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INTRODUCTION
L’urbanisation est un facteur à ne plus négliger dans l’étude de la biodiversité. Elle est en expansion et en 2050, 68 % de la population habitera en milieu urbain. L’être humain a ainsi façonné le paysage et les habitats naturels pour son utilité. En passant par la construction de ville, de zone industrielle et des champs agricoles, tous ces changements d’utilisation des sols ont impacté la faune et la flore et plus largement la biodiversité. Il est important donc, de savoir et de comprendre comment faire cohabiter les milieux urbains avec la biodiversité. Il s’agit de conserver le plus possible les propriétés des écosystèmes qui nous impactent directement ou indirectement.
La question qui se pose est de savoir si l’urbanisation est un facteur destructeur ou générateur de biodiversité. Cependant, il va falloir nuancer ces termes, car la biodiversité peut être mesurée de différentes manières, que cela soit la richesse spécifique d’une espèce, l’abondance d’individu, les comportements, les structures de communauté et leur assemblage. L’échelle spatiale dans laquelle on se situe est également importante. L’urbanisation est un phénomène mondial donc, il est crucial de bien définir l’échelle spatiale et de nuancer là aussi l’impact de l’urbanisation. Il s’agit d’avoir une vue globale de cet impact sans pour autant le généraliser. Donc, afin de pouvoir répondre à cette question très générale, il faut se poser des questions plus ciblées, plus précises. L’urbanisation affecte-t-elle la richesse spécifique des espèces ? Change-t-elle les comportements, les structures de communauté ? Comment ? Les espèces réussissent-elles à s’adapter aux zones urbaines ? Jusqu’à quel degré ?
De plus, une autre problématique se pose face à cette controverse. De quelle espèce parle-t-on ? En effet, toutes les espèces ne sont pas égales face aux pressions qu’exercent les espaces urbains. Quelle espèce est la plus adéquate comme indicateur de l’effet de l’urbanisation ? Au cours de notre analyse plusieurs études ont étudié diverses espèces, les présentant comme de bons indicateurs de cet effet. Il semble censé d’étudier cet effet sur plusieurs espèces différentes afin d’avoir une compréhension la plus large possible. Toutes les espèces ne réagissent pas de la même façon et il est essentiel de comprendre pourquoi une espèce ne survit pas en milieu urbain comparé à une autre.

CŒUR DE LA SYNTHÈSE
Onze références ont été analysées dans le cadre de cette controverse. Parmi ces références, six témoignent de l’effet négatif de l’urbanisation sur la biodiversité [1][2][3][4][5][6], trois de son effet positif [7][8][9] et seulement deux sont neutres [10][11].
Les six références qui témoignent d’un effet négatif de l’urbanisation, s’accordent toutes sur le fait que les observations varient en fonction de l’échelle spatiale dans laquelle l’étude se place. Mais de manière globale, les communautés dans les paysages anthropisés ont une stabilité temporelle plus faible [2]. De plus, la richesse spécifique observée est faible en zone urbaine comparée à celle en zone rurale dans les six références. En effet il y a un avantage pour les espèces non-indigènes qui réussissent mieux que les espèces indigènes dans les zones urbaines [1][4]. Cela est souvent dues à une large tolérance de l’environnement de leur part [4]. Ces espèces ont la plupart du temps une dominance plus forte que les espèces natives [1][4][5]. Ainsi, la perte d’espèce native dans les milieux urbains engendre une homogénéisation des espèces [5] et un appauvrissement de la biodiversité en zone urbaine [6]. Cependant, il faut noter qu’il y a une forte densité d’individu dans les zones urbaines que dans les zones rurales [1][4][5][6]. Et même dans les zones urbanisées, à échelle intermédiaire, il est possible d’observer de la richesse spécifique, mais qui reste inférieur aux zones rurales [5]. Cela révèle l’importance des fragments « vert », même petit, dans les zones urbanisées. L’urbanisation a un fort impact sur le fonctionnement des écosystèmes, qui impact les espèces indirectement en changeant l’utilisation des sols [6][4].
Pour autant, les résultats changent beaucoup d’un taxon à l’autre et d’une échelle à l’autre. Les trois références présentant les effets positifs de l’urbanisation le démontrent bien. A partir du moment où l’urbanisation n’est pas excessive, elle permet la promotion de la coexistence de nombreux types d’espèces indigène comme non-indigène [8][9][7]. En effet à une échelle faible à modérée, la richesse spécifique des espèces augmente en zone urbaine [9][7]. Par exemple dans le cas des plantes vasculaires, l’urbanisation a un effet positif, augmentant même leur richesse spécifique le long du gradient d’urbanisation [7]. Dans le cas des espèces de fourmi, une persistance des espèces natives en zone urbaine est observée [8]. Voir même une cohabitation avec les espèces forestières, dans les milieux où la canopée est importante en zone urbaine [8]. Ainsi la matrice urbaine peut servir de corridor pour l’expansion continue des espèces natives ou non [8][7].
Les deux références restantes, quant à eux, exposent les conséquences des zones urbaines sur les espèces y demeurant. En effet, les zones urbaines sont une source de stress pour ces espèces [10][11]. Les contraintes urbaines obligent les espèces à modifier leurs comportements afin d’éviter ou d’atténuer le stress subit [11]. Dans son étude, Pablo Salmón et al. 2017 a montré que l’AOX plasmatique est corrélé à l’urbanisation et que les individus en zone urbaine avaient un niveau élevé d’AOX plasmatique comme réponse à l’urbanisation. Donc, face au stress anthropique les espèces s’adaptent par microévolution rapide [11].

CONCLUSION
L’urbanisation impacte sur bien des aspects de la biodiversité. De manière excessive elle peut être délétère, appauvrissant la biodiversité que cela soit en terme de richesse spécifique, d’abondance d’individu ou d’assemblage de communauté. Dans les espaces urbains de type intermédiaire, certaines espèces peuvent encore prospérer. Cet effet de l’urbanisation varie donc, en fonction des taxons étudiés, les espèces non-natives étant plus largement capable de s’adapter que les espèces natives qui subissent les contraintes et les pressions de l’urbanisation, ainsi que le changement de leur habitat, de façon plus intense et rapide. La moitié des références sélectionnées pointe l’effet négatif de l’urbanisation sur la biodiversité des espèces étudiées. Néanmoins, le phénomène de l’urbanisation est récent comparé à l’échelle géologique et est rapide, ne laissant pas le temps aux espèces de s’y adapter autrement que par des microévolutions rapides quand cela leur sont possibles. Cependant, certains taxons, réussissent à persister dans ces milieux urbains et adoptent de nouveaux schémas de comportements et de nouveaux habitats. Au travers de cette analyse, ces effets positifs sont peu représentés dû au peu d’études disponibles sur les effets bénéfiques de l’urbanisation, mais ils existent et ne sont pas à négliger pour autant.
Plusieurs références ont observé que les petits fragments de forêt ou de zone dites « verte » comme les parcs et les jardins, intégrés dans les zones urbaines pouvaient être bénéfiques pour les espèces urbaines. Cela pourrait permettre une réflexion sur l’aménagement de nos zones urbaines afin de pouvoir conserver le mieux possible la biodiversité tout en répondant à un besoin humain. Cette controverse pourrait être amenée à évoluer, en fonction des mesures qui seront prises ou non pour faire face aux problématiques concernant l’urbanisation et la biodiversité, en conjuguant ces mesures avec la capacité d'adaptation des espèces quand cela est possible.

Publiée il y a plus de 5 ans par S. Sen et collaborateurs..
Dernière modification il y a plus de 5 ans.

Cette synthèse se base sur 11 références.