Introduction
L’agriculture biologique qui se caractérise par « un système global de gestion agricole et de production alimentaire qui allie les meilleures pratiques environnementales, un haut degré de biodiversité, la préservation des ressources naturelles [...] » (Commission européenne, 2007) est devenue une réponse pour faire face aux enjeux environnementaux, agroalimentaires, sanitaires que nous connaissons.
Au début des années 1920, Rudolf Steiner, théoricien de l'anthroposophie, développe les bases théoriques et pratiques de l’agriculture biodynamique, pour répondre aux agriculteurs allemands inquiets de voir la dégénérescence des plantes, la diminution de la fécondité des troupeaux et l'exposition de leurs animaux à diverses épidémies, notamment la fièvre aphteuse. La biodynamie est considérée comme l’une des premières formes d’agriculture biologique.
L’utilisation de préparations biodynamiques est au cœur même de l’agriculture biodynamique, mais quelle est réellement l’influence de ces préparations sur les sols et sur la quantité et la qualité des cultures ? Sont-elles aussi efficaces et bénéfiques pour le sol, les végétaux et les organismes du sol qu'on le pense ?
I- L'agriculture biodynamique
La biodynamie utilise des préparations biodynamiques à base de plantes médicinales, de bouses de vache et de quartz afin de régénérer les sols ainsi que les plantes et améliorer la qualité des aliments.
Il existe aujourd’hui neuf préparations, et les plus couramment utilisées sont :
La préparation bouse de corne dite « 500 » est obtenue par la fermentation dans le sol durant la période hivernale, de bouse de vache de bonne qualité qui a été introduite dans des cornes de vache.
La préparation “501”, essentielle pour l'agriculture biodynamique, est complémentaire et agit en polarité avec la bouse de corne (500). Elle ne s’adresse pas au sol mais à la partie aérienne des plantes durant leur période végétative.
Cette agriculture se distingue de l'agriculture biologique par l'utilisation de ces préparations basées sur des principes ésotériques et la prise en compte des rythmes lunaires et planétaires.
II - Les effets de la gestion biodynamique & des préparations biodynamiques sur les sols, les organismes et les végétaux
II.1 Le sol, paramètres physico-chimiques, organismes du sol et biomasse
Les paramètres du sol sont très importants pour la croissance et le bon développement des cultures. Avec l’augmentation des cultures intensives, ils sont de plus en plus soumis à de fortes contraintes. L’agriculture peut ainsi affecter le sol et les populations microbiennes de différentes manières : en provoquant un appauvrissement des sols, une modification des stocks (de carbone, d’azote…), et une modification des communautés de microorganismes (composition, structure,…).
Les niveaux d’apport entre les différents systèmes de gestion agricole sont sensiblement les mêmes. Selon certaines études, les plantes peuvent plus facilement absorber les composés utiles à leur développement en gestion biodynamique. Aucune modification de PH n’a pu être mise en évidence entre les différents systèmes de gestion. L’étude des systèmes de gestion biodynamique (Hendgen et al, 2020 ; kraus et al, 2020) ont montré une augmentation des quantités de carbone organique disponible ainsi que l’augmentation des concentrations de cuivre disponibles dans le sol . Les émissions globales cumulées de N2O sont inférieures dans les systèmes biologiques par rapport aux systèmes non biologiques (Skinner et al, 2019).
Les études ont souvent montré des teneurs plus importantes en matière organique dans les systèmes de gestion biodynamique par rapport à une gestion plus conventionnelle. Par ailleurs, une augmentation de la respiration du sol et de l’activité des microorganismes a pu être mise en évidence (Fritz et al, 2020). Une étude de 2017 (Longa et al, 2017) n’a pas trouvé de différences significatives entre l’agriculture biologique et biodynamique sur la simple base d’utilisation des préparations biodynamiques. En effet, les populations microbiennes du sol étaient identiques, mais l’ajout d’engrais vert a en revanche fortement augmenté la richesse, la diversité et l'hétérogénéité taxonomique et phylogénétique du microbiote du sol .
Une étude de 2018 sur des plants de soja-blé (Aher et al, 2018) a mis en évidence que la population microbienne, l’activité enzymatique et le carbone de la biomasse microbienne du sol sont significativement plus élevés en agriculture biologique puis en conventionnelle et enfin en biodynamique.
II.2 L’impact sur les cultures
Certaines études ont pu montrer une augmentation des rendements avec des productions de meilleure qualité en gestion biodynamique tandis que d’autres n’ont pas trouvé de différences significatives de rendement avec uniquement l’ajout des préparations biodynamiques. Le HMP (fumier de vache fermenté) est l’une des préparations biodynamiques les plus utilisées, une étude de 2019 (Morau et al, 2020) a montré, lors d’essais en laboratoire, un effet sur la croissance racinaire précoce et un effet stabilisateur de la croissance racinaire. Une étude (Vaitkevičienė et al, 2020) comparant les systèmes conventionnels, biologiques et biodynamiques a pu montrer un effet bénéfique des systèmes de gestion biologiques/biodynamiques en augmentant la teneur en minéraux dans les pommes de terre. La production est ici positivement impactée par ces systèmes de gestion.
II.3 L'écosystème des exploitations agricoles
Les effets bénéfiques de préparations biodynamiques sur le sol et les végétaux pourraient induire selon les publications, une plus grande résilience des écosystèmes agricoles ainsi qu’une plus grande résistance aux maladies. Néanmoins, certaines études ne trouvent aucune différence au niveau du sol ou des végétaux, et dans ce cas, les systèmes agricoles en gestion biodynamique seraient identiques aux autres systèmes.
III Comparaison des systèmes de gestion : biodynamiques, biologiques et conventionnels
III.1 Le pH
Certaines études ont montré que la valeur du PH des sols était similaire et aucune différence n’a été marquée entre les différents systèmes agricoles (Hendgen et al, 2020; Kraus et al, 2020) .
III.2 Le rendement
Le système agricole conventionnel fournit des cultures de rendement plus élevées mais de qualité inférieure par rapport aux cultures du système biodynamique qui fournit peu de rendement mais possède une qualité supérieure (L.Kellenberger & A.Granstedt, 2015; Meissner et al, 2019).
L'étude sur les cultures du blé et de l'épeautre a montré que le rendement des cultures était plus élevé dans le système agricole biodynamique avec le compost standard par rapport au système biologique et biodynamique avec les plantes (Maneva. V & Atanasova. D, 2018)
III.3 La population microbienne
La population microbienne du sol (bactéries, champignons et actinomycètes), les activités enzymatiques du sol et le carbone de la biomasse microbienne du sol ont été trouvés dans l'ordre de l'agriculture biologique conventionnelle ≥ biodynamique. L'agriculture biologique a enregistré 27-102% et 28-111% d'activités enzymatiques plus élevées que l’agriculture conventionnelle et biodynamique (Satish Bhagwatrao et al, 2018 ;Vaitkevičienė et al, 2020). L'abondance des bactéries et des champignons a été influencée par le système agricole, avec un taux plus élevé en système agricole biodynamique par rapport au système agricole conventionnel (Kundel et al, 2020; Vaitkevičienė et al, 2020).
III.4 La quantité de carbone & concentration de cuivre
Dans une étude dans un vignoble en Allemagne les résultats ont montré que par rapport à la gestion intégrée et à la gestion biologique, la quantité de carbone organique du sol était significativement plus élevée dans les parcelles biodynamiques (Hendgen et al, 2020; kraus et al, 2020).
La concentration de cuivre total et de cuivre biodisponible dans le sol des parcelles de gestion biologique et biodynamique était plus élevée par rapport à la gestion intégrée (Hendgen et al, 2020)
III.5 La teneur en eau
Les sols sous gestion biodynamique avaient une teneur en eau plus élevée que les sols gérés de manière conventionnelle (Kundel et al, 2020).
IV - Biais méthodologique des études sur les préparations biodynamiques
L’analyse des expériences réalisées dans le cadre des études sur les préparations biodynamiques et en comparaison avec les autres systèmes agricoles, a révélé de nombreux biais :
Conclusion et ouverture :
L’effet des préparations biodynamiques n’est pas unanime. L’agriculture biologique et biodynamique semble présenter des avantages pour l’environnement, le sol et les cultures sur le long terme. Les effets directs des préparations biodynamiques ne sont quant à eux pas clairs. Des études affirment que les effets bénéfiques de la gestion biodynamique sont intrinsèquement liés aux préparations tandis que d’autres affirment que les préparations n’ont pas d’effets et que des intrants agricoles ou des paramètres non pris en compte rentrent en jeu et produiraient les bénéfices et avantages observés. Une grande question se pose quant à la réelle nature des gestions biodynamiques. En effet, la gestion biodynamique qui est incluse dans la gestion biologique doit-elle réellement être séparée de cette dernière comme une entité à part entière ?
Agriculture biodynamique : les préparations biodynamiques ont-elles de réels effets bénéfiques sur le sol, les organismes du sol, les végétaux et les écosystèmes ?
L’agriculture biodynamique est l’un des courants fondateurs de l’agriculture biologique. Dès le début des années 1920, des agriculteurs s’inquiètent de constater certains phénomènes comme la dégénérescence des plantes cultivées, la perte de fécondité des troupeaux ou la diminution de la qualité des aliments.
Si le vieillissement naturel de la terre est tout à fait normal, il apparaît que celui-ci est encore plus marqué par certaines activités humaines (pollutions chimiques, engrais, pesticides), ce qui rend nécessaire et urgent la mise en place de nouvelles méthodes pour vivifier et soigner le sol, les plantes, les animaux et les hommes.
Les préparations biodynamiques semblent apporter des perspectives prometteuses à ces défis pour l’avenir.
Publiée il y a plus de 5 ans par A. Ahamadi.Dernière modification il y a plus de 5 ans.