Introduction :
Face au déclin très rapide de la biodiversité dans le monde ces dernières décennies, une prise de conscience générale au sein des pays permet d’agir en réfléchissant à des solutions face à ce problème majeur. Cela passe par différentes approches de mise en place des aires protégées (AP) : l’approche réactive permet de protéger efficacement les sites les plus menacés, principalement par l’Homme, alors que l’approche pro-active permet de protéger des zones intactes, souvent majoritairement exemptées d’activités humaines mais dont les caractéristiques particulières ou uniques (ex: espèce endémique) nécessitent qu'elles soient protégées [1]. Ces dernières années, la surface des AP s'est considérablement étendue grâce à de nouvelles réformes et plans de lutte contre le déclin de la biodiversité. En 2010 au Japon, la Convention sur la diversité biologique (CDB) adopte les 20 Objectifs d'Aïchi constituant le « Plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020 ». Un objectif stipule que 17% de surface des terres émergées et d’eaux intérieures devront être catégorisées comme AP, d’ici 2020. Concernant les zones marines et côtières, un objectif de 10% a été défini. Ces mesures ont pour but de protéger des zones importantes pour la biodiversité, par le biais d’un réseau écologiquement représentatif d’AP. Cependant ce plan n’atteint pas les quotas espérés. Entre 2010 et 2019, la couverture des AP est passée de 14,1% à 15,3% de la surface des terres émergées, et les surfaces marines et d'eaux douces de 2,9% à 7,5% de la surface des terres submergées. Les gouvernements impliqués n’ont pas tenu leurs engagements concernant la conservation et la création d’AP (Maxwell et al, 2020). Cependant ces chiffres montrent une amélioration de la protection des écosystèmes et des espèces menacées, particulièrement pour les AP marines (www.iucn.org/fr).
De nombreuses Organisations Non Gouvernementales (ONGs) et Organisations Gouvernementales coopèrent dans la mise en place de ces approches afin d’élaborer des plans de lutte et des stratégies pour conserver la biodiversité des espaces terrestres et marins. L’un des principaux acteurs est l’IUCN (International Union for Conservation of Nature) comptant 210 États membres et organisations de la société civile, ainsi que 1 400 organisations membres et 17 000 experts. Ce réseau permet, entre autre, le développement des AP par une approche interdisciplinaire (www.iucn.org/fr). Elle fait autorité au niveau international concernant l’évaluation de l’état de la nature et des ressources naturelles dans le monde et participe aux mesures de préservation. La CDB est également un élément important intervenant dans la conservation de la biodiversité. En 2000, elle propose la mise en place d’un réseau écologique paneuropéen “Natura 2000” rassemblant des sites naturels de l’Union Européenne ayant une grande valeur patrimoniale. L’objectif est de maintenir la biodiversité des milieux en prenant en compte les besoins des populations animales et végétales, qui ne connaissent pas les frontières entre États. C'est pour cette raison que la coopération entre gouvernements est indispensable (www.cbd.int).
La question sur les limites de conservation et l'efficacité des AP se pose alors. N’importe quelle zone définie comme “aire protégée” permet-elle la conservation de la biodiversité ? Cette efficacité est-elle la même entre les AP terrestres et marines, et entre différents pays ? Les AP permettent-elles une meilleure protection pour l'ensemble des espèces présentes dans un même écosystème ?
Ces nombreuses questions qui nous amènent à nous renseigner sur les facteurs pouvant jouer un rôle dans l’efficacité de conservation de la biodiversité au sein des AP.
Cœur de la synthèse :
Les aires protégées (AP), outils clefs de la conservation de la biodiversité [2] [3], peuvent être considérées comme la meilleure solution contre la perte de biodiversité [4] [5]. Elles permettent en effet la conservation de la diversité génétique et des écosystèmes [6], et ainsi, la conservation des espèces animales et végétales, comme cela a été observé à Castro Verde au Portugal. Les programmes et les restrictions mis en place par le gouvernement pour la conservation des espèces ainsi que le suivi rigoureux de la biodiversité locale y ont prouvé leur efficacité. De nombreuses espèces d’orthoptères ont donc été conservées grâce aux AP et de nouvelles espèces y ont aussi été observées [7]. Les AP des espaces marins en Europe montrent également de nombreux bénéfices sur la conservation de la biodiversité et l’importance de leur pérennité, traduite par une richesse spécifique plus importante dans les zones les plus anciennes [8] [9]. Ces paramètres soulignent la capacité de conservation des AP à long terme, qu'il s'agisse d'une surface terrestre comme marine.
La conservation des espèces dans les AP peut dépendre de facteurs abiotiques. Il a été constaté que les conditions environnementales et climatiques, la composition des sols, la géomorphologie ou encore l’altitude avaient un impact considérable sur la possibilité de conservation de la biodiversité. Ainsi des conditions estimées non-favorables à la conservation peuvent engendrer un déclin du nombre d’espèces végétales [10]. Il faut donc prendre en compte les conditions environnementales et climatiques nécessaires au développement d'une espèce pour juger si une AP est efficace ou non pour sa conservation [4].
Les AP sont souvent sous la contrainte des activités humaines qui peuvent avoir un impact important sur la biodiversité. L'Homme est en effet le premier responsable des modifications environnementales de toutes sortes [6]. Les changements de couverture terrestre liés à l’urbanisation et aux espaces agricoles varient en fonction des zones et plus précisément en fonction des différentes politiques mises en place dans ces zones protégées. On observe notamment des diminutions de zones artificielles et de surfaces agricoles dans les AP alors que les zones non protégées voient croître l’anthropisation [11]. Leur législation peut ainsi limiter les changements d’utilisation des sols (déforestation, modification des pratiques d’agriculture et d’élevage, urbanisation, etc) [3] menant à la perte ou la fragmentation des habitats naturels des espèces menacées. En 2000, la fragmentation des habitats était en effet la cause première de perte de biodiversité [6].
La législation des AP peut être bénéfique aux zones alentours et ainsi avoir des effets positifs pour des activités économiques. Cela peut être le cas de la pêche, qui bénéficie des migrations des poissons en provenance des réserves environnantes, sans effets négatifs pour la conservation des AP [9]. De plus, une bonne gestion des AP peut aussi permettre une meilleure résilience des écosystèmes face à des aléas climatiques, comme l'atténuation de l'effet du vent et des vagues en zone côtière [6].
Ainsi, cette capacité de conservation des espèces fluctue d’une AP à l’autre [4], [2] et peut varier en fonction des espèces concernées [12]. L’efficacité des AP dépend aussi de différents facteurs, tels que la dureté de la gestion (souple ou stricte) mais aussi des moyens financiers alloués à cette gestion [5]. Cependant, il semblerait que seulement 22% des aires protégées aient une gestion suffisante pour la conservation (Leverington et al, 2010).
La plupart des AP manquent de moyens financiers, ce qui ne leur permet pas de maintenir une gestion sur le long terme alors qu'il a été vu que leur pérennité est un facteur clé pour le maintien de la biodiversité. Une augmentation de ces moyens aurait un impact positif direct sur leur efficacité de conservation. De la même manière, une gestion stricte et adaptée à chaque écosystème aurait aussi un impact positif sur leur efficacité [5]. Malheureusement, même les AP avec les moyens nécessaires et une gestion adaptée ne font que freiner le déclin de la biodiversité, sans toutefois le stopper [13]. D’autant que les AP vont généralement cibler les besoins des espèces dites “emblématiques” [14] et donc laisser de côté la protection de certaines espèces qui jouent pourtant un rôle écosystémique majeur [13].
Conclusion :
Finalement, les AP sont des aides inestimables dans la lutte contre le déclin de la biodiversité comme nous avons pu le démontrer à travers les publications analysées [15]. Cependant, pour être plus efficaces, elles doivent être gérées de manière stricte et davantage de moyens financiers et humains doivent être investis pour maintenir cette gestion [5].
La plupart des programmes de gestion ciblent une ou plusieurs espèces en particulier, très souvent menacées, laissant de côté celles qui ont un statut de conservation moins préoccupant [15] ou tout simplement qui sont moins surveillées car moins emblématiques [13]. A contrario, certains gouvernements vont privilégier les besoins économiques de leur pays en désignant des espaces non prioritaires pour la conservation comme AP (Ewers & Rodrigues, 2008). Une gestion des AP avec un point de vue intégré, comprenant aussi bien l'aspect écosystémique, que les aspects économiques, sociaux et culturels liés à ces AP, pourrait être** bénéfique pour** davantage d'espèces vivant dans une AP [9] [11] [15]. Il est donc indispensable que les gouvernements et les ONGs s’impliquent davantage et que le secteur privé contribue à l’avenir dans l’amélioration et la création d’AP (IUCN). Ces derniers doivent investir en priorité dans les zones où le statut de conservation est défini comme prioritaire (où la biodiversité est vulnérable et irremplaçable), généralement situées dans des pays pauvres et donc souvent avec des moyens humains et financiers bien trop faibles pour les objectifs fixés [1]. Dans une vision encore plus globale, toutes les espèces, qu’importe leur statut de conservation, devraient être gérées avec la même attention, et leur écosystème respecté. Pour cela il faudrait aussi investir en priorité dans l’amélioration de la qualité des AP plutôt que dans leurs extensions [14].
Les nouveaux objectifs mondiaux concernant la biodiversité seront définis lors de la COP15, initialement prévue en octobre 2020 en Chine. Au vu des conditions sanitaires actuelles, elle a été reportée en mai 2021 (https://www.cbd.int/). Le plan “post-2020” n’a donc pas encore été mis en place, il définira un nouveau cadre mondial pour la conservation de la biodiversité (https://www.cbd.int/conferences/post2020).
Publiée il y a plus de 5 ans par M. Tauzin et collaborateurs..
Les aires protégées permettent-elles la conservation de la biodiversité ?
Bien avant la désignation “d’aires protégées” (AP), la protection de certains “lieux spéciaux” existait déjà. Aujourd’hui ces zones prédéfinies servent avant tout à la gestion d’une biodiversité fragilisée. Elles sont qualifiées “d’aires géographiquement définies, désignées ou réglementées et gérées pour atteindre des objectifs de conservation spécifiques” par l'article n°2 de la Convention sur la diversité biologique (CDB). Cette convention est un traité international établi en 1992, lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro. Les pays ont ainsi établi des plans d’actions en faveur de la biodiversité dans le but de la conserver, et interviennent dans le développement de stratégies nationales.
En effet, les pressions humaines exercées ces dernières années sur les espèces sauvages et leurs habitats sont en augmentation. En 2016, 75% de la surface terrestre était victime de pressions humaines quantifiables (Venter et al., 2016). Elles provoquent la perte et la fragmentation des habitats naturels des espèces. Cela peut être causé par la surexploitation, l’agriculture, les feux de végétation, mais aussi le réchauffement climatique et la pollution (Hargitt, 1994 ; McNeely, 1996 ; Sala et al., 2001, Soussana et al., 2013). De plus en plus d’espèces nécessitent donc une gestion spécialisée de leur habitat (Hargitt, 1994 ; McNeely, 1996). Des objectifs d’augmentation de la surface globale des AP sont donc mis en place et renouvelés depuis 1992 par des ONGs internationales ou des organismes gouvernementaux.
Les AP semblent représenter aujourd'hui un “outil clef” pour la lutte contre la perte de biodiversité. Mais sont-elles réellement efficaces pour la conservation de celle-ci ?
Avant de nous pencher plus spécifiquement sur l'efficacité des AP, nous les supposions très utiles pour la conservation de la biodiversité, ou du moins plus efficaces qu’une gestion inexistante. Mais les conditions pour qu’une AP soit bénéfique pour la conservation des espèces font l’objet de nombreuses controverses, notamment aux sujets des stratégies de gestion et des législations. Nous avons alors entamé nos recherches à l’aide de mots clefs tels que “conservation”, “aire protégée” et “biodiversité”. Les écosystèmes terrestres comme marins étaient concernés, ainsi que le suivi de la richesse spécifique d’espèces animales comme végétales. Une pré-lecture des articles a permis de sélectionner ceux qui traitaient le mieux de notre problématique et qui permettaient de proposer des solutions à l’avenir.
Publiée il y a plus de 5 ans par C. Rosa.Dernière modification il y a plus de 5 ans.