1- Introduction
Les polymères synthétiques, appelés plastiques, sont les matériaux les plus utilisés dans le monde et leur production a augmenté de façon exponentielle au cours des dernières décennies. Ces matériaux présentent l'avantage d'être peu coûteux, durables et solides, et pour une grande majorité à usage unique. Leur grande mobilité a pour conséquence leur forte présence dans les milieux aquatiques, y compris dans des zones éloignées de toutes activités humaines comme les régions polaires où ils sont transportés via les courants océaniques. Les composés plastiques retrouvés dans l'environnement présentent une grande hétérogénéité de taille, de composition et d'origine. Ils peuvent être classés en groupes selon leur taille. On retrouve ainsi les macroplastiques (>25 mm), les mésoplastiques (entre 5 et 25 mm), les microplastiques (entre 20 µm et 5 mm) et les nanoplastiques (<20 µm). Durant leurs transports, les plastiques vont peu à peu se fragmenter sous l’effet mécanique des vagues, de la température, des ultraviolets, des bactéries... et former des microplastiques.
L'omniprésence des microplastiques dans les écosystèmes marins a soulevé de nombreuses questions sur leurs potentiels effets au niveau des organismes et de leur environnement. En effet depuis le début des années 2000, de plus en plus de scientifiques s'inquiètent de ce problème et tentent de quantifier et d'évaluer les impacts des microplastiques, en particulier sur les écosystèmes marins. Cependant ce sujet soulève actuellement des débats au sein de la communauté scientifique qui s’interrogent sur leur réelle menace. Nous allons tenter de répondre à cette question en déterminant quels sont les impacts des microplastiques sur les écosystèmes aquatiques, et en essayant d'évaluer les risques engendrés par ces composés.
2- Les microplastiques un problème du monde moderne à échelle mondiale
Depuis l'apparition des premières études sur les microplastiques dans les années 70, ce sujet n'a cessé de préoccuper les chercheurs dans diverses disciplines. En effet le nombre d'articles scientifiques concernant les microplastiques est en constante augmentation, en particulier ces dernières années grâce à une prise de conscience des impacts des activités anthropiques sur les écosystèmes. Les différentes études sur les microplastiques sont donc devenues prédominantes. De nombreux articles démontrent que les microplastiques sont présents à l'échelle mondiale, dans les écosystèmes marins et d'eau douce et peuvent induire des effets néfastes au sein de ces milieux.
D'après ShenXu et al., 2019[1], les principaux effets toxiques des microplastiques ingérés par les organismes marins affectent leur croissance, leur reproduction et leur survie. Il a été démontré qu’ils induisaient un important stress oxydatif et de la neurotoxicité. Les microplastiques sont retenus dans les branchies suite à la filtration de l'eau mais aussi ingérés et internalisés dans le tractus gastro-intestinal et dans le muscle dorsal. L'étude de Barboza et al., 2019[2] porte sur 3 espèces de poissons commercialisées (Dicentrarchus labrax, Trachuras trachuras, Scomber colias) représentées chacune par 50 individus. Parmi les 150 poissons sauvages analysés, 49% recèlaient des microplastiques dans leur organisme. Cette étude a également mis en évidence des effets neurotoxiques via une augmentation du niveau de peroxydation lipidique et de l'activité acétylcholinestérase.
Les microplastiques sont bioaccumulables et peuvent donc impacter toute la chaîne alimentaire, y compris l'Homme.
Il est montré que les microplastiques accumulent des concentrations élevées de polluants organiques (HOCs) et de métaux. En effet l'affinité spécifique des microplastiques pour divers contaminants organiques hydrophobes (HOCs) a été déterminée dans de nombreuses études en laboratoire et sur le terrain. Il existe de nombreuses preuves sur le terrain montrant que les débris de plastique génériques accumulent des polluants organiques. Dans certaines études (in situ) un fort enrichissement de HOCs , dépassant souvent 106 fois leur concentration dissoute, a été trouvée dans les polymères[3]. Le fait que les microplastiques puissent accumuler des polluants peut potentiellement augmenter leur toxicité et leurs effets néfastes sur les organismes.
La grande majorité des études de toxicité des microplastiques sur les organismes aquatiques, parmis des centaines, sont réalisées en laboratoire. Au sein de la plupart de ces études 3 scénarios sont les plus fréquemment utilisés : le premier consiste utiliser un organisme naturellement contaminé par les microplastiques et à lui faire ingérer des microplastiques contaminés (qui ont absorbé des polluants organiques), le deuxième utilise un organisme non contaminé à qui l'on fait consommer des microplastiques contaminés et le troisième scénario consiste à utiliser un organisme contaminé qui consomme des microplastiques non contaminés.
Une expérience a montré que des poissons zèbres (Danio rerio) qui consommaient des microplastiques de polystyrène en forme de billes de différentes tailles présentaient des symptômes graves liés à l'ingestion de ces microplastiques, et notamment une perturbation des réactions métaboliques au sein du foie[4]. Une autre étude a été réalisée sur des medaka japonais (Oryzias latipes) exposés à un mélange de polyéthylène avec des polluants chimiques. Les poissons répondaient aussi à l'effet de la toxicité des microplastiques au niveau du foie, induisant des pathologies[5]. On peut donc en déduire que les polluants contenus dans les microplastiques induisent des stress chez les poissons en particulier au niveau du foie qui est un organe reconnue pour l'élimination des toxines.
Sur un nombre moins important d'études, nous retrouvons également les microplastiques dans les écosystèmes d'eau douce. Wagner et al. [6] ont montré le rôle important que jouent les lacs et les rivières dans le stockage et la dispersion des microplastiques. Des milliards de particules sont ainsi évacuées dans les systèmes d'eau douce ou emmagasinées dans les sédiments, en particulier autour des grandes métropoles.
3- Les effets sont-ils surestimés?
Depuis quelques années, une part de la communauté scientifique a émis des doutes quant aux résultats obtenus dans la quantification des microplastiques et la caractérisation de leurs effets. C'est le cas notamment de G. Allen Burton, expert en écotoxicologie, qui dans une lettre [7] a écrit que les méthodes actuelles utilisées pour étudier les microplastiques ne sont pas adaptées. Par conséquent, les concentrations en microplastiques obtenues dans la plupart des analyses sont biaisées et surestimées. Pour lui, ces concentrations restent inférieures au seuil limite de risque et ne présentent donc aucun danger. Cette analyse a permis d'initier un débat sur l'évaluation des risques liés à ces composés plastiques. Dans une lettre de réponse [8], R.C. Hale admet l'existence d'un biais dans la méthodologie mais pense au contraire que ces concentrations sont sous-estimées.
Un nouveau modèle d'évaluation du risque est élaboré en 2018 [9]. Cette approche a permis de créer un modèle en combinant de nombreux facteurs afin de déterminer l'évolution de l'exposition. Les résultats indiquent que des effets néfastes peuvent se produire dans les régions les plus polluées. Cependant globalement les microplastiques n'induiraient pas de risques avant 2100.
L'étude portant sur l'huître du Pacifique (Crassostrea gigas) [10], n'a pas montré d'effets toxiques en utilisant des concentrations de microplastiques reflétant les conditions environnementales. Les paramètres métaboliques de cet organisme filtreur ont été mesurés : la clairance, l'altération des tissus, la défense anti-oxydante, et les dommages de l'ADN. Aucun effet néfaste n'a été trouvé malgré l'association de fragments de polyéthylène et de polypropylène, deux microplastiques retrouvés très fréquemment dans les écosystèmes aquatiques.
4- Des biais méthodologiques et un manque de données présents dans les études.
Le point sur lequel l'ensemble de la communauté scientifique semble s'accorder est le manque d'informations et de données. En effet, la plupart des études indiquent un certain nombre de biais dans leurs résultats. L'analyse toxicologique des microplastiques est actuellement peu précise. Comme l'explique Backhaus et Wagner [11], la qualité des données est cependant importante afin de définir et gérer le risque lié aux microplastiques de manière réaliste et fiable.
Il faudrait par exemple réaliser des mélanges de tailles de microplastiques, de nombreuses études utilisent des billes de plastiques car c'est la forme la plus facilement commercialisée. La majorité des études sont réalisée en laboratoire et ne sont pas représentative du milieu naturel. En effet l'absence de la force mécanique des vagues conduit à une agrégation des microplastiques ce qui conduit à des concentrations plus élevées que dans les milieux environnementaux. De plus peu d'études prennent en compte la densité des microplastiques qui est le principal facteur affectant la distribution des microplastiques dans la colonne d'eau. En effet en fonction de la position des microplastiques, différents organismes seront affectés, le choix du polymère pour l'étude doit donc être réalisé en fonction de cela [12].
Afin d'harmoniser les études, Cunningham et al proposent d'uniformiser les unités de concentrations de microplastiques mesurées en microparticules/kg (de sédiments) ou en microparticules/L (de fluide) afin de pouvoir comparer les analyses [13]. Les auteurs souhaitent que les doses de microplastiques utilisées ne soient pas extrêmes mais correspondant aux concentrations environnementales, puisque dans leur méta-analyse, 82% des doses employées étaient très élevées et sans pertinence environnementale.
Selon Silva et al. [14] il faudrait établir des protocoles standardisés de l'échantillonnage à l'identification et la quantification. Il serait judicieux d'étudier des associations de plus de deux microplastiques afin d'étudier ce qui se passe réellement dans les écosystèmes. Enfin, la création d'une base de données permettant d'avoir accès aux spectres d'identification et aux caractéristiques des polymères semble s'avérer pertinente.
Conclusion et ouvertures
En conclusion, les microplastiques constituent bien un problème d'ordre mondial. En effet bien que les polluants tels que les biphényles polychlorés soient interdits à la production industrielle, les humains ont toujours une demande croissante en matières plastiques et en caoutchouc car des produits alternatifs ne sont pas disponibles à ce jour [15]. La compréhension précise de leurs effets sur les écosystèmes est indispensable et demande donc des études complémentaires et une harmonisation des connaissances. Les microplastiques représentent un sujet qui touche non seulement le domaine de la recherche mais également le domaine public. En effet la médiatisation et la vulgarisation peuvent influencer le monde de la recherche et entraîner une hiérarchisation des problèmes environnementaux. Certains scientifiques pointent cela et craignent que des problèmes écologiques plus urgents soient moins étudiés au profit des travaux sur les microplastiques.
Afin de diminuer l'impact des microplastiques sur les écosystèmes et les organismes il est nécessaire de sensibiliser les consommateurs sur l’urgence de recycler les plastiques existants et de privilégier l'utilisation de plastiques biodégradables comme le polyactide. Il est urgent de développer également de nouvelles approches d'études in situ mais aussi en laboratoire afin de déterminer les impacts réels des microplastiques à des concentrations représentatives de celles trouvées dans l'environnement.
Publiée il y a plus de 6 ans par A. Mautuit et collaborateurs..
Microplastiques, une réelle menace pour les écosystèmes?
Le plastique est sans aucun doute le polymère synthétique le plus largement utilisé par l'homme moderne. La fragmentation continue des articles en plastique immergés dans le milieu aquatique a entraîné la production de minuscules particules de plastique appelées microplastiques (MPs). De nombreuses études ont été réalisés sur le sujet pour montrer les dangers et la toxicité de ces MPs dans l’environnement et sur la biodiversité. La plupart de ces études montrent des effets très négatifs. Mais certains chercheurs ne sont pas en accord avec ces études et pensent que les risques liés au MPs ont été surestimés.
Les effets des Microplastiques sur les écosystèmes ont-il été surestimés?
Publiée il y a plus de 6 ans par A. Mautuit.Quelles menaces représentent les Microplastiques sur les écosystèmes?
Dernière modification il y a plus de 6 ans.