area of Occupancy).
Dans un avenir proche, il serait donc nécessaire d'étoffer encore plus les critères déjà pris en compte par l'IUCN et de renforcer les projets de conservations pour les espèces aux statuts menacés en mettant en place un vrai protocole et une marche à suivre lors d'un passage en statut menacé. Aussi, la redList comme spécifié dans l'introduction, a pour objectif de fournir des informations sur l'état des espèces pour informer et déclencher des actions de conservation de la biodiversité. Cependant, il n'existe encore aucune obligation de prendre en compte les statuts de la RedList il faudrait donc peut être mettre en place des lois autour de cette organisation obligeant les pays à prendre des dispositions pour protéger les espèces menacées.