Au vu de la diminution des ressources fossiles, l’augmentation des émissions des gaz à effets de serre et la situation de sécurité alimentaire dans le monde, des mesures d’ordre politique sont prises dans le cadre du développement durable sur l’utilisation des ressources renouvelables pour essayer de trouver des solutions à ce problème notamment des législations sur la production de biocarburants à partir de matières premières agricoles.
L’évaluation de l’impact environnemental et économique associés à la production de biocarburants remet en question la durabilité de cette industrie notamment ce qui concerne la gestion des sols et des ressources. Bien que des alternatives de seconde et de 3ème générations sont apparues, plusieurs études sont menées afin de mettre en évidence les incohérentes divergences de ces méthodes ou pour leurs proposer finalement une meilleure exploitation.
Des études qui consternent principalement des biocarburants de première génération produits à partir des graines de céréales remettent en question leurs durabilités et leur place dans le marché de l’énergie. Les objectifs fixés pour les biocarburants par l'union européenne (UE), et concomitamment, les incitations financières importantes qui ont été attribuées aux industriels des biocarburants, et qui constituent ensemble un puissant moteur pour les biocarburants industriels. En 2006, l'industrie des biocarburants de l'UE était déjà aidée par des exemptions fiscales et des subventions agricoles pour une somme 4,4 milliards d’euros. En 2008, les États membres de l'UE se sont engagés sur un objectif de 10% des carburants destinés au transport à partir de sources renouvelables d'ici à 2020. Si le même niveau de subventions continue, l'industrie concernée recevrait annuellement 13,7 milliards d’euros. Si tous les objectifs mondiaux pour les biocarburants devaient être atteints, les prix alimentaires pourraient augmenter jusqu'à 76% supplémentaires d'ici à 2020, en laissant encore mourir de faim environ 600 millions de personnes supplémentaires. ActionAid et l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture, FAO, estime qu'en 2008-2009, 125 millions de tonnes de céréales ont été détournées vers la production de biocarburants. En 2010, plus de céréales (1.107 millions de tonnes) ont été détournées dans l'alimentation animale et dans les utilisations industrielles au lieu de nourrir les populations (1.013 millions de tonnes). Dans l'ensemble, les prix alimentaires mondiaux ont augmenté de 75% de 2006 à la mi- 2008, mais les prix pour les céréales alimentaires de base (comme le blé, le riz et le maïs) ont augmenté de 126% durant la même période (Mae wan ho, 2010). D’un point de vue éthique, l’utilisation des cultures destinées à l’alimentation dans la production des biocarburants ainsi que la compétition vis-à-vis des terres agricoles, la prise en considération de l’énergie nécessaire pour le transport du champs jusqu’au lieu de la transformation et l’énergie nécessaire à la distillation et l’utilisation des ressources fossiles dans les chaudières présentent des limites spacio-temporelles . Et des conséquences d’ordre environnemental, notamment l’émission des gaz à effet de serre provenant des biocarburants 1ère génération ne sont finalement pas nulle (Pimentel, 2003). Des études sur les effets potentiels de l’utilisation accrue des biocarburants ont montré que les technologies de production du bioethanol à partir de cultures agricoles présentent des taux d'émission de gaz plus ou moins équivalents aux énergies fossiles (Alexandre et al., 2006). L’impact environnemental des biocarburants peut-être variable. Si les terres utilisées pour la production sont des terres agricoles abandonnées, dégradées, ou si la matière ligno-cellulosique provient de déchets agricoles ou des déchets des villes, ainsi cet impact est minimisé. A l’inverse, si les terres utilisées pour la production de biocarburants sont des espaces « naturels » comme par exemple des prairies, des forêts, des tourbières, qui ont été converties en terres pour cette production, l’impact environnemental est alors important. En effet, il y a une destruction des habitats qui engendrent alors une dette de carbone (Fargione et al., 2008). Les biocarburants issus de tels systèmes de production ont un bilan en termes d’émissions de GES qui est largement supérieur au pétrole fossile (Fargione et al., 2008). En effet, les biocarburants de deuxième génération vise l’utilisation de la matière cellulosique pour produire du bioéthanol, ce qui propose une réponse aux contraintes rencontrées dans l’exploitation des graines de céréales. Cette alternative utilise les déchets de végétaux ou des végétaux autres que la matière première agricole pour produire de l’éthanol à partir de cellulose et propose même l’exploitation des terres marginales. En plus de l’élimination de l’effet de compétition avec les cultures agricoles en termes de surfaces cultivables et l’utilisation de matières végétales non destinées au domaine alimentaire. Ces études proposent une diminution des émissions des gaz à effet de serre et de la pollution azotée en comparaison avec les cultures céréalières ou des rotations de cultures et permettrai une optimisation en termes d’énergie. Ces études ne tiennent par contre pas compte du changement de l’affectation des sols et en son impact sur le changement climatique et sur la biodiversité (Wargacki et al., 2012)
Les biocarburants de 3ème génération sont apparus pour répondre aux contraintes déjà avancées. Cette génération produit du bioéthanol et du biodiésel à partir d’algues. Dans le cas du bioéthanol, des microorganismes sont utilisées, des constructions par génie génétique ont prouvé leur efficacité, utilisant des enzymes de faible poids moléculaire pour réduire l’énergie nécessaire à leur transport et translocations au travers de la membrane et bi-fonctionnelles qui catalysent la dégradation des oligomères de l’aliginate des algues en éthanol. Ces enzymes sécrétées dans les premiers stades de la fermentation dans le milieu extérieur montrent une dégradation active des aliginates en éthanol. Les biocarburants produits par les microorganismes ont des caractéristiques similaires à celles du pétrole, Cependant, leur rendement est insuffisant et exige une optimisation du métabolisme des microorganismes, cette alternative peut toutes fois avoir recours à la biologie synthétique pour optimiser les voies de production et rivaliser avec les carburants conventionnels (Gelfand et al., 2012) Dans le cas du biodiésel, de l’huile est extraite à partir d’algues qui contiennent de forte teneur en lipides. Selon Georgianna et Mayfield (2012), les rendements obtenus avec des algues seraient significativement plus haut qu’avec n’importe quel autre type de biocarburants. Ainsi cela a des implications importante en ce qui concerne le problème d’usage des terres puisque si ce biodiésel à base d’algues a l’avantage d’être très productif à l’hectare en plus de pouvoir être développé sur des surfaces non utilisables par l’agriculture, il pourrait être la solution aux problèmes posés par les biocarburants. Toutefois si le rendement à l’hectare du biodiésel à base d’algues s’avère avantageux, il faut encore analyser ce qu’il en est des dégagements de gaz à effets de serre, de la consommation en eau, du coût économique et du rendement énergétique.
En ce qui concerne l’empreinte carbone du biodiésel à base d’algues, les estimations faites dépendent beaucoup des performances des technologies utilisées, des modes de culture: culture en bassins ou culture en photo-réacteurs, et des techniques d’extraction utilisées : par séchage, par extraction humide ou par sécrétion. Pour des cultures dans des bassins ouverts, la pire estimation faite est dans le cas d’une extraction réalisée par séchage et avec des technologies à fort impact environnementale, on obtient environ 760 g équivalent CO2/MJ depuis “les bassins jusqu’aux roues”, la meilleure estimation est dans le cas de l’extraction humide avec des technologies à faible impact environnemental où on obtient environ 5 g équivalent CO2/MJ. Pour le diésel les dégagements sont entre 90 et 100. Donc on voit que suivant les technologies utilisées, les dégagements de gaz à effets de serre peuvent être amélioré ou empirés par rapport au diésel. La production de biocarburants algaux est grandement consommatrice d’eau, toutefois les algues ont l’avantage de pouvoir être cultivées en utilisant des eaux saumâtre ou de rejet, n’utilisant pas ainsi les réservoirs en eau douce. Comme c’est le cas pour les dégagements de gaz à effets de serre, les coûts de production du biodiésel, et des biocarburants en général, va beaucoup dépendre des technologies utilisées et de la productivité obtenue. Ainsi d’après Georgianna et Mayfield (2012), les coûts de production de biomasse algale varie beaucoup selon si elle cultivée en bassin ouvert 3$/kg de biomasse, 15$/kg biomasse pour des photoréacteurs éclairée à la lumière naturelle et 24$/kg biomasse pour des photoréacteurs éclairés par des LEDs.
Avec l'émergence des biocarburants de 2ème et 3ème génération qui utilisent respectivement des débris de végétaux et des algues pour la production d'énergie, le problème de la sécurité alimentaire et des risques environnementaux tendent à être résolu, mais sont-ils vraiment des alternatives durables ? Des études récentes ont estimé que les biocarburants de nouvelles générations auront une légère, voire une très faible diminution des émission de gaz à effet de serre d’ici 2030 ( Geof M et al., 2015).En ce qui concerne le prix des biocarburants, il a été montré que les prix devraient être supérieurs aux prix du pétrole classique, bien que ces prix restent difficiles à estimer actuellement. En effet bien que les prix des biocarburants puissent être supérieurs au pétrole actuellement, à cause d’un coût de production plus élevé, la tendance pourrait s’inverser à l’avenir avec la raréfaction des énergies fossiles et si le développement des biocarburants permet d’obtenir une meilleure rentabilité.
Les biocarburants sont ils vraiment une solution écologique ?
Les biocarburants et le bioéthanol en particulier représentent une alternative d'énergie renouvable possible au pétrole, et ils sont d'un intérêt particulier car ils peuvent être utilisés dans des moteurs automobiles similaires à ceux utilisés actuellement. Pour cela ils ont suscités et sucitent encore beaucoup d'intêrét. Mais ils sont également l'objet de controverses. En effet les biocarburants de 1er génération sont produits à partir d'organe de réserve de plantes cultivées : graines de céréales ou d'oléagineux qui sont également utilisées pour l'alimentation, et pour cela certaines personnes les considèrent comme des menaces à la sécurité et au bien être alimentaire de certains pays puisqu'ils rentrent en compétition avec la production de nourriture. De plus une autre controverse pèse sur eux : Les Ecobilans, c'est à dire l'estimation des impacts environnementaux d'un produit depuis sa production jusqu'à sa consommation , des biocarburants sont discutés entre scientifiques notamment à cause des différentes méthodes pour les estimer, et l'efficacité énergétique et l'amélioration environnementale apportés par les biocarburants par rapport aux énergies fossiles est donc elle même sujette à discussion. De par leur mode de culture, les biocarburants de 1er génération ont également un impact sur la santé biologique des sols, l'eutrophisation des cours d’eau et même sur la perte de la biodiversité, et leur production génère du CO2. Afin de pallier à ces problèmes, des biocarburants de 2nd et 3éme génération ont émergés. Réussiront t-ils à relever ces défis énergétiques et environnementaux?
Publiée il y a plus de 10 ans par Université de Montpellier.Dernière modification il y a plus de 10 ans.