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Introduction

Le tourisme est l’activité économique se développant le plus rapidement dans le monde, notamment une de ses variantes: l’écotourisme (B.Geffroy, 2015). C’est une activité touristique responsable du point de vu des communautés locales et de l’environnement, réalisée près de réserves naturelles mettant en avant les actions de conservation. Ce genre d’activité est censé causer peu d’impacts négatifs et favoriser l’économie locale (P.Lindsey, 2009). De nombreuses études se sont intéressées à l’écotourisme et à ses effets, tant du point de vu de la biodiversité que de l’impact sociétal. Celles-ci ont aussi analysé l’efficacité de l’écotourisme en matière de conservation. Des conclusions très antagonistes ont été obtenues, donnant naissance à une controverse scientifique. Deux avis sont en opposition: un point de vu montrant l’écotourisme comme un coup de projecteur sur la biodiversité, permettant d’attirer plus de touristes et ainsi financer des actions de conservation (F.Monti, 2018). L’autre avis voit plutôt ces activités comme une menace pour les espèces en danger et la biodiversité, en mettant en avant les risques de modification du comportement, l’apparition de zoonoses etc. Nous avons cherché à collecter de manière objective des informations sur cette controverse. Pour présenter ces recherches, nous verrons d’abord quelques exemples d’effets de l’écotourisme sur la biodiversité, nous verrons ensuite que l’écotourisme peut sensibiliser le public à la conservation des espèces. Enfin, nous verrons que les effets de l’écotourisme sont complexes et peuvent être limités via la mise en place de certaines mesures.

I) Quelques effets mesurables de l’écotourisme sur la biodiversité

Avec un total de 217 155 aires protégées à travers le monde (M.Canteiro et al., 2018), un panel d’activités est proposé aux touristes. Celles-ci, en amplifiant les rapports entre l’Homme, les autres espèces et les écosystèmes, peuvent entraîner de fortes perturbations. Dans la littérature, plusieurs cas d’effets négatifs sont présentés, pouvant aller jusqu’à mettre en péril l’une des principales fonctions de l’écotourisme, la protection d’espèces menacées.
De nombreux papiers mettent en avant des impacts immunitaires et physiologiques liés à l’écotourisme, ainsi T.Goldberg (2008) prouvent la transmission de paramyxovirus humains à des populations de chimpanzés. Nous observons également la propagation d’infections bactériennes avec un risque accru de transmission de gènes de résistance aux antibiotiques de l'Homme aux chimpanzés avec l’étude de T.Goldberg et al. (2007). Des effets liés au niveau de stress sont aussi observés, comme chez des iguanes marins, chez qui on note la diminution des capacités immunologiques et une augmentation du stress oxydatif liée à l’augmentation des perturbations et des activités touristiques (S. French et al.,2017).
D’autres effets, sur le comportement des individus, avec des effets en cascade sur les populations et les communautés ont aussi été rapportés. B.Geffroy et al. (2015) expliquent comment les comportements anti-prédateurs pourraient être altérés, rendant les animaux sauvages particulièrement vulnérables à la prédation ou au braconnage. La présence humaine peut entraîner l’habituation d’espèces sauvages à la présence de l’Homme, c’est à dire la diminution de la réponse des individus à un stimulus à cause d’un contact répété avec celui-ci. Ces effets de modifications du comportement peuvent avoir un effet transgénérationnel (A.Møller, 2017).
D’autre part, l’écotourisme peut avoir un effet négatif sur l’investissement en matière de procréation et entraîner un déclin de la population à long termes comme c’est le cas chez les iguanes marins (S.French et al.,2017). Des conclusions similaires ont été obtenues dans l’article de F.Monti (2018) sur le Balbuzard pêcheur.
Concernant l’impact de l’écotourisme sur les écosystèmes forestiers, celui-ci est souvent négatif du fait de la déforestation qui y est associée, créant une perte d’habitats et une fragmentation du paysage (J.Brandt et R.Buckley, 2018 ; E.Broadbent et al., 2012). En effet, l’afflux de touristes et les services aux touristes s’accompagnent d’une augmentation des besoins en bois de construction et de chauffage (J.Brandt et R.Buckley, 2018). Les activités de loisirs comme la randonnée semblent entraîner une activité microbienne plus faible et un appauvrissement en composés organiques au niveaux des zones perturbées. ce qui perturbera aussi les communautés végétales et les cycles biogéochimiques associés aux sols (M. Lucas-Borja et al., 2011).

Toutefois, l’impact de l’écotourisme peut s’avérer positif sur les écosystèmes terrestres et aquatiques. Ainsi, l’écotourisme permet parfois de mettre en place une reforestation des écosystèmes forestiers même si cela se fait parfois en parallèle d’une déforestation de la forêt primaire (J.Brandt et R.Buckley, 2018).
D’après une étude réalisée en 2018 par C.Wen et al., l’apport de nourriture par les touristes pour attirer les poissons, activité souvent déconseillée en raison de ses effets négatifs présumés sur la santé et le comportement des poissons, s'avère être bénéfique pour la diversité spécifique. De plus, cette étude nous montre que la plupart des poissons herbivores approvisionnés ne réduisent pas leur consommation d'algues benthiques, le fonctionnement de l’écosystème ne semble donc pas perturbé. Cette étude apporte donc un point de vue différent, l'impact de l'approvisionnement pouvant se montrer positif. Un autre impact positif est celui observé avec la mise en place par des sociétés de tourisme commercial de zones protégées, souvent associées à des agences de parcs et à des organisations non gouvernementales de défense de l'environnement. Cela permet de garantir la conservation des espèces menacées, notamment les oiseaux et les primates (R.Buckley, 2011; L.Puhakka et al.,2011). Ce genre de pratique permet également d’associer la population locale à la conservation, le tourisme étant une source importante de revenus pour elle. En conclusion, il serait peu pertinent de considérer l’écotourisme comme une activité systématiquement négative pour la biodiversité.

II) Des effets positifs sur l’intérêt du public pour les actions de conservation

Un argument majeur en faveur de l’écotourisme est son action sur le public, pour mettre en avant les actions de conservation. D’après les articles étudiés, il semble que deux obstacles puissent se dresser face à ce rôle. Pour que l’écotourisme puisse promouvoir les actions de conservation, il doit toucher beaucoup de personnes d’horizons variés. Or, d’après W.Lee et G.Moscardo, ces activités semblent s’adresser à un public d’initiés, c’est à dire à des personnes ayant déjà conscience de l’importance de la préservation de la biodiversité. Cependant, tous les participants n’ont pas la même connaissance des actions de conservation, l’écotourisme a donc bien un rôle à jouer dans la prise de conscience collective, même si cela ne concerne qu’un panel réduit de touristes. Le deuxième obstacle pour l’écotourisme est l’importance des grandes espèces emblématiques pour attirer le public dans les réserves naturelles. Une telle préférence des touristes pour un nombre réduit d’espèces pourrait compromettre le rôle de l’écotourisme dans la conservation de la biodiversité dans son ensemble. D’après l’étude de P.Lindsey et al., les espèces emblématiques semblent importantes surtout pour les visiteurs peu expérimentés. Les personnes ayant déjà participé à plusieurs voyages en lien avec l’écotourisme semblent en effet plus sensibles à la conservation des paysages et des espèces plus discrètes comme les insectes. Malgré quelques contraintes, il semble donc, d’après ces études, que l’écotourisme puisse remplir son rôle de sensibilisation auprès du public et ainsi financer des actions de conservation de la biodiversité.

III) Vers un encadrement plus ferme et une étude plus fine des conséquences de l’écotourisme

Nous avons vu que l’écotourisme pouvait avoir des impacts directs sur les espèces, leur comportement etc. Cependant, ces impacts ne sont pas toujours visibles selon l’espèce ou le trait étudié. Ainsi, l’étude de A.Rodríguez et al. sur l’éclairage artificiel de colonies de pingouins n’a pu mettre en évidence un effet de cette perturbation sur la dynamique des colonies. Toutefois, il est possible que cet impact soit présent au niveau physiologique. Cet exemple souligne le fait que des études, mêmes poussées ne suffisent pas toujours à mettre en avant les effets de l’écotourisme. La plupart des recherches portent sur les impacts immédiats et facilement visibles et trop peu sur les impacts indirects, nécessitant un équipement sophistiqué pour une détection fiable (R.Buckley, 2011).
D’après M.Canteiro at al., la nature des impacts de l’écotourisme sur la biodiversité dépend de l’adéquation entre les plans de conservation et les activités touristiques. Un écosystème fragile peut mal supporter une activité touristique suscitant une forte fréquentation. Un autre exemple de cette non-adéquation entre mesures de conservation et pratiques touristiques peut-être vu si la chasse reste autorisée dans les parcs, dans quel cas les actions de reforestation pour favoriser les espèces en danger n’auront pas forcément d’effet (E.Broadbent et al., 2012). Pour éviter ce cas de figure, des critères existent comme la “capacité de charge maximale en touristes”. Ces méthodes ont cependant des inconvénients et ne sont pas toujours efficaces pour détecter les dangers potentiels qui pèsent sur la biodiversité. C’est pourquoi l’article de M.Canteiro et al. propose un critère plus performant pour minimiser les risques environnementaux et maximiser l’adéquation entre mesures de gestion et écotourisme: l’analyse de l’impact touristique. Cette analyse se compose de quatre étape: Identification des menaces potentielles; choix des fonctions écologiques à étudier (biotiques et abiotiques); description des impacts et enfin mise en place de critères d’évaluation de l’ampleur des impacts. Cette méthode poussée pourrait permettre une meilleure appréciation des risques de l’écotourisme.
Enfin pour un meilleur contrôle, les aspects juridiques et économiques semblent importants. Ainsi, d’après J.Brandt et R.Buckley, les cas où l’écotourisme a un effet positif sur la protection des forêts ont plusieurs points communs : la prise d’engagements de conservation, une délimitation spatiale régie par des lois de conservation, la création d’avantages économiques directs aux familles locales et une surveillance de la zone protégée. Sous ces conditions et lorsque le pays est en situation politique et économique stable en termes de gouvernance forestière, une protection voir une reforestation peut avoir lieu. La mise en place d’une législation claire serait également une étape importante pour aider les touristes à choisir leur destination de vacances. On dénombre une centaine de d’éco-certifications et éco-avertissements mais il y a cependant peu de preuves que cela garantisse un impact limité de ces activités sur l’environnement (R.Buckley, 2011).

Conclusion

Si les impacts de l’écotourisme sont étudiés directement sur les écosystèmes, des mesures prisent en amont peuvent les minimiser. Parmis ces actions on trouve un comportement responsable des touristes ainsi que des mesures de la part des institutions sociales (R.Buckley, 2011). Bien que reconnues comme primordiales dans le travail de prévention des risques liés à l’écotourisme, les collaborations entre biologistes et sociologues, restent relativement rares (R.Buckley, 2011).
En somme, l’impact de l'écotourisme sur la biodiversité est très mitigé. En effet, l'influence des touristes peut être positive ou négative selon l’espèce étudiée, l’écosystème ou les méthodes d’étude et de la gestion du tourisme. Nous avons vu que souvent, l’écotourisme allait à l’encontre de la conservation des espèces et des écosystèmes, ce qui souligne l’importance d’accorder une attention particulière aux activités développées et de faire en sorte qu’elles soient adaptées aux conditions du milieu. En outre, le panel de techniques utilisées et les biais qui y sont associés attestent de l’importance de l’adoption de nouvelles méthodes d’évaluation des effets de l’écotourisme comme celles suggérées par M.Canteiro et al. en 2018, qui pourraient être une solution pour une évaluation plus fiable.

Publiée il y a plus de 7 ans par E. Fleurot.
Dernière modification il y a plus de 6 ans.

Cette synthèse se base sur 16 références.