Ces effets doivent également être pris en compte dans les études expérimentales, avec les utilisations de lignées consanguines d’animaux de laboratoire. L’utilisation de lignées consanguine peut en effet impacter les résultats obtenus lors des expériences sur des souris de laboratoire par exemple, biaisant les résultats obtenus.
Le succès de la reproduction est l’un des enjeux majeurs dans la dynamique des populations. Elle permet d’assurer la transmission des gènes de chaque individu à la descendance, et des gènes adaptatifs au niveau des espèces. Cependant, la distance génétique séparant les individus peut avoir un impact sur la fitness. La reproduction de deux individus apparentés sera soumise au phénomène de consanguinité, qui conduit à l’augmentation de l’homozygotie. Ceci augmentant le risque de maladies génétiques et diminuant les chances d'adaptation des populations. Dans notre société, la consanguinité est principalement vue comme néfaste et peut entraîner des malformations ou une baisse de la fertilité [1]. Cependant, cela permet de purger, par sélection naturelle, les allèles délétères de la population représentant un fardeau génétique. De plus, une reproduction entre individus génétiquement éloignés peut entraîner une réduction de la fitness dans la descendance. La dépression hybride est la conséquence de ce phénomène lié à l'incompatibilité des génomes parentaux. Au cours du temps, les populations divergent et développent des adaptations locales spécifiques à leur environnement. Certains effets de la dépression hybride et de la consanguinité peuvent apparaître qu’après plusieurs générations, via des recombinaisons génomiques. La consanguinité et la dépression hybride sont naturellement régulées dans l’environnement par les espèces. Ces deux phénomènes sont retrouvés et étudiés chez tous les êtres vivants comme les végétaux, les invertébrés et vertébrés. Ici, nous étudierons l’impact de la distance génétique sur les populations. Les questions posées par cette étude sont donc : la consanguinité peut-elle être bénéfique aux populations ? Et les croisements entre populations peuvent-ils être négatifs ?
Nous traiterons d’abord de la consanguinité et de ses effets sur les populations. Certains avantages sont apportés par la consanguinité, surtout au niveau des zones géographiques à risques, comme la protection des populations face aux maladies mortelles. En effet, certaines mutations génétiques non-délétères pour l’être humain peuvent se maintenir au fil des générations grâce à la consanguinité, et s’avérer protectrices en gênant ou bloquant l’interaction entre un pathogène et son hôte. C’est le cas de la mutation alpha-thalassémie, qui a un impact au niveau de la structure de l’hémoglobine. Si cette mutation entraîne de légers problèmes de santé, elle offre une résistance naturelle au parasite Plasmodium, responsable du paludisme. Ainsi, il a été démontré que la mutation alpha-thalassémie avait pour conséquence d’augmenter la fitness des populations dans les zones à risques (notamment en Afrique) où la transmission du paludisme est importante [2][3]. Il existe donc une balance entre le type de mutation et la maladie associée à l’hôte. En plus des maladies provoquées par les pathogènes, des avantages existeraient aussi dans la réduction des cancers, comme le cancer du sein [4]. Les descendants des parents consanguins possèdent des organes plus petits, dont les seins, que ceux des parents non-consanguins, diminuant la probabilité de conversion en cellules malignes. Si les mécanismes moléculaires de cet effet protecteur de la consanguinité restent peu compris, des hypothèses sont émises. Il se peut qu’une mutation du gène p53 soit responsable de l’apparition d’un variant de ce gène, et soit associée à un taux d’apparition de cancer plus faible. Ce variant serait maintenu dans la population grâce à la consanguinité. Enfin, certains gènes seraient protecteurs contre le cancer et la consanguinité permettrait de maintenir l’homozygotie de ces gènes anti-oncogènes [4]. Nous pouvons donc conclure que la consanguinité permet à certains allèles de se maintenir dans la population, apportant une protection contre les maladies.
Outre les quelques avantages apportés par la consanguinité, celle-ci peut engendrer certaines tares génétiques. Chez les mammifères, la consanguinité a une influence sur le poids à la naissance, la survie et la reproduction tandis que chez les plantes, elle a un impact sur la taille et le nombre de graines. Chez les oiseaux et les papillons, cette diminution de la variation génétique augmente le risque de disparition avec une sensibilité accrue aux intempéries. En effet, le risque de fixation des allèles mutés et délétères dans une population, [5], peut diminuer la fitness et conduire à une dépression de consanguinité. Deux mécanismes peuvent être en cause, soit une diminution de l’hétérozygotie (avantage hétérozygote) soit une augmentation de l’homozygotie d’allèles récessifs délétères [6].
Certaines espèces sont captives et des programmes de réintroduction voient le jour. Cependant, la captivité inclut peu d’individus, et éviter la consanguinité s’avère compliqué. De plus, la qualité du sperme dans les faibles populations ou les espèces menacées, diminue et pourrait être une conséquence de la consanguinité et ainsi expliquer les taux réduits de reproduction [6] [7]. Chez l’Homme, il existe des régions où la consanguinité est présente du fait de plusieurs facteurs tels que la religion ou les traditions [8]. Cela a pour conséquence d’augmenter les maladies génétiques, comme des malformations congénitales ou des problèmes de fertilité [9] [1]... Néanmoins, les couples consanguins ont généralement plus d’enfants mais avec un taux de mortalité post-natal plus élevé. De plus, les individus consanguins présentent une plus grande susceptibilité aux maladies infectieuses provoquées par une immunodépression[9]. Cependant, dans la nature, ces phénomènes de consanguinité sont rares dus à des mécanismes d’évitements [5]. Comme la dispersion qui consiste en l’éloignement des frères et sœurs dès la naissance, notamment chez les abeilles mâles et les coléoptères [10]. Un deuxième mécanisme consiste en la reconnaissance de composants partagés par une même colonie d’insectes. De plus, certaines femelles peuvent s’accoupler avec plusieurs mâles et choisir quel sperme fécondera les œufs (polyandrie). Enfin, la monogénie permet aux femelles arthropodes d’engendrer uniquement des mâles ou des femelles, les individus issus d’une même femelle seront donc dans l’incapacité de s’accoupler entre eux. Chez les espèces haplodiploïdes, la consanguinité engendre chez les bourdons mâles diploïdes une population stérile conduisant à l’extinction de la population [11]. De plus, les allèles peuvent être purgés pouvant ainsi diminuer le nombre de descendants consanguins [5]. Afin de limiter la dépression de consanguinité, la reproduction entre individus non-apparentés est généralement favorisée pour permettre une diversité génétique augmentée. Le croisement inter-populations et la réintroduction d’hybrides peuvent permettre, par l'apport d'un flux de gènes, la sauvegarde de populations faibles et isolées menacées par la consanguinité.
A l’inverse de la consanguinité, un éloignement génétique trop important peut entraîner une dépression hybride. Ce phénomène est peu étudié et a été décrit dans le cadre de la sélection de végétaux en agronomie et dans la conservation des espèces en déclin démographique. Dans certains cas, la réintroduction d’hybrides n’aboutit pas toujours à l’augmentation de la taille de la population. En effet, l’étude qui compare les populations d’amphibiens naturelles et hybrides, montre que la fécondation, l'éclosion des œufs et la survie est plus faible pour les populations hybrides, reflétant la dépression hybride [12]. Une étude sur les achigans à grandes bouches est allée plus loin en démontrant que des populations hybrides ont un taux de mortalité plus important suite à une infection virale [13]. Les auteurs attribuent ceci à une perturbation des complexes de gènes co-adaptés du système immunitaire par la distance génétique. Cependant, ces articles ne caractérisent pas les mécanismes moléculaires de l'incompatibilité.
La dépression hybride dépend également du nombre de générations et notamment de la seconde génération d’hybrides (F2) [14] [13] avec une susceptibilité d'apparaître et d’être amplifiée dans les générations ultérieures. Cependant, l’impact des croisements inter-populations n’est pas toujours clairement défini comme étant de la dépression hybride, de la vigueur hybride ou un effet neutre. Cet impact dépend des populations comme le montre l’étude sur P. vulgaris [14]. Des effets de dépression hybride sont observés pour des croisements de certaines populations, mais pour la majorité des populations hybrides étudiées, la fitness cumulative est augmentée. De même, l'étude sur Lychnis flos-cuculi en présence d’escargots [15], a présenté des effets sur la tolérance aux herbivores, variant de la vigueur hybride à la dépression hybride selon les populations croisées. Cependant, cet impact des croisements peut être sujet à interprétation. En effet, soit on considère la croissance accrue des herbivores se nourrissant de plantes hybrides comme une baisse de résistance des plantes (dépression hybride) ou on considère que les plantes sont plus nutritives pour l’escargot (vigueur hybride).
Au contraire, certaines études ont démontré que les croisements entre populations et les flux génétiques n’ont parfois pas d’effets visibles de dépression hybride ou ont des effets globalement bénéfiques. Aucune dépression hybride n’a été démontrée chez les marsupiaux [16], par la méthode du flux de gènes ciblé, entre populations possédant ou non une adaptation à l’environnement. Cependant, la proximité génétique entre les populations a limité la dépression hybride. La distance génétique est donc à prendre en compte afin d’optimiser les méthodes de conservation. Une étude sur le lézard des sables [17] a montré une vigueur hybride dans les croisements entre populations, contrecarrant les effets de la consanguinité pour des populations trop faibles et isolées. Dans des programmes d’élevages, il faut souvent choisir entre le maintien de la pureté génétique des populations, avec un risque de dépression de consanguinité, et l’hybridation des populations éloignées pouvant causer une dépression hybride. Une étude sur des croisements de saumons dans un de ces programmes [18], a démontré un risque plus important de dépression de consanguinité par rapport à celui de dépression hybride. Cependant, les effets de la dépression hybride sont moins prévisibles et plus difficiles à déceler que ceux de la consanguinité.
Avec les études actuelles, il est difficile de conclure sur un possible bénéfice de la consanguinité ou un possible effet négatif de l'hybridation. Les études portant sur la consanguinité au niveau moléculaire se centrent surtout sur l’Homme et il est difficile d’avoir un réel aperçu sur les populations naturelles. Des bénéfices de la consanguinité peuvent être pris en compte. Néanmoins, des mécanismes d’évitements entre deux partenaires liés existent, nous laissant supposer que les effets néfastes de la consanguinité dominent dans les populations. Les mécanismes de la dépression hybride sont encore très mal connus et difficiles à étudier. Il est quand même important de les prendre en compte dans les programmes de sélection en agronomie et de conservation d’espèces faisant intervenir des techniques d’hybridation entre différentes populations. Il semblerait que pour la sauvegarde de populations, les croisements hybrides sont à favoriser par rapport au risque de consanguinité, mais les effets de la dépression hybride doivent être limités en utilisant des populations génétiquement proches. Les conséquences de l’hybridation peuvent être variables selon les lignées ou les espèces. Ces effets doivent également être pris en compte dans les études expérimentales, avec les utilisations de lignées consanguines d’animaux de laboratoire [19]. L’utilisation de lignées consanguines peut en effet impacter les résultats obtenus lors des expériences sur des souris de laboratoire par exemple, biaisant les résultats obtenus [19]. D'autres études plus complètes et diversifiées sont nécessaires afin d’avoir une vision globale sur les effets de la consanguinité et de la dépression hybride sur la dynamique des populations sauvages ou domestiques.
Publiée il y a plus de 5 ans par A. Blanchot et collaborateurs..
L'impact de la consanguinité et la dépression hybride sur les populations.
*Introduction : * La reproduction des êtres vivants a pour but d'assurer une descendance viable dans le temps. En temps normal la reproduction a lieu entre individus ne partageant pas de liens de parenté. Une reproduction entre deux individus ayant des liens de parenté s'appelle la consanguinité. Ce mode de reproduction peut causer des maladies génétiques, des malformations ou bien une baisse de la fertilité pour les générations. Tous ces problèmes laissent penser que la consanguinité serait à éviter dans notre société, et seules certaines ethnies et populations continuent à perpétuer des pratiques consanguines. Néanmoins, il semble qu'un éloignement génétique trop important chez deux individus et la diversité génétique ne soient pas de meilleures solutions afin d'obtenir une descendance viable et nombreuse. En effet, il est possible d'avoir une baisse du nombre de descendants ainsi qu'une perte de certains avantages génétiques suite à une reproduction entre deux individus génétiquement éloignés. Ce phénomène se nomme la dépression hybride et remet en question les idées sur le bienfait de la diversité génétique. Ici, l'impact de la distance génétique sur la dynamique des populations sera étudié et nous essaierons de déterminer s'il faut favoriser la proximité génétique ou la diversité. Cette étude mettra également en lumière l'efficacité des programmes de reproduction et de sauvegarde des espèces animales menacées d'extinction.
Cadre de l'étude : Dans cette étude, les effets de ces deux phénomènes sur divers être vivants (humain et autres animaux) seront exposés. Cette synthèse repose sur des articles traitants de plusieurs espèces et du monde entier afin d'avoir un aperçu large et une vision globale des effets de la consanguinité et de la dépression hybride.
*Hypothèses : * Ici nous émettons l'hypothèse que la consanguinité peut avoir des effets négatifs sur les individus mais qu'elle pourrait également apporter certains bénéfices. Une deuxième l'hypothèse peut être émise selon laquelle la diversité génétique n'est pas forcément la solution afin d'obtenir une descendance viable et augmenter la fitness (santé et croissance dans le temps) des populations.
Publiée il y a plus de 5 ans par F. Rachenne et collaborateurs..Dernière modification il y a plus de 5 ans.