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​​Introduction
Le développement urbain a connu une croissance exponentielle, jusqu'à 54 % de la population mondiale vit dans des villes. L'urbanisation devrait encore s'étendre à mesure que la population continue d'augmenter. Ces paysages urbains présentent des différences prononcées en terme de facteurs abiotiques tels que le bruit, la lumière artificielle nocturne ou les niveaux de pollution atmosphérique et de facteurs biotiques tels que de nouvelles ressources alimentaires ou une prévalence accrue d'agents pathogènes.

Autrefois considérés comme un habitat approprié pour un petit sous-ensemble d'espèces sauvages, les écosystèmes urbains sont aujourd'hui utilisés par un large éventail d'espèces sauvages qui étaient auparavant associées à des paysages ruraux ou à des zones sauvages non développées. La présence de ces espèces dans certains milieux offre parfois une valeur esthétique pour l'Homme. Cependant, les conséquences négatives de leur présence et de leur reproduction à proximité de fortes densités humaines peuvent être considérables. Les conflits entre la faune sauvage et l'homme sont de plus en plus fréquents, à la fois parce que les populations de faune sauvage augmentent en nombre mais aussi parce que les paysages suburbains continuent de s'étendre à partir de l'épicentre urbain.

Les individus résidant dans ces zones urbaines sont exposés à un nouvel éventail de stress par rapport à leurs homologues ruraux. Les contraintes imposées aux écosystèmes urbains obligent les espèces sauvages à modifier leur comportement de manière à éviter ou à atténuer le stress. Certains individus, espèce ou populations sont capables de réussir et de s'adapter dans ce nouvel environnement urbanisé et d'autre non.
Ces modifications des populations sauvages induites par l'urbanisation sont-elles génératrices ou destructrices de la biodiversité ?

Cœur de la synthèse
L'urbanisation peut engendrer des modifications de comportement ou du cycle de vie mais aussi des adaptations (micro évolution) de certaines espèces pouvant avoir des conséquences sur leur survie, leur reproduction, leur état de santé et leur régime alimentaire. Ces conséquences varient selon les espèces, les localisations géographiques et le degré de l'urbanisation.[1][2]

Une étude sur la physiologie du stress oxydatif présente des effets spécifiques aux espèces, en terme de réponse à l'urbanisation. Les différences de condition physique pourraient être à l'origine des capacités contrastées des espèces à prospérer dans les zones urbaines (c'est-à-dire à exploiter les villes). Mais ces différences de conditions physiques ne seraient pas dû à l'urbanisation mais à l'espèce elle même.[3]

Les communautés à faible diversité ou situées dans les paysages anthropiques présentent une stabilité temporelle plus faible que des communautés plus diversifiées ou entourées de plus de paysages semi-naturels. La déstabilisation des populations et des habitats entraine une augmentation des risques de l'extinction et donc renforce l'effet négatif de la perte de biodiversité.[4]

L'urbanisation pourrait avoir un fort impact sur le fonctionnement des écosystèmes, car elle affecte négativement les groupes qui jouent un rôle central dans une variété de processus écologiques, comme le cycle des nutriments, la pollinisation ou la prédation. Les réponses à l'urbanisation dépendent fortement du groupe examiné, de l'échelle de l'urbanisation et de l'échelle à laquelle la diversité est évaluée.[5] Par exemple, une étude sur différents groupes d'espèces a montré que des plantes majoritairement non-natives et mobiles profitent de l'urbanisation. Alors que d'autres groupes tels que des papillons et des oiseaux sont soumis à un impact négatif de l'urbanisation, avec une homogénéisation des espèces d'oiseaux urbains. Les espèces mobiles sont plus sensibles à la fragmentation d'habitat, induite par l'urbanisation, que les espèces pas ou peu mobiles. L'impact de l'urbanisation peut être considéré comme indirect, impactant plutôt le changement d'habitat, comme la perte de végétation nécessaire à certaines espèces.[6]

Des études sur des moustiques ou sur des bousiers ont montré que le degré d'urbanisation influence la richesse spécifique. [7][2] Dans des zones urbaines, la richesse spécifique est réduite au profit par exemple d'une plus grande densité de larve de moustique ou une meilleure dominance de certaines espèces, souvent due à la flexibilité de leur physiologie. Alors que les milieux ruraux ont plus d'habitat naturel qui supporte une plus grande richesse spécifique. Certaines espèces sont dans l'incapacité de coloniser ou de survivre dans les milieux urbains. L'urbanisation impacte alors positivement la survie des espèces ayant un large tolérance environnementale.[7]

L'urbanisation peut avoir un effet positif tant que celle-ci n’est pas excessive. De petits fragments de forêt dans les zones urbaines présentent une meilleure distribution des individus et une meilleure abondance de richesse spécifique par rapport à des zones très urbanisées.[2] Il y a donc une augmentation de la richesse spécifique dans les zones où l’urbanisation est modérée ou faible. Mais il est important de noter que cette augmentation est surtout valable pour les espèces de plantes et de invertébrés. De telles augmentations de la richesse en espèces à des niveaux modérés d'urbanisation sont supposées liées à l'hypothèse de perturbation intermédiaire, qui est de promouvoir la coexistence de nombreux types d'espèces, y compris les espèces indigènes en début de succession ainsi que les espèces introduites.[8]

L'urbanisation entraînerait une homogénéisation de la faune : par une perte d'espèces indigènes remplacées par des espèces généralistes ou envahissantes. En effet, les espèces introduites ont plus de facilité à vivre dans les milieux urbanisés que les espèces indigènes. Cette perte d’abondance en espèce indigène entraine un appauvrissement de la biodiversité en zones urbaines.[9] Cependant des études sur des espèces de fourmis indigènes ont montré que ces dernières sont capables de persister au sein d'une même zone urbaine et que des espèces forestières terrestres peuvent être trouvées dans des environnements urbains. L'étendue spatiale relativement petite des fourmis est l'une des raisons de cette écart à l'homogénéisation de la faune. Néanmoins, des espèces pré-adaptées à l'environnement urbain peuvent être des espèces indigènes diversifiés.

Conclusion
L'urbanisation peut donc être un destructeur ou un générateur de biodiversité. La nature de l'espèce, l'échelle et le degré d'urbanisation étudiés vont influencer l'impact de l'urbanisation, qui sera négatif ou positif, sur la biodiversité.
Cependant l'étude de la réponse des espèces à l'urbanisation nécessite des données pour les communautés locales dans plusieurs endroits. Les données doivent s’accumuler dans l’espace et le temps.[10] Par ailleurs, l'étude de l'abondance et de la richesse spécifique n'est pas suffisante pour conclure de l'impact de l'urbanisation sur la biodiversité. D'autres facteurs doivent être pris en compte. Cela se reflètent par le fait que beaucoup d'études utilisant ces indicateurs se contredisent.[5] D'autre part, les modèles de diversité des taxons à grand corps peuvent ne pas être utile pour des taxons à petit corps.[11]

Publiée il y a plus de 5 ans par E. Burnichon et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 5 ans.

Cette synthèse se base sur 11 références.